Faut-il supprimer l'impôt ?

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Un Etat disposant du pouvoir de création monétaire pourrait en théorie se passer d'impôt. Celui-ci devrait être ajusté en fonction de deux objectifs: éviter l'inflation et assurer le plein emploi

 Un Etat souverain n'a nullement besoin de lever des impôts pour financer ses dépenses publiques. En effet, les Etats-Unis - depuis leur création et hormis sept épisodes relativement brefs - ont toujours tourné avec des budgets systématiquement déficitaires. Le gouvernement d'une nation indépendante peut donc dépenser sans avoir à s'inquiéter de ses recettes. En théorie en tout cas, car la réalité de fortes poussées inflationnistes à laquelle il s'expose si son économie opère à plein régime finit toujours par le rattraper.

C'est là qu'il se doit de prendre toute une batterie de mesures afin de juguler la surchauffe: augmenter les impôts, réduire ses dépenses, voire exercer un contrôle sur les prix et les salaires... Autant de mesures destinées, non à équilibrer son budget, mais en premier lieu à maîtriser l'inflation, dans le cas où l'Etat dépense sans se préoccuper de ses revenus, c'est-à-dire dans le cas des Etats-Unis d'Amérique depuis leur création.

 L'impôt justifie l'existence de la monnaie

Dans ces conditions, pourquoi ne pas supprimer toute notion d'impôt? Pour une raison fondamentale en fait, qui est que c'est précisément l'impôt qui définit la monnaie, tout comme c'est l'impôt qui justifie en définitive l'existence de l'argent. Comme les impôts et les taxes doivent effectivement être réglés en unités de monnaie, le fait de s'en acquitter devient dès lors fondateur du point de vue de la définition de la monnaie servant de référence à ce règlement.

L'Etat, qui dispose du privilège exorbitant de battre en exclusivité sa propre monnaie, est en même temps tenu d'accepter cette même monnaie en remboursement des impôts et des taxes qu'il lève sur ses citoyens et résidents. Loi élémentaire du crédit, néanmoins cruciale tant sur le plan matériel qu'intellectuel, car elle implique que ce devoir pour les citoyens de s'acquitter de leurs impôts créé une demande mécanique - voire naturelle - en monnaie, utilisée précisément pour remplir cette obligation.

 La valorisation de la monnaie étroitement liée au paiement de l'impôt

Comme c'est en monnaie que se paient les taxes, l'Etat est donc tenu de la fournir - d'une manière ou d'une autre - à ses citoyens, afin qu'ils soient en mesure de la lui restituer partiellement sous forme d'impôts. Voilà pourquoi l'Etat doit dépenser pour injecter cette même monnaie dans le système. Voilà aussi pourquoi la monnaie en question est acceptée comme moyen de paiement dans le cadre des transactions privées, car sa valorisation - et sa validité - sont en finalité étroitement dépendantes de cet acte consistant à payer l'impôt à l'Etat.

L'Etat disposant de la création monétaire pourrait se passer de l'impôt

Donc, si l'Etat n'a pas forcément besoin de lever l'impôt afin d'assumer ses dépenses, le paiement par les citoyens des taxes et des impôts a néanmoins une importance vitale en cela qu'il induit une demande en monnaie (de la part des contribuables) que l'Etat est forcé d'honorer (en la créant). Et c'est précisément parce que cet Etat dispose de la faculté de création monétaire qu'il pourrait se permettre - dans l'absolu - de dépenser en se passant des impôts et des taxes, tout simplement en imprimant suffisamment de monnaie pour régler ses dépenses.

 Un privilège abandonné par les pays de la zone euro

Privilège dont ne bénéficient pas les nations ayant indexé leur monnaie nationale à l'or ou au dollar car, comme elles doivent être en mesure de convertir à tout moment leur monnaie contre l'or ou contre le dollar selon une parité fixe, elles ne peuvent donc émettre leur monnaie nationale qu'en quantités limitées. Privilège dont, soit dit en passant, ne bénéficient pas non plus les membres de l'Union européenne - pas même l'Allemagne - qui de ce point de vue ne sont pas des nations souveraines, puisqu'elles ont abandonné à la BCE leur pouvoir de création monétaire.

