Bréviaire du social-libéralisme

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Gilbert Cette, co-auteur de Changer de modèle, avec Philippe Aghion et Elie Cohen
Gilbert Cette, co-auteur de "Changer de modèle", avec Philippe Aghion et Elie Cohen (Crédits : DR)
Avec "Changer de modèle, de nouvelles idées pour une nouvelle croissance", Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen appellent à une véritable "révolution culturelle": les Français doivent apprendre à penser l'économie autrement, pour tenir compte de la réalité de la France insérée dans une économie mondialisée

Ils avaient conseillé François Hollande pendant sa campagne électorale, sur les sujets économiques. Depuis, ils estiment ne pas avoir été entendus : « Changer de modèle, de nouvelles idées pour une nouvelle croissance », qui vient de paraître*, est le fruit d'une déception, celle de trois économistes qui espéraient voir le président de la République élu en mai 2012 prendre les réformes à bras le corps, tout en prenant régulièrement conseil auprès du trio. Il n'en a rien été, et, comme souvent, les théoriciens utiles en phase de campagne électorale, ont laissé la place aux technocrates jugés plus utiles en période de gouvernement.

Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen en tirent un ouvrage dont l'idée force est que les Français, de la base à l'élite (pour une grande part) vivent encore sur un vieux logiciel, n'ont pas compris le changement d'ère, et restent donc attachés à des politiques publiques devenues inopérantes. D'où la très grande difficulté à engager des réformes visant à adapter la France aux nouvelles réalités économiques.

La fin du rattrapage

Beaucoup de Français sont restés scotchés au modèle de croissance ancien, qu'ils espèrent retrouver, celui d'une économie de rattrapage - du niveau de vie productivité américain, avant tout-, alors que ce modèle a cessé de fonctionner depuis les années 80. Il ne suffit plus aujourd'hui d'imiter ce qui se fait Outre Atlantique, il s'agit d'innover. A cet impératif, correspond bien sûr une autre vision de l'économie.

Exemple:  en matière de fiscalité, « la passion sociale reste vive contre le capital », ce qui explique pourquoi tout débat se termine par : « et si enfin on s'attaquait au capital ? ». Alors même que la France est sans doute le pays qui taxe déjà le plus ce capital…

Autre exemple : les Français préfèrent que la protection sociale soit financée par des charges patronales, qui nuisent à l'emploi, plutôt que par la TVA, car celle-ci « lointaine héritière de la gabelle est détestable car elle frappe de la même manière la consommation des riches et des pauvres, et de plus, elle peut freiner la consommation, moteur de notre croissance ! ».
Alors que la consommation n'est absolument pas à l'origine de la croissance, c'est  l'investissement qui en est à l'origine, affirment les auteurs.

Rompre avec le "keynésianisme primitif"

Plus généralement, il faut « rompre avec un keynésianisme primitif », avancent les auteurs. Par « keynésianisme primitif », ils entendent la pratique habituelle en France consistant à augmenter la dépense publique en période de basses eaux conjoncturelles, augmentation financée après coup par des hausses d'impôts sur les entreprises, qui amènent ensuite la création de niches fiscales destinées à aider les entreprises, notamment celles les plus dépendantes d'une main d'œuvre abondante.

« Cette doxa keynésienne, utile en son temps, n'est plus vraiment adaptée au contexte d'une économie mondialisée » soulignent Philippe Ahgion, Gilbert Cette et Elie Cohen. « Dans une économie de l'innovation », la politique économique doit « dépasser ce que nous considérons comme une interprétation simpliste de la pensée de Keynes » ajoutent-ils.

A l'opposé du « keynésianisme primitif » qui met en garde contre toute hausse d'impôt affaiblissant le revenu des ménages, nos trois économistes défendent l'idée d'une « dévaluation fiscale » : puisque la France, au sein de la zone euro, ne peut plus dévaluer sa monnaie pour gagner en compétitivité, il faut le faire via un choc de compétitivité, comprendre un transfert des charges des entreprises vers les ménages, qui accroîtrait les marges des entreprises, leur permettant d'investir et de redevenir compétitives.

Le CICE? Bien insuffisant

N'est-ce pas ce qu'a déjà fait François Hollande ? Le CICE consiste en un allègement des prélèvements sur les entreprises financé par une taxe sur la consommation d'énergie et surtout une hausse de la TVA. Mais les auteurs jugent ce transfert bien insuffisant. Il faudrait faire grimper la TVA, non pas de 19,6% à 20%, s'agissant du taux normal, comme l'a décidé François Hollande, mais à 25%, écrivent-ils.

Le social libéralisme version 2014

Cet exemple chiffré résume assez bien la tonalité du livre : il faut aller vit et fort dans la voie des réformes. Ce que fait François Hollande va dans la bonne direction, mais reste beaucoup trop timide.

