Ce que cache vraiment le compte pénibilité

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(Crédits : DR)
Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec répondent à Gérard Sebaoun, député PS du Val d'Oise, et fermement favorable au compte pénibilité.

Dans une tribune publiée le 15 juillet dans la Tribune, le Député PS du Val d'Oise, Monsieur Gérard Sebaoun, rapporteur du projet sur le compte pénibilité, présente et justifie celui-ci comme une réponse urgente au scandale que constituerait l'écart d'espérance de vie de 7 ans entre cadres et ouvriers en France.

>> Lire : La "pénibilité" n'a pas franchi les portes de l'ESSEC

Cette dramatisation fait bon marché du fait que nous sommes dans un état de droit disposant d'un droit du travail qui prend en compte la santé, la pénibilité et qui garantit et protège les travailleurs face à des expositions dangereuses pour eux en fonction de normes établies, françaises mais aussi européennes. Tout l'existant, qui fait de la France et de l'Union Européenne des zones socialement avancées, est balayé en brandissant cet écart entre espérance de vie, preuve irréfutable de la maltraitance subie par les ouvriers au secours desquels vole la majorité parlementaire actuelle.

 

Pénibilité et espérance de vie

Il va de soi que l'objectif de ses propos n'est pas d'expliquer mais de créer dans le cœur du lecteur un sentiment de colère à l'évocation de l'ouvrier usé qui meurt jeune alors que le cadre meurt âgé et en pleine forme grâce à un travail de bureau bien protégé. On se demande alors comment Monsieur le Député explique que les agriculteurs ont une durée de vie de 2,5 années plus longue que les employés, alors même que ceux-ci ne sont pas réputés avoir un travail plus pénible que les agriculteurs qui, par nature, partent très tardivement en retraite et travaillent tant qu'ils le peuvent physiquement

De même, est-ce vraiment la pénibilité qui explique le fait que les employés ont une espérance de vie plus courte que les cadres ? La réalité est bien sûr bien plus complexe et multidimensionnelle, l'effort physique au travail n'étant qu'un paramètre. Ce qu'il est possible de dire est qu'ouvriers et cadres ont chacun leur style de vie propre qui les expose différemment aux deux grandes causes de mortalité en France que sont le cancer et les maladies cardiovasculaires.

 

Amélioration des conditions de travail

L'entreprise bien gérée par une direction responsable, c'est à dire à la recherche du profit positif tout en suivant la loi et en s'adaptant au contexte social, culturel et moral de notre pays est naturellement portée à chercher à améliorer les conditions de travail. En effet, son objectif d'efficacité intègre outre l'utilisation moindre d'heures de travail, l'économie de gestes et de peine générant un processus continue, multidimensionnel et décentralisé d'amélioration des conditions de travail et de production. Ce processus est partagé par l'entreprise et le travailleur en ce qu'il permet aux uns et aux autres d'y trouver leur compte dans leur intérêt mutuel, plus de profit pour les uns, moins de pénibilité pour les autres.

De fait, on observe depuis 150 ans un processus continu d'amélioration des conditions de travail, tiré par l'évolution de la productivité, du progrès technique et des sciences de l'organisation vers une production économe en peine et en heures de travail et une substitution continue du capital au travail pour ce qui est du domaine des travaux de force et/ou répétitifs.

 

Une retraite à 60 ans déguisée

Le rôle bien compris de l'Etat est de fixer des normes et des seuils en termes sanitaires et de santé publique. Aller au delà et cartographier, donc figer, des processus de travail poserait à l'Etat un défi astronomique d'information dans la mesure où il y a plus de 5 millions d'entreprises en France, travaillant dans des conditions non seulement différentes mais en évolution permanente, les processus de production et de gestion s'adaptant en permanence. Plus fondamentalement, assigner à l'Etat l'objectif de normer l'espérance de vie de chaque individu dépasse les rêves des planificateurs les plus tristement célèbres.

Comme souvent, les fausses bonnes idées sont davantage dictées par des agendas politiques que par des préoccupations sociales réelles. Lorsqu'il était dans l'opposition, le gouvernement actuel s'était engagé à revenir sur la retraite à 62 ans ; il a ensuite dû passer sous silence cette promesse incompatible avec le retour à l'équilibre budgétaire et la stabilisation de la dette de l'Etat. En échange de cet abandon et sous la pression de la principale centrale syndicale qui le soutient, il envisage maintenant l'adoption du compte pénibilité comme un mode déguisé de retour à la retraite à 60 ans.

 

Des enjeux idéologiques dépassés

Le sujet de la pénibilité, qui devrait être non partisan et motivé par l'évidence face à des situations de fait, ne devrait pas faire l'objet d'enjeux idéologiques dépassés de lutte des classes ou le travailleur doit être protégé de l'oppression capitalistique et être transformé au plus tôt en un « retraité libre ».