Un Etat jouissant d'une monnaie flottante - et souveraine - n'est donc théoriquement pas forcé de taxer ses citoyens pour ses dépenses. En fait, c'est plutôt le raisonnement et l'action inverses qui devraient prévaloir dans le sens où c'est l'Etat qui devrait dépenser sa propre monnaie afin que les contribuables puissent à leur tour être en mesure de la restituer sous forme d'impôts et de taxes! La bonne séquence pour l'Etat étant donc de dépenser d'abord et de taxer ensuite, et non le contraire.

 Sans impôt, d'autres moyens de paiement s'imposeraient

Pour autant, il est hors de question de supprimer l'impôt qui conditionne l'usage de la monnaie. Comme c'est l'impôt qui sous-tend et qui, d'une certaine manière, légitime la monnaie, sa suppression se traduirait par un abandon progressif de l'usage de cette monnaie par les citoyens qui trouveraient d'autres moyens de paiement. Par ailleurs, l'impôt permet de réguler la consommation et l'investissement et de lutter ainsi contre l'inflation. A contrario, des réductions massives d'impôts autorisent la relance de la demande agrégée, de l'investissement et s'avèrent un outil incontournable de lutte contre la déflation.

La bonne gouvernance exigeant pour sa part d'adopter une politique contre cyclique consistant à augmenter les impôts en période de bonne croissance, et de les réduire considérablement dans le cadre de crises économiques. En réalité, une taxation optimale devrait avoir deux et deux seules priorités consistant à assurer d'une part la stabilité de la monnaie et d'autre part le plein emploi.

 

 

 Michel Santi est directeur financier et directeur des marchés financiers chez Cristal Capital S.A. à Genève. Il a auparavant conseillé des banques centrales après avoir été trader sur les marchés financiers. Il est l'auteur de :  "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience" et "L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique"