Un livre abouti, véritable bréviaire du social-libéralisme version 2014. De quoi influer sur les décisions de l'exécutif ? C'est une autre histoire, tant le décalage apparaît grand entre les préconisations choc des théoriciens, et la pratique des hommes au pouvoir, aux prises avec la réalité.

 

* "Changer de modèle, de nouvelles idées pour une nouvelle croissance", par Philippe Aghion, professeur à Harvard, Gilbert Cette, professeur d'économie associé à l'université d'Aix Marseille, et Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS

Editions Odile Jacob, 22,90 euros

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Commentaires
a écrit le 15/04/2014 à 14:44 :
et on présume qu'une tva de 25% le travail au noir va regresser et les chiffres d'affaires au black pareil ......Bien sur . d'ailleurs on attend ardemment les etudes sur le travail au noir dans ces pays ou la TVa fait ce bond magistral
a écrit le 08/04/2014 à 13:05 :
on n'a qu' arrêté de consommer juste pour leur démontrer que l'achat des produits est quand même à la base du retour sur investissement et condition de la croissance.
a écrit le 08/04/2014 à 11:08 :
z'ont fait des études pour raconter de pareilles conneries ou se moquent de nous???
a écrit le 08/04/2014 à 10:40 :
Tva à 25%,transfert des charges des entreprises vers les ménages,ils sont en formes les gamins.
a écrit le 08/04/2014 à 0:12 :
Nous sommes considérés comme des affreux. Mais , nous avons compris tous les systèmes.
Nous restons des affreux.
Mais vous avez raison sur toute la ligne.
En fait , nous , et vous , nous pouvons faire de grandes choses , sur le postulat que les français , sous leurs poses qui se veulent sophistiquées , sont des primitifs primaires.
Réponse de le 08/04/2014 à 15:51 :
Comme vous le vites , votre nom ainsi que celui d'Elie Cohen n'a aucunement résonné dans leurs têtes...
Definitely Primaris Primaritus... I've told it !!!
a écrit le 07/04/2014 à 21:54 :
En pleine crise économique mondiale, il faut en effet redonner la "confiance"... Ridicule.
a écrit le 07/04/2014 à 21:03 :
Parler de social-libéralisme est une construction de marketing politique. C'est un oxymore. Le socialisme ne peut se satisfaire d'un pouvoir partiel et la maîtrise de l'état lui est consubstantiel. Etatisme et libéralisme sont exclusifs l'un de l'autre. C'est pourquoi notre classe jacassante se complait à nous seriner avec la France libérale, l'Europe ultra libérale, alors que l'étatisme et la bureaucratie sont au coeur des deux ensembles.
Réponse de le 08/04/2014 à 10:20 :
oxymore Propos on ne plus clairs
a écrit le 07/04/2014 à 20:03 :
Il faudrait faire savoir aux auteurs qu'ils ont oublié la chose essentielle qui concerne le role de l'énergie dans le développement économique grace aux gains de productivité.
a écrit le 07/04/2014 à 19:18 :
23 euros le bouquin de poncifs libéraux ? Le Saint Dogme du marché se monnaye bien on dirait...
a écrit le 07/04/2014 à 19:16 :
Tiens, un discours qui tranche avec ce qu'on lit habituellement sur la Tribune !...
a écrit le 07/04/2014 à 18:50 :
Le social-libéralisme est une arnaque, les deux mots ne vont pas ensemble même un ado le comprendrait. Le social-libéralisme est un aveux de faiblesse face à la finance mondialisée qui petit à petit impose l'austérité.
a écrit le 07/04/2014 à 18:35 :
Les Français innovent déjà..Ils accommodent les restes.
a écrit le 07/04/2014 à 18:12 :
Tellement bonnes qu on ne va surement pas les tester de sitot. On ne sais jamais des fois qu on ai encore de la chance et que ca reparte mollement grace au redemarrage de l'economie americaine comme depuis les annees 80 justement....
a écrit le 07/04/2014 à 17:49 :
"Il ne suffit plus aujourd'hui d'imiter ce qui se fait Outre Atlantique, il s'agit d'innover."

Excellent idée. Innovons donc, en arrêtant d'imiter les âneries américaines (depuis le politiquement correct jusqu'à l'ultralibéralisme).

Par exemple, en ce qui concerne l'un des services publics actuellement cibles de ces propagandistes, il s'agit non pas d'innover mais de contrôler avec suffisamment de soin les chaudières nucléaires.
Réponse de le 07/04/2014 à 19:20 :
Calmez-vous ! On est dans le fantasme là...
a écrit le 07/04/2014 à 17:22 :
Bon , c'est pas que je m'énerve , mais faut savoir !!!
Jusque là , ça a été Claude Françouais partout.
Puis la Star academie
Puis le fouteballe
Puis le rugueby...
Bientôt , ce sera les boules...
ça y est , on y est...Y'a plus personne pour apprendre , on est devenus tro...top...trop...yaya yayaya...vieux.
Maintenant , démerdez-vous avec les jeunes...si vous y arrivez...

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