La fonction publique incarne toute l'étendue des dégâts de cette vision au vu des départs à la retraite extrêmement précoces sans la moindre démonstration de pénibilité où alors en référence à des conditions pénibles datant de l'époque des locomotives à vapeurs ou encore concernant une minorité d'agents sur le terrain et étendues à l'ensemble des agents, qu'ils soient exposés ou non. L'urgence pour certains syndicats est d'extorquer au privé le même type d'avantages pour ses adhérents, sans aucun souci pour le financement de ces nouveaux acquis. Sans surprise, la pénibilité concernant les agriculteurs, les travailleurs indépendants et les professions libérales ne constitue en rien une urgence. Il va donc se passer du temps avant que le gouvernement se soucie de la peine, du stress, et du moment d'arrêt d'activité d'une infirmière qui travaillerait en libéral.

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Commentaires
a écrit le 16/08/2014 à 12:14 :
Enfin une bonne nouvelle.....les fonctionnaires vont devoir travailler jusqu'à 80ans....
a écrit le 16/08/2014 à 11:25 :
DÉFENDRE LA VALEUR TRAVAIL ??????La moyenne d'âge en sucrerie et de soixante cinq ans pour le milieu ouvrier, Mon père nous a quitté a soixante ans d'un cancer de l'amiante, avec à l’époque avec 26 trimestres en plus pour rien ! Je n'ai pas eu la chance de traîner mes fesses sur les bancs des écoles comme certain. A seize ans je n'avais pas à choisir, 1000 sacs de cinquante kilo /jours à l’expédition sucre. A cinquante quatre ans, je suis bourré de problèmes articulaires et je continue de travailler dans la même sucrerie que mon père !
Nous sommes n°2 dans le monde, ce n'est pas le nombre d'heures qu'il faut regarder, mais la rentabilité, que nous avons fait explosé depuis les soit disant trente cinq heures ! J'ai trente cinq ans de cotisations à mon effectif, et à soixante trois ans, j'aurai 47 sept ans de cotisations, sans compter les périodes de râpages en trois huit, dans le bruit, la chaleur, le stress, l'âge et les responsabilités ! Liberté, égalité, fraternité ! Tu parles ! Je ne sais pas ce que vous faite dans la vie, mais nous ne sommes vraiment pas du même monde ! Savez-vous ce que c'est que galérer ! J’en doute !!!!!!!!
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a écrit le 28/07/2014 à 10:06 :
"De fait, on observe depuis 150 ans un processus continu d'amélioration des conditions de travail, tiré par l'évolution de la productivité, du progrès technique et des sciences de l'organisation". Je trouve cette affirmation très très légère. Les statistiques en matière de maladies professionnelles disent le contraire du fait de "l'épidémie" de troubles musculo-squelettiques. Les "dégâts psychologiques" émergent dans le débat en particulier depuis les travaux de Dejours et deviennent véritablement un sujet de préoccupation des acteurs de la santé au travail. Les chercheurs savent pertinemment que les nouvelles organisations que vous semblez plébisciter participent à l'émergence de ces deux maux. Alors de quoi parlez-vous donc ?
a écrit le 23/07/2014 à 11:09 :
instaurer les carrées .... afin de favoriser le transit intestinal .... c'est du social !!!!!
a écrit le 23/07/2014 à 11:05 :
encore une usine à gaz !
a écrit le 22/07/2014 à 0:48 :
D'accord sur le fond mais la forme est franchement malhonnête.
Le cliché de l'ouvrier qui fume et qui picole laisse perplexe. Si les conditions de travail se sont améliorées c'est bien parce que à un moment la majorité, c'est à dire la démocratie, a décidé que certaines choses ne sont pas acceptables dans une société avancée.
Mais qui sont donc ces professeurs qui nous servent leur propagande depuis quelques mois dans la tribune?
ESSEC → MBA, Business Administration. Ok donc Powerpoint, Excel et bullshit talking, ils ont bien raison c'est ce qui rapporte le plus et de loin.
a écrit le 21/07/2014 à 13:34 :
laisser croire que la situation des libaraux artisans, infirmières, etc.. est pire que des salariés subordonnés juridiquement (fais ca que je te dis ou dégage) à des patrons est tous simplement faux et pas très honnète intellectuellement. Le libéral en plus de disposer de son emploi du temps dispose de heure de départ en retraite. Comparaison n'est pas raison et l'article est confusion.
a écrit le 21/07/2014 à 13:27 :
Si les requins étaient en voies d'extinctions, on pourrait les recréer avec l'adn de ces deux profs.
a écrit le 20/07/2014 à 20:48 :
l’espérance de vie ne se résume pas à la pénibilité du travail, mais au contexte dans lequel chaque personne vie.
a écrit le 20/07/2014 à 18:02 :
A l'ESSEC on ne lit que la moitié des rapport de l'INSEE et on ne site que les chiffres qui nous arrangent ;
Du même rapport de 2011 auquel font référence implicitement les auteurs :
Écart Cadre-Ouvrier : 6.3
Écart Cadre-Agriculteur : 2.6
Ils auraient pu aussi y lire que l'espérance de vie chez les agriculteurs augmentent beaucoup moins vite que la moyenne
Réponse de le 20/07/2014 à 19:57 :
ce que les paysans avaient gagné en qualité de vie (pénibilité) avec la mécanisation, ils sont en train de le reperdre avec les pesticides qui en font les premières victimes de certains cancers, et la faillite de nombreuses exploitations qui les accule plus ue les autres à la dépression et au suicide.
a écrit le 19/07/2014 à 18:26 :
C'est bien çà, le problème : les français se croient toujours dans le Zola de l'Assommoir et de Germinal. C'est la faute à l'école, et ses manuels scolaires orientés et ringards. Comme le manuel d'éco socio de terminale : cauchemardesque pour l'éco.
a écrit le 19/07/2014 à 14:36 :
Aucune situation n'est aussi simple que cette loi sur la pénibilité veut le faire croire.
Et personnellement je soutiens ce point de vue qui essaye de rééquilibrer la situation.
Mais aux vues des commentaires, la Tribune ne semble lue que par des gauchistes...
a écrit le 19/07/2014 à 14:19 :
"Plus de profit pour les uns, moins de pénibilité pour les autres"... voilà un beau résumé de l'équité néo-libérale!!!
Tout ça étant bien sûr "naturellement" équilibré par Saint-Marché!
Caricatural et risible.
Quand ces messieurs vont-ils arrêter d'essayer de nous faire avaler ce vieux mensonge?
a écrit le 18/07/2014 à 23:34 :
Ce qu'il est possible de dire est qu'ouvriers et cadres ont chacun leur style de vie propre qui les expose différemment aux deux grandes causes de mortalité en France que sont le cancer et les maladies cardiovasculaires.
Quelle façon élégante de dire que les ouvriers ne connaissent que le gros rouge....
C'est lamentable
Réponse de le 19/07/2014 à 18:09 :
Malheureusement c'est ainsi, les comportements à risque avec en particulier le gros rouge (alcool) et le tabagisme ou encore la malbouffe, sont inegalements repartis.
Réponse de le 19/07/2014 à 19:20 :
@Marin: bien qu'il y ait des exceptions pour confirmer la règle, il faut se rendre à l'évidence que les ouvriers, dans leur grande majorité, n'ont pas la même manière de vivre :-) et on vit mieux en mangeant sain et en dormant bien qu'en mangeant le moins cher possible avec tous les maux quotidiens du paiement des factures, par exemple :-)
Réponse de le 20/07/2014 à 20:53 :
Et l'alcoolisme mondain , vous connaissez? Et la "goinfrerie" des riches?
Mais , eux sont bien soignés !!
Je sais de quoi je parle ......
a écrit le 18/07/2014 à 18:49 :
Les clowns de l'ESSEC sont de retour.