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a écrit le 04/03/2019 à 20:57 :
L'impôt est inutile depuis que l'état a la capacité de frapper sa monnaie à l'infini (papier et numérique). Il suffit de le dire et surtout de l'inscrire dans la nouvelle constitution citoyenne.
a écrit le 24/05/2016 à 12:25 :
Je pense que Théophile veut parler du principe de pareto !
a écrit le 24/05/2016 à 12:25 :
Je pense que Théophile veut parler du principe de pareto !
a écrit le 24/05/2016 à 12:25 :
Je pense que Théophile veut parler du principe de pareto !
a écrit le 24/05/2016 à 12:24 :
Je pense que Théophile veut parler du principe de pareto !
a écrit le 05/07/2014 à 18:20 :
Les services publics comme tous les services doivent s’acheter à l’unité d’œuvre avec des prix. Et donc il faut une monnaie pour acheter les services quels qu’ils soient. L’impôt n’intervient que si on veut redistribuer de l’argent entre les personnes en considérant que sinon les pauvres ne peuvent plus s’acheter des services publics (alors qu’en réalité les pauvres ont surtout besoin de services de base comme la nourriture ou le logement plus que de certains services publics comme l’université ou la protection des patrimoines). Mais pour faire cela il suffirait en effet de distribuer un nombre forfaitaire de billets de banque périodiquement à chaque personne…et les prix s’ajusteraient d’eux-mêmes (y compris les prix des services publics). C’est une méthode élégante pour supprimer l’impôt : ne maintenir que des redevances, faire distribuer directement par la banque centrale une allocation universelle globalisante (remboursement forfaitaire des services de base privés ou publics)…
a écrit le 05/07/2014 à 14:33 :
Un raisonnement si peu pertinent qu'on est surpris de le voir exposé. Nous pouvons par contre parler de la création monétaire c'est un très bon sujet .. afin de déterminer qui en profite et qui la subit. Dans le domaine de suppressions il y a bien entendu la TVA, la taxe scélérate, qui pourrait se faire sur 15 ans avec à palier général en premier objectif à 8%. Bruxelles oblige de façon scandaleuse à une TVA minimum à 15%. Ensuite se pose la question des transports en commun de grosse agglomérations, il pourrait être gratuit. L'argent consacré au contrôle du passage est en effet considérable. les impôts régionaux prendraient en charge le coût global restant. C'est un projet plausible qui touche à la réorganisation RATP, SNCF, RFF. Malheureusement il semblerait que ces restructurations n'aillent pas dans un sens réellement pertient pour les industriels et le public.
a écrit le 18/06/2014 à 8:39 :
On est passé de l'état providence à l'état voleur.
50% des foyers ne paient pas d'impôt sur le revenu mais profitent de toutes les prestations collectives : santé, sécurité (relative) éducation, justice etc.. La notion d'égalité devant l'impôt n'est pas respectée dans ce pays.
Réponse de le 04/07/2014 à 12:26 :
Selon vous donc, les pauvres sont des voleurs ? Quand je lis ça, je me dis que la révolution sera méritée, les riches ont interet à partir vite avant qu'on leur montre si les pauvres sont des voleurs !
Réponse de le 05/07/2014 à 2:06 :
Donc les pauvres sont des profiteurs ? Vous plaisantez j'espère !
Réponse de le 06/07/2014 à 16:49 :
Qui ça les voleurs ? Les pauvres ?
Donc les pauvres, les chomeurs, les gens d'en bas, n'ont pas le droit de se faire soigner s'ils sont malades, pas le droit d'avoir la police s'ils se font agresser par un con énervé, pas le droit d'étudier, pas le droit d'avoir un divorce ou un avocat ?
En fait, vous préférez que les pauvres n'aient droit à rien et meurent en silence ?
a écrit le 17/06/2014 à 2:49 :
Je plaide personnellement depuis des années pour que la banque centrale finance une partie d'un revenu universel par création monétaire, on a ainsi une stratégie bottom-up favorisant la consommation, elle vient en rajout de la stratégie actuel top-down qui vise à quasiment à prêter de l'argent gratuit aux plus riches en espérant qu'ils vont investir. Evidemment la stratégie bottom-up est elle aussi concernée par l'inflation, la somme variant pour éviter un emballement.
a écrit le 17/06/2014 à 2:36 :
Idée inconcevable dans notre pays : les socialistes et peut-être quelques autres sont incapables de comprendre que plus les impôts augmentent, plus les recettes fiscales baissent, alors...
a écrit le 16/06/2014 à 17:13 :
Il y a bien longtemps que l'impôts a été supprimé pour ceux qui les votent si généreusement en prenant soin de n'être pas concernés ( indemnités non-imposables pour les élus, impôts maximum pour les autres).
a écrit le 16/06/2014 à 17:11 :
Il ne faut pas trop s' inquieter; a la vitesse V de la chute de notre pouvoir d'achat, tout va être rétabli avec Marine Le Pen présidente de la république Francaise, bientôt àfranchie de la tyrannie bruxelloise d'Union Socialiste Européenne. L'avenir est a l'indépendance et à la responsabilité individuelle car universelle et pragmatique. Allez encore un effort Mr. MOLLANDE et cela sera MLP pour très bientot!!!! N'en déplaise aux journalistes...
a écrit le 16/06/2014 à 15:13 :
La forte progression de la technologie et de la productivité a un rôle déflationniste considérable. Cela explique la multiplication des QE ou de taux très bas à travers le monde.
Le progrès s'accélérant, on pourrait imaginer qu'un jour on aboutisse à la suppression des impôts. Pourquoi pas?
a écrit le 16/06/2014 à 14:50 :
OUI !
a écrit le 16/06/2014 à 13:59 :
Marx avait introduit la notion de capital pour tenir compte de l'outillage produit par le travail, mais il aurait dû tenir compte de l'énergie qui permet de réduire le travail grace à l'outillage.
a écrit le 16/06/2014 à 13:46 :
Encore des gens qui ignorent le role de l'énergie.
a écrit le 16/06/2014 à 13:21 :
Contrôler les salaires, supprimer les hauts salaires. A travail égal - salaire égal
a écrit le 16/06/2014 à 11:46 :
Non mais par contre il serait salutaire de supprimer les journaux libéraux et leurs éditorialistes ineptes...
a écrit le 16/06/2014 à 11:31 :
Mr Santi nous qui l etat cree la monnaire, il faudrait qu il ouvre un livre de premiere annee de DEUG et etudie comment fonctionne la creation de monnaie. C'est pas hexogene mais endogene, ce sont les gens qui emprunt de l argent qui cree de la monnaie on appelle ca le multiplicateur de credit. Si c’est hexogene c’est par nature inflationiste.
Mr Santi! allez sur amazon commandez un bouquin americain d economie, ils aiment bien ultra simplifier les choses ca devrait vous aider a comprendre de quoi vous parlez et peutetre vous permettre d’ecrire des papiers un peu moins mauvais.


