Croissance : notre planète ne supportera pas 7 milliards d'individus à revenu élevé

 |   |  1157  mots
(Crédits : DR)
Il faut mesurer différemment la richesse des nations: la course à la croissance du PIB est intenable pour la planète. Par Anantha Duraiappa, directeur exécutif du Programme international sur les dimensions humaines des modifications globales de l'environnement et Zakri Abdul Hamid, membre du Conseil scientifique consultatif créé par le Secrétaire général des Nations Unies

Le lien entre croissance économique et bien être humain apparaît comme une évidence. Mesurée selon le produit intérieur brut, la croissance économique est en effet largement considérée comme l'objectif ultime du développement. L'heure est cependant venue de repenser cette approche.

Le décalage se fait en réalité croissant entre le PIB par habitant des États et le bien-être de leurs citoyens, la croissance rapide de la production exacerbant en effet les problématiques de santé, tout en érodant les conditions environnementales. Ainsi les individus considèrent-ils de plus en plus les richesses immatérielles comme aussi importantes que la richesse monétaire, si ce n'est plus.

Le PIB fournit de précieuses informations, mais….

Persuader les dirigeants et politiciens des limites du PIB n'est cependant pas chose facile. Il est en effet beaucoup plus simple de défendre un cadre compris par tous, et admis de longue date, que de promouvoir une nouvelle vision du monde.

Le PIB fournit évidemment de précieuses informations concernant la production, les dépenses, et les flux de revenus d'un État, nous éclairant également sur la circulation des marchandises au travers des frontières. Les données du PIB confèrent par ailleurs d'importantes orientations aux États, en les aidant à procéder au suivi de gains économiques à l'origine d'une amélioration considérable de la qualité de vie des citoyens - et bien souvent d'une possibilité de les extraire de la pauvreté.

Le PIB échoue cependant à prendre en compte les évolutions du stock d'actifs d'un État, et complique la tâche des dirigeants politiques consistant à équilibrer les préoccupations économiques, sociales et environnementales. À défaut d'une meilleure mesure du bien-être - notamment en matière de santé, d'enseignement et d'état de l'environnement naturel - ces dirigeants sont privés des connaissances dont ils auraient besoin pour garantir à long terme la santé de l'économie et des individus qui la composent.

L'inventeur du concept de PIB le critiquait lui même...

Cet impératif sous-tend le concept de « développement durable, » de plus en plus reconnu depuis son apparition au milieu des années 1980. Mais bien que les États aient peu à peu admis la nécessité d'une compréhension plus globale autour du développement, ils demeurent pour la plupart concentrés sur cet objectif central que constituerait la croissance du PIB. Il faut que cela change. Économiste américain d'origine biélorusse, et inventeur du concept de PIB en pleine période de dépression économique, le prix Nobel Simon Kuznets a lui-même affirmé en 1934 que « le bien-être d'une nation [pouvait] difficilement être déduit d'une simple mesure du revenu national. »

Un nouveau cadre de mesure

Bonne nouvelle toutefois, ce cadre fiable, simple et efficace de mesure de la durabilité existe à l'heure actuelle. Élaboré par un groupe d'économistes majeurs parmi lesquels le prix Nobel Kenneth Arrow et Partha Dasgupta de l'Université de Cambridge, ce cadre évalue les flux de revenus d'une économie tout en prenant en compte son stock d'actifs, dont le capital humain et environnemental. Autrement dit, il appréhende la base productive de l'économie, plutôt que de se concentrer uniquement sur sa richesse monétaire.

Sur la base de ce cadre, l'Université des Nations Unies et le programme des Nations Unies pour l'environnement ont dévoilé leur Rapport sur la richesse globale (IWR) à l'occasion du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 2012. En fournissant une comparaison à long terme entre le PIB et la « richesse globale » de 20 États, ce rapport invite les dirigeants politiques à adopter une approche plus globale et à plus long terme autour du développement de l'économie de leur pays.

Insister sur le capital humain

Au mois de novembre prochain, un deuxième rapport IWR sera publié qui englobera bien davantage d'États tout en plaçant un accent renforcé sur la part du capital humain dans les indicateurs de la comptabilité nationale. Dans cette perspective, des experts collaborateurs se réuniront ce mois-ci en Malaisie à l'occasion d'une série de rencontres, avec en point d'orgue une conférence publique intitulée « Au-delà du produit intérieur brut - Transition vers la durabilité. »

L'existence d'une approche dynamique sera essentielle pour refaçonner l'idée que notre monde se fait du développement économique. Les experts de nombreux domaines - dont l'économie, la sociologie, la psychologie et les sciences naturelles - devront travailler ensemble au développement d'un ensemble intégré d'indicateurs projetant une image globale de la base productive de l'humanité, qui fonde la manière dont les individus se font leur interprétation de l'idée de réussite. Bien qu'il soit nécessaire que les décisions définitives appartiennent aux responsables politiques et aux citoyens, ce processus devra être guidé par les meilleures sciences existantes, sans les compromis associés aux exigences politiques ou aux intérêts particuliers.