De leur aveux (chiffres 2009) , les infirmières libérales ont un revenu annuel moyen NET de 45 000 euros, les 25% les plus heureuses gagnent même 72 000 euros nets. En tant que libérales, elles ont toute latitude pour moduler leur clientèle, pour choisir leurs périodes de vacances, pour décider de leur date de retraite et soit dit en passant puisqu'il y a eu quelques scandales, de frauder le fisc et la sécu.

Par comparaison, une infirmière anesthésiste du publique en fin de carrière, qui se bouffe des gardes de nuit, qui doit tenir compte des contraintes des services et tient littéralement la vie des gens entre ses mains tous les jours émarge à peine à 3000 euros mensuels en fin de carrière.

Vous avez encore beaucoup d'autres "victimes" libérales en réserve qu'on rigole encore un coup?
Réponse de le 19/07/2014 à 10:33 :
C'est vrai aussi que le type qui vend des tickets toute la journée qu guichet de la gare sncf, est "moyennement" expose au stress et devrait avoir une espérance de vie supérieure a la moyenne; Logiquement il devrait partir a la retraite plus tard non? A j’oubliai il appartient a la caste des grands prêtres du service public.Parole d'ultra/neo liberal.
Réponse de le 25/07/2014 à 18:05 :
Ah oui ? Alors pourquoi les infirmières de l’hôpital ne passent-elles pas en libéral ?
Comme tous les libéraux elles n’ont aucun congés payés, ni RTT, pas de revenu pour les congés maladie, il est donc nécessaire de contracter une assurance maladie privée, idem pour l’assurance retraite.
Retraite qui est d’ailleurs à 67 ans pour les libérales.
Et j’en passe.
Sinon très bon article
a écrit le 18/07/2014 à 18:20 :
encore une usine à gaz !

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