Mr Santi compare les Etat unis et l europe, est ce vraiment comparable? Les etats unis qu on les aiment ou pas on une force de frappe disuasive enorme, meme si peu a peu ils perde du terrain... donc c'est exactement comme le dealer du quartier tout le monde le respecte meme si personne ne l aime et veut sa peau, on fait du business avec lui car c'est le plus fort... donc c'est la meme chose pour les investisseurs, on investit la ou le pouvoir reside, il n y a rien de nouveau c’etait la meme chose avec Venise... les US ont une grosse armee et ils ont toutes les grosses entreprises internets ... donc ca reste un pays bien organise, en tout cas pour certains, et puissant, donc c'est bon on investi... et si les US font tourner la planche a billets pour le reste de l economie mondiale, ce qu on appelle le seniorage gain, et bien, c'est cool pour eux tant qu ils dominent... attention a la chute... on a eu le meme phenomene avec le sterling et quand le royaume uni a perdu le leadership et les etats unis l on repris, ca a ete tres violant pour les britaniques...

Donc peut on compare l’Europe au etats unis? as ton une armee en Europe? a ton un leader qui represente nos interet? as t on des entreprises puissantes qui dominent? le constat n est pas necessairement mauvais mais on doit faire preuve d humilite et les derniere election europeenne montrent bien que ca ne fonctionne pas si bien que ca...

L europe peut avoir le seniorage gain si elle veut, mais le peut elle??? On n a pas de google europe ? tout les entrepreneur partent au US, donc il y a un probleme en europe.

Le senior gain existe tant qu on domine le reste du monde sans quoi tout les pays pauvres d 'afrique seraient super riche...
Réponse de le 16/06/2014 à 13:33 :
Si un économiste, qui lui ne s'est pas arrêté au deug, écrit de telles choses, peut être devriez vous en conclure que votre vision de l'économie est loin d'être complète au lieu de supposer la bêtise d e votre interlocuteur. Et cela vous éviterais d'aligner comme des évidences ce qui est en fait test sujet à discussion entre les différents courants de l'économie...
a écrit le 16/06/2014 à 11:16 :
Du temps des monnaies métalliques ou à notre époque de monnaie bancaire, ce n'est pas vraiment l’État qui "crée" la monnaie. Cela n'arrive guère que pendant les guerre ou dans des systèmes comme l'URSS. Ce qui est vrai, c'est que l’État instaure le cours légal et forcé et au travers des impôts une demande minimale pour la monnaie officielle.
a écrit le 16/06/2014 à 11:01 :
Je trouve remarquable que vous omettiez le fait que si l'Etat crée de la monnaie, ce n'est certes pas en premier lieu pour collecter des impôts, mais pour fournir à l'économie privée les moyens de financement nécessaires à son bon fonctionnement et à son développement en fonction de la multiplication des transactions monétaires permises par l'accroissement de la circulation monétaire entre les acteurs économiques. C'est d'ailleurs au nom de la nécessite de fournir à l'économie privée les moyens monétaires réclamés par son expansion, à un moment où l'Etat faisait face à une situation de déficit chronique, que les banques centrales furent créées parallèlement à la mise en circulation de monnaie papier qui était au départ librement convertible en or.
Les banquiers centraux se sont rapidement rendus compte de la nécessite de disposer de moyens de transformation de la dette ainsi émise en direction de l'économie privée, afin d'échapper aux situations de banqueroute créées à chaque fois que la création de dette en fiat money créait un phénomène de rupture de la confiance. Ce phénomène s'est vérifié aussi bien en France qu'en Angleterre, à cette différence près que les Anglais se sont dotés des moyens financiers pour transformer la dette court terme en dette long terme ou en convertibles en actions par la création d'un second marché de la dette ouvert aux actionnaires investisseurs de la BOE.
La création monétaire par l'Etat renvoie donc à un concept de la monnaie qui correspondait à un contexte d'économie fermée où la création de moyens monétaires était strictement contrôlée et où il était impossible de manipuler la valeur de cette monnaie du fait de son indexation par rapport à un étalon fixe, comme ce fut le cas pendant de siècles dans l'Europe du Moyen-Age. Je trouve curieux qu'un Directeur d'un groupe d'investissement suisse propose de revenir à une conception moyenâgeuse de l'économie, même si j'approuve votre idée de supprimer l'impôt du fait que l'Etat est capable de générer par lui-même les ressources monétaires manquantes.
Encore faut-il pour cela que cette création monétaire soit transformable en création de richesse économique, ce qui est loin d'être acquis à une époque où les dépenses d'infrastructures sont limitées par les contraintes physiques, comme la Chine le démontre par l'absurdité d'investissements inutiles en ponts, routes, villes fantômes, etc. Car il ne s'agit pas tellement de faire créer de la richesse économique par l'Etat, dont ce n'est pas le rôle premier, que de permettre aux acteurs privés de générer de la valeur par la création d'un espace de liberté économique. Vous ne faites pas mention de la monnaie crédit créée par les banques, en vertu de leur pouvoir de création monétaire délégué par la Banque centrale. Or cette création monétaire par le multiplicateur de crédit fut un facteur fondamental de la croissance occidentale ces deux derniers siècles, même si les excès de création monétaire par les banques ont conduit aux crises de surendettement dont nous essayons désespérément de nous extraire.
Ni l'Etat ni la banque centrale ne sont en mesure de financer par eux-seuls les moyens de paiement dont l'économie a besoin pour prospérer. Rendre à l'Etat son rôle de création monétaire ne serait satisfaisant que dans le cadre d'une économie strictement régulée et encadrée à l'image des pays de feu le Comecon, où le Gosplan décidait du volume de création monétaire alloué à chaque région de l'URSS en fonction des besoins estimés par la banque centrale de Moscou. Naturellement le système a fini par capoter, dès lors que la monnaie créée ne correspondait plus aux besoins de l'économie, ce qui fut le cas au moment du démembrement de l'URSS et du Comecon qui ont fait disparaître les processus d'échange et de production autoritaires entre les pays membres.
Je ne peux donc sérieusement croire à votre thèse de rendre à l'Etat son pouvoir de création monétaire sous prétexte de supprimer l'impôt, ce qui permettrait de lutter contre la déflation, dans la mesure où l'Etat est incapable de gérer par lui-même la création des moyens de paiement en monnaie privée et non publique et encore moins de gérer efficacement une économie privée dont l'offre et la demande lui échappent dans une très large mesure dans le contexte d’une économie libérale et non socialiste.
a écrit le 16/06/2014 à 10:50 :
Cher Monsieur,