La planète ne supportera pas 7 milliards d'habitants à revenus élevés

Il nous faut par ailleurs accepter une vérité fondamentale : notre planète ne peut accueillir sept milliards d'habitants de pays à revenu élevé. Pour que chaque État parvienne à un PIB par habitant de 13 000 $ (seuil à partir duquel, selon la Banque mondiale, le statut de revenu élevé est atteint), il faudrait que le PIB global passe des quelque 72 000 milliards actuels à 91 000 milliards. Or, si nous utilisions dès à présent l'équivalent d'1,5 planètes Terre pour puiser les ressources que nous consommons et absorber nos déchets, la planète ne pourrait durablement supporter qu'un PIB de 48 000 à 50 000 milliards $.

Notre planète excédant d'ores et déjà sa capacité de tolérance dans une perspective durable, il nous faudrait lui infliger de moindres exigences - plutôt que de lui en imposer de nouvelles. Autrement dit, nous ne pouvons plus nous permettre de dépendre de la croissance du PIB, et de l'accumulation de richesses sans limite qu'elle implique, si nous entendons résoudre nos difficultés sociales et économiques.

Il appartient au monde de conjuguer ses systèmes de valeur avec cette réalité. Il nous faut apprendre à faire plus avec moins, à découpler la croissance économique de la consommation des ressources, ainsi qu'à nourrir les aspects sociaux et spirituels de notre existence.

Cette évolution ne saurait s'opérer à défaut d'une transformation fondamentale dans nos systèmes d'enseignement, structures politiques, et autres institutions. Il y a là un défi de taille ; un défi qu'il faudra pourtant relever si nous entendons envisager un avenir.

Traduit de l'anglais par Martin Morel

Zakri Abdul Hamid est membre du Conseil scientifique consultatif créé par le Secrétaire général des Nations Unies, conseiller scientifique du Premier ministre de la Malaisie, et co-président de l'organisme MIGHT. Anantha Duraiappah est directeur exécutif du Programme international sur les dimensions humaines des modifications globales de l'environnement, mis en place par l'Université des Nations Unies de Bonn.

