Les dangers de la mise sur le marché de Coface

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(Crédits : Reuters)
La mise sur le marché de Coface n'est pas sans risques: des fonds étrangers, susceptibles de prendre une part croissante de son capital, auront accès à des informations sensibles sur les entreprises françaises. Un cas de "mésintelligence" économique. par Frédéric Lefebvre, ancien ministre, député des Français d'Amérique du nord.

Alors qu'aux États-Unis, le nouveau chef de la majorité Républicaine de la chambre des Représentants milite pour la suppression de la banque Export-Import, organisme assurant comme la Coface en France, les exportations d'entreprises américaines, l'entreprise privée française fait l'objet d'une mise sur le marché. Non seulement les Américains veillent aujourd'hui à la sécurité des transactions de leurs entreprises à travers un outil public, mais ce sont les représentant du libéralisme économique qui au nom de la lutte contre une concurrence qu'ils qualifient de déloyale,  veulent donner au marché la responsabilité d'assumer ce rôle.

Le gouvernement socialiste saura-t-il préserver les intérêts des exportateurs?

Cherchez l'erreur... C'est en France, un Gouvernement socialiste qui laisse faire une opération capitalistique du même ordre, sans se préoccuper des conséquences économiques d'une telle décision. Ce Gouvernement qui a décidé, avec mon soutien exprimé publiquement, de l'entrée de l'Etat dans le capital d'Alstom, pour veiller au respect des intérêts de la France dans l'accord trouvé avec General Electric, permettant l'émergence d'un géant franco-américain, a fait entendre sa voix quand il s'est agi de défendre l'un des fleurons industriels français.
Saura-t-il en faire de même pour défendre, outre l'intérêt de nos exportateurs militaro-industriels, celui de l'ensemble des PME et TPE qui bénéficient de produits de garantie tels que « Cap export » ? Car c'est bien là qu'est la question...

Les risques de cette mise sur le marché

Depuis plusieurs mois, j'alerte le Gouvernement des risques dont est porteuse une telle mise sur le marché. A l'occasion d'interwiews, mais surtout à travers le dépôt sur le bureau de l'Assemblée  Nationale d'une proposition de résolution signée par 20 de mes collègues de l'UMP et de l'UDI, j'ai demandé au Gouvernement d'utiliser le moyen de pression que constitue le droit de veto dont il bénéficie dès lors que plus de 10% du capital changent de main. Le Président socialiste de l'Assemblée Nationale s'est lui-même inquiété auprès du Premier ministre du projet de mise sur le marché. Alors que ce sont 60% du capital qui seront à terme mis sur le marché, 51% depuis quelques jours, le Gouvernement s'est contenté d'adapter le décret en allongeant le délai d'intervention du Gouvernement... Rien qui soit de nature à freiner le projet.

Le danger de l'entrée au capital de fonds étrangers

Quels sont les dangers ? Qu'au fil des mois, compte tenu du désengagement du groupe Natixis, ce qui après tout est son droit, des fonds étrangers en viennent à détenir progressivement des niveaux de capital qui en fassent les détenteurs potentiels d'informations sensibles.

En effet, si alors même que, n'étant pas encore au gouvernement au moment de la grave crise de 2008, j'avais, comme député et secrétaire national de l'UMP en charge de l'économie,  milité, à l'occasion des « ateliers du changement »,  pour que la Coface devienne la première  agence de notation Européenne, c'est que je mesurais combien la garantie des crédits lui donnait une vision précise de la situation de ses clients. Cet atout peut devenir un immense handicap pour la France s'il tombe aux mains de puissances étrangères.


La détention de Coface par Natixis représentait une sécurité

Le fait que le capital soit détenu à 100% par Natixis, et que l'entreprise assume, par délégation de l'État, des missions d'intérêt général, permet depuis 1994, à l'État de s'assurer de la sûreté des gros contrats militaro-industriels et a permis au gouvernement auquel j'appartenais, en pleine crise, de bâtir des dispositifs sécurisants pour nos petites et moyennes entreprises.

A l'heure de la mondialisation, alors que priorité est donnée, par toutes les puissances économiques du monde, aux stratégies d'«intelligence économique», notre pays fait preuve d'une bien inquiétante naïveté, voire de ce que je qualifierais même de « mésintelligence économique »... Car si la Coface connaît si bien la situation actuelle de notre tissu économique, elle connaît aussi parfaitement l'historique de tous ses clients. Allons-nous prendre, sans agir, le risque de laisser tomber ce trésor aux mains de concurrents dans la compétition mondiale ?

L'État doit prendre une participation dans Coface


Voilà pourquoi je propose en dernier lieu, une prise de participation de l'Etat à hauteur de 10%, pour que, avec Natixis, nous puissions conserver la majorité du capital nous permettant de veiller au grain, notamment par la mise en place d'une véritable "muraille de Chine" assurant les clients de la Coface d'une totale étanchéité.
Puis nous verrons. Si mes inquiétudes étaient infondées il serait temps de recéder les 10% de capital, soit environ 150 millions d'euros, sur la base de la valorisation actuelle de l'entreprise. Comme l'a spécifié très justement le ministre de l'économie, à l'occasion du dossier Alstom, cela ne coûterait pas au contribuable et devrait même se solder comme une bonne affaire pour l'Etat. Il est encore temps d'agir.
Le Gouvernement aura-t-il le courage de défendre, à travers ce fleuron financier, le tissu économique français, ou laissera-t-il filer en croisant les doigts ?
Or, espérer qu'à la naïveté française correspondrait une naïveté de nos concurrents me paraît bien imprudent... Pour les entreprises françaises et pour la France nous devons agir vite.

Frédéric Lefebvre
Ancien ministre
Député des Français d'Amérique du nord.

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Commentaires
a écrit le 09/07/2014 à 12:33 :
quand on voit le commerce exterieur on voit la COFACE !!!!! on peut la privatiser pour la rendre un peu plus efficace !!!!
a écrit le 02/07/2014 à 14:55 :
Merci pour ce message à caractère informatif!

C'était vraiment très intéressant. (Comprendra qui pourra)
a écrit le 02/07/2014 à 5:40 :
C'est une question de bon sens. Comment imaginer , compte tenu des missions qui lui sont confiées, dans l'accompagnement des entreprises, que la Coface dépende de capitaux etrangers ? Quelle absurdité !
a écrit le 01/07/2014 à 16:26 :
Quand je vois en France le nombre d'étrangers informaticiens qui ont déjà accès aux informations sensibles, je ne vois pas ce qui pourrait nous arriver de pire. Il n'y a plus rien à cacher. D'autre part, de nombreuses grandes entreprises françaises ont déjà ces même investisseurs étrangers à leur conseil d'administration. C'est vraiment faire de la gesticulation politicienne pour se présenter en défenseur patriote.
Réponse de le 02/07/2014 à 0:52 :
Realityshow votre naïveté est touchante. La nationalité de l'informaticien n'est pas vraiment le problème. Le problème c'est la nationalité de l'OS dont on sait de manière tout à fait officielle qu'il a été conçu (pour Windows 7) en collaboration avec la NSA. Le problème c'est que les entreprises effectuent toutes leurs recherches via Google, entreprise américaine... Que votre informaticien soit français ou pas n'y changera pas grand chose.
Réponse de le 02/07/2014 à 8:55 :
@Someone : Vous avez aussi raison, mais il faut savoir que les grandes entreprises françaises disposent d'un réseau privé pour leurs données sensible qui n'est pas accessible par internet. Tous les réseaux ne sont pas interconnectés, et heureusement. Il faut se rappeler que l'Europe a été conquise par les anglo-saxons au cours de la seconde guerre mondiale. Nous somme donc depuis sous leur total control.

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