Je me permets de vous faire part de mon désaccord avec la thèse selon laquelle l'Etat devrait supprimer les impôts, sous prétexte qu'il détient le pouvoir de battre sa monnaie qui est acceptée en retour comme moyen de paiement des impôts par les contribuables. Je trouve remarquable que vous omettiez le fait que si l'Etat crée de la monnaie, ce n'est certes pas en premier lieu pour collecter des impôts, mais pour fournir à l'économie privée les moyens de financement nécessaires à son bon fonctionnement et à son développement en fonction de la multiplication des transactions monétaires permises par l'accroissement de la circulation monétaire entre les acteurs économiques. C'est d'ailleurs au nom de la nécessite de fournir à l'économie privée les moyens monétaires réclamés par son expansion, à un moment où l'Etat faisait face à une situation de déficit chronique, que les banques centrales furent créées parallèlement à la mise en circulation de monnaie papier qui était au départ librement convertible en or.
Les banquiers centraux se sont rapidement rendus compte de la nécessite de disposer de moyens de transformation de la dette ainsi émise en direction de l'économie privée, afin d'échapper aux situations de banqueroute créées à chaque fois que la création de dette en fiat money créait un phénomène de rupture de la confiance. Ce phénomène s'est vérifié aussi bien en France qu'en Angleterre, à cette différence près que les Anglais se sont dotés des moyens financiers pour transformer la dette court terme en dette long terme ou en convertibles en actions par la création d'un second marché de la dette ouvert aux actionnaires investisseurs de la BOE.
La création monétaire par l'Etat renvoie donc à un concept de la monnaie qui correspondait à un contexte d'économie fermée où la création de moyens monétaires était strictement contrôlée et où il était impossible de manipuler la valeur de cette monnaie du fait de son indexation par rapport à un étalon fixe, comme ce fut le cas pendant de siècles dans l'Europe du Moyen-Age. Je trouve curieux qu'un Directeur d'un groupe d'investissement suisse propose de revenir à une conception moyenâgeuse de l'économie, même si j'approuve votre idée de supprimer l'impôt du fait que l'Etat est capable de générer par lui-même les ressources monétaires manquantes.
Encore faut-il pour cela que cette création monétaire soit transformable en création de richesse économique, ce qui est loin d'être acquis à une époque où les dépenses d'infrastructures sont limitées par les contraintes physiques, comme la Chine le démontre par l'absurdité d'investissements inutiles en ponts, routes, villes fantômes, etc. Car il ne s'agit pas tellement de faire créer de la richesse économique par l'Etat, dont ce n'est pas le rôle premier, que de permettre aux acteurs privés de générer de la valeur par la création d'un espace de liberté économique. Vous ne faites pas mention de la monnaie crédit créée par les banques, en vertu de leur pouvoir de création monétaire délégué par la Banque centrale. Or cette création monétaire par le multiplicateur de crédit fut un facteur fondamental de la croissance occidentale ces deux derniers siècles, même si les excès de création monétaire par les banques ont conduit aux crises de surendettement dont nous essayons désespérément de nous extraire.
Ni l'Etat ni la banque centrale ne sont en mesure de financer par eux-seuls les moyens de paiement dont l'économie a besoin pour prospérer. Rendre à l'Etat son rôle de création monétaire ne serait satisfaisant que dans le cadre d'une économie strictement régulée et encadrée à l'image des pays de feu le Comecon, où le Gosplan décidait du volume de création monétaire alloué à chaque région de l'URSS en fonction des besoins estimés par la banque centrale de Moscou. Naturellement le système a fini par capoter, dès lors que la monnaie créée ne correspondait plus aux besoins de l'économie, ce qui fut le cas au moment du démembrement de l'URSS et du Comecon qui ont fait disparaître les processus d'échange et de production autoritaires entre les pays membres.
Je ne peux donc sérieusement croire à votre thèse de rendre à l'Etat son pouvoir de création monétaire sous prétexte de supprimer l'impôt, ce qui permettrait de lutter contre la déflation, dans la mesure où l'Etat est incapable de gérer par lui-même la création des moyens de paiement en monnaie privée et non publique et encore moins de gérer efficacement une économie privée dont l'offre et la demande lui échappent dans une très large mesure dans le contexte d’une économie libérale et non socialiste.