© Project Syndicate 1995-2014

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/08/2014 à 7:48 :
C'est pas pour rien que INFERNO donne un aperçu du futur!! On verra parce que ça dégénère
a écrit le 28/05/2014 à 14:05 :
La Planète ne pourra pas supporter 7 millions d'individus à revenu élevé, ceci semble une évidence. Sauf que les pays du Nord ont d'ores et déjà un niveau de vie très élevé, alors que le Sud a d'énormes progrès à faire. Donc, selon les auteurs de cet article, pour limiter la pression sur les ressources naturelles, devrions-nous demander aux pays pauvres de freiner leur développement ?
a écrit le 28/05/2014 à 9:13 :
LES INSECTES SE REGULENT .NOUS SOMME EN RETARD PAR RAPPORT A EUX ???
a écrit le 27/05/2014 à 22:03 :
avec 1 milliard 100 milions d'habitants en afrique dans 20 ans il y aura 400 millions de plus ; c'est beau la polygamie femmes et 15 gosses par famille et nous europeens on les aide
Réponse de le 31/05/2014 à 12:19 :
Mon dieu quel aigreur!
Quelle belle ouverture d'esprit!
Monsieur se croit intelligent mais l'intelligent ne sais rien.
a écrit le 27/05/2014 à 21:21 :
Une bonne grosse touze géante !
a écrit le 27/05/2014 à 14:16 :
"Tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre, l'humanité sera confrontée au problème global de sa survie". Dixit récit idéaliste "les corps indécents" .C'est l'évidence même quand on pense aux 9 à 12 milliards d'individus sur notre petite planète avant la fin du siècle. C'est trop ! C'est fou !
Réponse de le 27/05/2014 à 17:59 :
Si l'on était un tant soi peu conscient de temps en temps, de ce que représente notre planète que l'on malmène, détruit, alors qu'elle nous apporte tout, alors que nous n'avons d'autres endroits où aller, alors qu'elle est pleine de merveilles , tant au niveau, végétal, animal.....le seul bémol dans ce tableau, c'est l'Humain !
a écrit le 27/05/2014 à 14:08 :
Finalement on a raison d'être dépressif en France, quand l'on voit l'ampleur des défis à résoudre pour l'humanité dans les décennies qui viennent. Nous en avons conscience et ça ne peut susciter que l'abattement. La vérité c'est que la France demeure ce phare de l'Humanité, ce pays qui bat la mesure avant les autres.
heureux les imbéciles comme disait l'autre.
a écrit le 27/05/2014 à 13:04 :
L’économie capitaliste fonctionne comme un iceberg où nous ne voyons que la pointe de la banquise de glace, une petite partie ; celle de l’économie productive, du marché, du travail rémunéré associé au masculin. Mais la majeure partie du bloc reste « caché » sous l’eau. Il s’agit de l’économie reproductive, de la vie, des soins, associé au féminin. Sans elle, le marché ne fonctionnerait pas parce qu’il n’y aurait personne pour le faire fonctionner. Un exemple ; comment maintenir des journées de travail infernales et incompatibles avec la vie privée et familiale sans personne pour s’occuper d’entretenir la maison, pour préparer les repas, pour aller chercher les petits à l’école, pour soigner les vieilles personnes dépendantes ? Pour que certains puissent travailler « avec majuscule », d’autres doivent le faire en « minuscule ». A partir de la métaphore de « l’économie iceberg » et depuis une perspective écologiste, nous voyons également comment la nature fait partie de ce soutien invisible qui permet de maintenir à flot le capital. Sans soleil, ni terre, ni eau, ni air ; il n’y a pas de vie. La richesse de quelques uns et le fétiche de la croissance infinie, reposent sur l’exploitation systématique des ressources naturelles. On revient ici sur la question de ce que nous mangeons ; sans ces ressources, et sans semences, ni plantes, ni insectes, il n’y a pas de nourriture. L’agriculture capitaliste se développe en provoquant la faim, la « dépaysannisation » et le changement climatique à partir de l’abus de ces biens, sans discernement. Une petite poignée y gagne tandis que nous, la majorité, sommes les perdants. Il s’agit de placer la vie au centre. De rendre visible, de valoriser et de partager ces travaux de soin ainsi que la nature. De rendre visible ce qui est invisible, de montrer la partie occulte de l’ « iceberg ». De valoriser ces tâches comme étant indispensables, de reconnaître qui les exercent et de leur octroyer la place qu’elles méritent. Et, finalement, de les répartir, d’être co-responsables. La vie et le soutien à la vie est l’affaire de toutes… et de tous. La nourriture également. Placer la satisfaction des besoins de base et le bien-être dans des conditions d’égalité, comme objectif de la société et du processus économique, représente un important changement de perspectives. Cela situe la satisfaction des besoins qui permettent aux individus de grandir, de se développer et de vivre dignement, tout comme le travail et les productions socialement nécessaires à cela, comme un axe structurant de la société et par conséquent des analyses. Dans cette nouvelle perspective, les femmes ne sont pas des personnes secondaires, ni dépendantes, mais des personnes actives, actrices de leur propre histoire, créatrices de cultures et de valeurs du travail différentes de celles du modèle capitaliste et patriarcal.
