La concurrence crée de l'emploi, même dans les télécoms !

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Maxime Lombardini, directeur général d'Iliad (maison mère de Free)
Maxime Lombardini, directeur général d'Iliad (maison mère de Free) (Crédits : Reuters)
Non seulement la concurrence dans les télécoms favorise la baisse des prix, mais elle encourage l'innovation et contribue à la création d'emplois. par Maxime Lombardini, directeur Général, Iliad

Free apparaît être le produit le plus manifeste d'une vision concurrentielle des télécoms, un authentique Maverick qui, par l'innovation commerciale et l'audace, a su bousculer des acteurs établis mais de manière ultime, son entrée dans le mobile a été rendue possible par une intervention réglementaire? N'y-a-t-il pas un paradoxe à finalement être le produit en partie d'intervention réglementaire et de se réclamer de la concurrence ? La concurrence ne peut-elle exister que créée et garantie par l'Etat ?

Il est des industries comme la télévision et les télécoms qui reposent sur l'utilisation du domaine public hertzien, donc sur des autorisations données par l'Etat, par l'intermédiaire d'un régulateur sectoriel. C'est parce que la concurrence était défaillante dans le marché à trois opérateurs mobiles, lourdement condamnés pour entente en 2005, que la puissance publique, sur la recommandation de multiples acteurs (ARCEP, ADLC, Commission Européenne, Commission Attali, associations consommateurs...) a pris la décision d'attribuer une quatrième licence en 2009. Ce sont ensuite les régulateurs et le Conseil d'Etat qui ont précisé les modalités d'une concurrence équitable. L'existence d'un opérateur de réseau mobile dépend donc bien de la puissance publique. En revanche la capacité à innover, à investir et à dynamiser le marché dépend principalement de l'opérateur lui-même.


Est-ce que l'objectif ultime de la concurrence est pour vous de faire baisser les prix ?

Notre objectif a toujours été de développer à long terme l'entreprise tout en apportant aux consommateurs des services innovants au meilleur prix. La baisse des prix est la conséquence de cette stratégie. Et n'oublions pas que l'anomalie c'étaient les prix anormalement hauts d'avant Free Mobile, pas les prix raisonnables d'aujourd'hui.


Trop de concurrence peut-elle mettre en cause l'investissement ou l'innovation ?

La concurrence dynamise l'innovation et l'investissement. Les opérateurs cherchent à se différencier avec la 4G qui démarre bien plus vite que la 3G en son temps et dans le fixe, de gros investissements sont réalisés dans la fibre. L'investissement est au plus haut et malgré cela les sociétés actionnaires des opérateurs servent toujours de copieux dividendes. La concurrence amène donc les entreprises à se moderniser, à se remettre en cause, à innover sans cesse, beaucoup plus efficacement que l'oligopole.


Que répondez-vous à ceux qui disent que la concurrence dans le mobile cela aurait surtout servi à détruire les emplois ?

Tout simplement que les chiffres disent le contraire. Depuis 2009, l'emploi dans les télécoms qui depuis 1997 déclinait, est stabilisé. Le nombre global d'abonnés augmente, les investissements dans les réseaux sont au plus haut, tout cela créé de l'emploi en France.

A quoi peut servir d'avoir quatre opérateurs mobiles en France se livrant concurrence pour se partager 60 millions de clients face à China Mobile qui en a pour elle seule 800 millions ? Faut-il forcer à une concentration ou la concurrence vous apparaît elle précisément comme le meilleur rempart contre ces mastodontes?

Méfions nous des analogies trop schématiques. En Chine il n'y a qu'un seul parti politique alors qu'en France il y en a des dizaines ! Il se trouve qu'en France les prix étaient parmi les plus élevés d'Europe. L'arrivée d'un quatrième opérateur a libéré l'usage, répondu à des besoins qui n'étaient pas satisfaits (le « sans engagement » qui représente déjà la moitié du marché), amené une transparence qui n'existait pas dans les offres, et contribuée à ramener les prix à un niveau plus juste.

Regardez les prix très élevés et la médiocre qualité des réseaux aux Etats-Unis ou deux opérateurs nationaux disposent de la plupart des fréquences mobiles... Il ne faut pas oublier par ailleurs qu'en France les réseaux, qui sont une part importante des coûts, sont de plus en plus mutualisés. Sur le cuivre pour l'ADSL, nous sommes tous sur le réseau de l'opérateur historique, sur la fibre, sur 75% du territoire, il s'agira d'un réseau unique en co-investissement et sur le mobile, l'accord de mutualisation signé entre SFR et BYTEL s'il va à son terme prévoit de faire un réseau unique sur 90% du territoire. L'optimisation des investissements n'est donc pas strictement liée au nombre d'opérateurs commerciaux.

Est-ce que pour vous la concurrence pourrait avoir une dimension quasi-révolutionnaire ?

Dans notre secteur, il s'agit simplement d'un mode de fonctionnement normal du marché qui permet d'optimiser l'investissement et l'innovation, tout en tenant compte à chaque instant de l'intérêt du consommateur. L'opposé de l'oligopole qui ne vise qu'à maximiser la rente.

 Interview écrite et préparée par Olivier Fréget, Cabinet Fréget - Tasso de Panafieu pour "A quoi sert la concurrence ?"

Texte extrait de l'ouvrage à paraître  "A quoi sert la concurrence ?" , édité par la revue "Concurrence",  disponible sur aquoisertlaconcurrence.org

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a écrit le 29/08/2014 à 11:13 :
La concurrence, anarchique, ne suffit pas pour parvenir au respect de toutes les parties, salariés, consommateurs, actionnaires : il n'y en a pas assez parfois, comme avant dans les télécoms, maintenant dans la grande distribution qui ne répercute pas l'excès de concurrence existant dans l'agriculture, sans parler des concurrences déloyales faites à l'ensemble de l'emploi salarié par le travail au noir, le bricolage , la robotisation et les délocalisations, qui, seules, expliquent la croissance perpétuelle des dettes publiques !
a écrit le 29/08/2014 à 11:11 :
Une meilleure solution consisterait en un système de rémunération mixte : d'une part une retenue légale d'une sorte de fixe par emploi sur une taxe générale sur la Valeur ajoutée de 20 %, d'autre part une participation à la masse salariale elle-même indexée sur la valeur ajoutée de l'entreprise à hauteur de 50 %. Des taux d'intérêt faibles favoriseraient les investissements au lieu d'un auto-financement important au départ nécessitant des marges élevées et par la suite des bénéfices excessifs, donc fragiles face à une concurrence agressive.
Cela permettrait d'éviter les licenciements, la partie fixe faisant l'objet d'un crédit d'impôt éventuel et la partie variable des salaires s'adaptant à la hausse comme à la baisse des ventes de l'entreprise. D'ailleurs ce contrôle de la valeur ajoutée brute des entreprises qu'il ne faut pas confondre avec la TVA, qui elle rapporte à l' ETAT, limiterait drastiquement l'intérêt des licenciements boursiers, comme les excès de marges bénéficiaires.
La concurrence, anarchique, ne suffit pas pour parvenir au respect de toutes les parties, salariés, consommateurs, actionnaires : il n'y en a pas assez parfois, comme avant dans les télécoms, maintenant dans la grande distribution qui ne répercute pas l'excès de concurrence existant dans l'agriculture, sans parler des concurrences déloyales faites à l'ensemble de l'emploi salarié par le travail au noir, le bricolage , la robotisation et les délocalisations, qui, seules, expliquent la croissance perpétuelle des dettes publiques !
a écrit le 29/08/2014 à 10:38 :
Relativité en matière de concurrence.
Avant l'arrivée de FREE
Bouygues Telecom ajoute: "les derniers entrants ont largement contribué à la baisse des prix de la téléphonie mobile. Ils ont régulièrement joué le rôle d’agitateur. Ils ont également massivement contribué à l’emploi et à l’innovation".
Après
« Avec Free, l'amélioration du pouvoir d'achat va être passagère ; pour l'emploi, c'est un désastre et l' ETAT va y perdre en recettes fiscales autour d'un milliard d'€ par an » Mr Bouyghes lors de la présentation des résultats le 29/08/2012 ( Le Monde.fr du 31/08/12)
Une meilleure solution consisterait en un système de rémunération mixte : d'une part une retenue légale d'une sorte de fixe par emploi sur une taxe générale sur la Valeur ajoutée de 20 %, d'autre part une participation à la masse salariale elle-même indexée sur la valeur ajoutée de l'entreprise à hauteur de 50 %. Des taux d'intérêt faibles favoriseraient les investissements au lieu d'un auto-financement important au départ nécessitant des marges élevées et par la suite des bénéfices excessifs, donc fragiles face à une concurrence agressive.
Cela permettrait d'éviter les licenciements, la partie fixe faisant l'objet d'un crédit d'impôt éventuel et la partie variable des salaires s'adaptant à la hausse comme à la baisse des ventes de l'entreprise. D'ailleurs ce contrôle de la valeur ajoutée brute des entreprises qu'il ne faut pas confondre avec la TVA, qui elle rapporte à l' ETAT, limiterait drastiquement l'intérêt des licenciements boursiers, comme les excès de marges bénéficiaires.
a écrit le 29/08/2014 à 10:02 :
Toujours tournée vers le néant
a écrit le 28/08/2014 à 23:15 :
Et le pire c'est qu'il croit ses c.....ce M.Lombardini : bravo à certains d'avoir rappelé la casse sociale des ces dernières années chez les opérateurs télécom et j'y ajoute le plan social de Microsoft : -18 000 emplois au niveau mondial.
a écrit le 28/08/2014 à 16:53 :
La casse sociale chez SFR (plus de 1000 emplois supprimés) et chez Bouygues Telecom (2è plan en deux ans, 556 en 2012 + 1516 personnes en 2014 futurs chercheurs à pôle emploi) n'a donc rien à voir avec l'arrivée de Free Mobile ? Il nous prend pour des pigeons Mr Lombardini ou quoi ?
a écrit le 28/08/2014 à 16:53 :
Quid des fusions mises au chômage organisées par l'Etat français dans le numérique qui en revanche ne demande pas d'effort à ses fonctionnaires.
Réponse de le 28/08/2014 à 17:26 :
Il fallait passer le concours. C'est pas bien d'être jaloux.
Autant pour moi, il faut un cerveau pour passer le concours, vous êtes éliminé d'office.
Réponse de le 29/08/2014 à 7:20 :
Un concours n'est qu'un outil de recrutement anonyme. Cela ne devrait pas etre une garantie d'emploi a vie.
Réponse de le 29/08/2014 à 8:37 :
Ce n'est pas la question. Lorsqu'on critique les waffen SS, ils ne peuvent répondre " passe le concours"..
a écrit le 28/08/2014 à 16:03 :
Il y a concurrence... et il y a "bluff" pour casser la concurrence avec la finance!
a écrit le 28/08/2014 à 15:42 :
Vous parlez des centres d'appel au nord de l'Afrique que personne ne comprend avec leur accent quand ils parlent?

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