Cordialement,

Nicolas Jaisson
a écrit le 16/06/2014 à 10:29 :
On a vite tendance à oublier que certes les Etats de la zone Euro ont abandonné leur souveraineté, mais que le but était bien de créer un super-état. Comme la Creuse et le Finistère ont les mains liées, la France fait partie de quelque chose de plus grand, toute cette union n'a de sens que si elle va au bout de son ambition - or là on s'est arrêté au milieu du gué.

Juste à cause d'une crise financière on va remettre en cause toute cette construction.
Tout irait mieux si on supprimait les parlements nationaux qui passent la moitié de leur temps grassement payé à transcrire en loi locale les lois adoptées à Bruxelles. C'est là-bas que tout se passe, et ce n'est pas si grave.
Réponse de le 05/07/2014 à 18:02 :
Juste un bémol : au referendum de 2005 les français ont dit oui à l'indépendance de la France comme les algériens l'avaient fait au début des années soixante
a écrit le 16/06/2014 à 10:11 :
Nos gouvernants ne comprenent rien à rien. Il faut les renvoyer à l'école pour qu'ils aient une bonne vision de ce qui se passe aujourd'hui dans notre économie et qu'ils apprenent à gouverner un pays sans dépenser plus que le budget du pays. Et si possible an faisant des économies pour que les français paient moins d'impots et dépensent ainsi un peu plus
Réponse de le 05/07/2014 à 17:58 :
Les candidats ayant proposé dans le passé le retour à l'équilibre budgétaire ont été battus aux élections
a écrit le 16/06/2014 à 8:52 :
La financiarisation de la monnaie nous interdit de promouvoir "la corvée" pour remplacer ou diminuer l'impôt! Et donc nous pousse a n'être qu'un individu asocial!
Réponse de le 16/06/2014 à 10:51 :
C'est vrai. Si pour payer ma voiture j'apportais à la concession 10 boeufs et 5 tonnes de blé, ce serait moins pratique qu'un chèque mais tellement plus convivial !
Réponse de le 16/06/2014 à 11:36 :
On parle d'impôt pas de troc, le service de la voirie de village peut être remplacer par ses habitants organisant "une corvée" pour éviter de payer plus!
Réponse de le 16/06/2014 à 11:42 :
C'est vrai que l'on donnai un an de sa vie au service militaire, qui était une corvée.

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