a écrit le 27/05/2014 à 12:57 :
Il faut reprendre l'analyse de Marx effectuée à une période un peu semblable à la notre, et envisager le role de l'énergie: travail, capital et énergie. Qui veut s'en charger?
a écrit le 27/05/2014 à 12:39 :
L'économie dépend de trois critères, la démographie, le capital humain et l'énergie. On oublie l'énergie.
a écrit le 27/05/2014 à 12:34 :
sans pessimisme, pourtant : " mieux vaut partir, qu'arriver" !! bonne chance aux générations futures, guerre de l'eau, famines et cie.....
a écrit le 27/05/2014 à 11:10 :
il faudrait des a present prendre conscience de tout cela ! préservons notre platene pour nos descendants -
a écrit le 27/05/2014 à 11:03 :
Après le mariage pour tous, la pilule pour tous ?
a écrit le 27/05/2014 à 10:59 :
la solution serait donc de changer de thermomètre ? ....peu sérieux.
a écrit le 27/05/2014 à 10:54 :
rapport du MIT commander par le club de Rome en 1974: effondrement de la croissance
comme nous avons choisit le scénari business is usual, c' est juste un compte à rebours qui s' égrenne..
a écrit le 27/05/2014 à 10:49 :
" l'Humanité disparaitra, bon débarras !! " Yves Paccalet, cet ouvrage est à recommander, à lire sans modération !
a écrit le 27/05/2014 à 10:39 :
En 2009, la Commission sur la Mesure de la Performance Économique et du Progrès Social (Stiglitz, Sen, Fitoussi) s'est penchée sur la question et n'a pas abouti à grand chose. Pourra-t-on faire mieux ce coup ci et comment ?
a écrit le 27/05/2014 à 10:37 :
"L'Allemagne sera en crise car son taux de fécondité est faible... La France a ce formidable atout pour elle!!" dixit la quasi intégralité de nos classes politiques.
Réponse de le 27/05/2014 à 10:46 :
ça, c'est clair !
a écrit le 27/05/2014 à 10:31 :
Comme nous sommes soumis aux mêmes lois que les autres animaux; la conscience en plus, nous finirons par muter ou par disparaitre pour nous adapter et continuer à vivre tout simplement. Nous faisons partie d'une chaine on n'y peut rien.
Réponse de le 27/05/2014 à 10:45 :
à quoi, nous sert notre intelligence, notre conscience qui nous diférencient des animaux, qui eux, n'ont que l(instinct( , si c'est pour se comporter pire qu 'eux? et la réflexion, on en fait quoi? Pauvre monde, en fait..
Réponse de le 27/05/2014 à 11:12 :
gerardc27 quel avenir pour nos jeunes.
Réponse de le 27/05/2014 à 12:36 :
AUCUN !...désolé, c'est brutal, mais c'est à craindre si on est un tant soi peu lucide & réaliste...
a écrit le 27/05/2014 à 10:30 :
La religion est grandement responsable et il serait temps de distribuer des preservatifs un peu partout et vite !
a écrit le 27/05/2014 à 9:25 :
Les individus n'ont qu'à avoir un peu de conscience, et ne pas se coucher à 2 et se relever à 3, 4 et plus!! c'est lamentable
a écrit le 27/05/2014 à 9:21 :
Quand il n'y aura plus rien à manger,le problème se règlera de tout seul.Les plus forts et plus égoistes survivront et les pour les autres un monde meilleur dans l'au dela.
Réponse de le 27/05/2014 à 9:37 :
Il n'y a rien de nouveau sous le Soleil ! Malheureusement...
Réponse de le 27/05/2014 à 10:48 :
comme quoi, au plus nous "grandissons", dans le temps, le progrès, au plus nous régressons quelque part.. guère encourageant pour la suite !
a écrit le 27/05/2014 à 9:18 :
Il est certain qu'au rythme de croissance mondiale actuelle nous allons dans le mur d'ici a une cinquantaine d'annee maximum. Comme il est mentionne dans l'article nous consommons aujourd'hui l'equivalent 1,5 terre/an, donc soit nous changons notre maniere de vivre soit les choses s'imposeront a nous par la force. Comme les arbres ne croissent pas jusqu'au ciel, dans une planete finie nous ne pouvons pas croitre indefiniment. Toute croissance du PIB signifie a ce jour destruction de l'environnement et surexploitation de matieres premieres. A mediter
Réponse de le 27/05/2014 à 9:25 :
c'est comme un gâteau plus il y'a de monde autour des parts moins les parts sont grandes logique implacable , il faudra réduire les salaires a l'échelle du monde pour limiter la consommation mondiale , par contre les plus riches que riches et les oligarchies elles se priveront pas pour capter le moindre avantage , a défaut nous auront des conflits meurtriers de part le monde et les conflits meme limités sont déjà en cours , l'analyse par contre est très réaliste .. seuls les pays qui sont demographiquement a la baisse commencent a engranger des résultats positifs avec des différences pour certains ..
Réponse de le 27/05/2014 à 10:51 :
il y aura aussi la crise de l'eau, et ça c'est encore plus dramatique!
a écrit le 27/05/2014 à 9:17 :
ils ne confondent rien du tout. lis constatent que la course à toujours plus de production n'est pas le bon raisonnement. la diminution des naissances n'obligerait pas la planète à SURPRODUIRE. Avoir une famille de 10 enfants diminue drastiquement les chances de réussite et de survie des derniers
a écrit le 27/05/2014 à 8:50 :
ils confondent le pb a resoudre et le thermometre pour le mesurer ( meme si sur le fond ils n'ont pas tort)!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :