Comment le numérique pourrait changer la société

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(Crédits : DR)
Les plates-formes d'échanges sur internet, dites collaboratives, ouvrent de nouvelles perspectives économiques. Mais trop souvent, la logique de marché s'impose. Pourtant, un web collaboratif peut être mis au service de l'intérêt général par Léa Thomassin

Internet n'a pas seulement bouleversé notre façon de communiquer et d'accéder à la connaissance : les plates-formes collaboratives ont ouvert de nouvelles perspectives économiques. Reste à déterminer comment celles-ci pourront bouleverser le champ social et contribuer à améliorer de façon durable la vie de millions de personnes à travers le monde.

La consommation collaborative change la donne...

C'est incontestable, la consommation collaborative change la donne. Nouvelle offre, nouveaux services, revenus supplémentaires et partage des coûts, les bénéfices économiques sont nombreux, et s'accompagnent également de nouvelles expériences, rencontres et interactions sociales entre les individus. Voyages, logements, matériels, coups de mains, ces dernières années, un très grand nombre de plateformes web ont vu le jour et permettent de vendre, échanger, louer ou troquer, tout type de biens ou de services, entre particuliers.

 ... mais la logique de marché l'emporte souvent

Si les vertus ne sont plus à démontrer, la croissance phénoménale des acteurs a parfois remplacé la philosophie initiale du partage, pour laisser place à une logique de marché plus classique, avec de nouveaux géants où l'engagement cède souvent place à la rentabilité. De la même manière, si le crowdfunding - ou financement participatif - a réinventé l'accès au financement pour un grand nombre de projets entrepreneuriaux, culturels ou solidaires, que penser de la campagne de financement d'un américain dont le projet se résume à faire "une salade de pommes de terre" et qui a pourtant collecté près de 55 000 dollars ?

Des échanges au service de l'intérêt général

Arrivés à un stade de maturité, regroupant des millions d'internautes à travers le monde, le constat est sans appel : le web collaboratif séduit. Toutefois, l'élan collectif ne se dirige pas nécessairement vers les projets qui en ont le plus besoin, ou les individus qui en bénéficieraient le plus. Comment créer des plateformes collaboratives inclusives où les échanges de la communauté seraient au service de l'intérêt général ?

Le web collaboratif, nouvelle arme des acteurs de la solidarité

Les acteurs de l'économie sociale et solidaire ont pris conscience de l'impact des nouvelles technologies en faveur du changement social et envisagent de plus en plus fréquemment des solutions collaboratives pour répondre aux besoins sociaux. Le réseau CoSi par exemple souhaite favoriser le logement intergénérationnel en proposant aux étudiants une chambre chez un habitant âgé isolé, en échange de quelques heures à s'occuper de son hôte. Et notre monde connecté offre une opportunité unique pour multiplier, développer et renforcer l'impact de ces initiatives. Mais pour établir des plateformes web résolument tournés vers l'Homme, il est nécessaire de créer des rencontres entre les associations et les acteurs du numérique, et de pouvoir compter sur des acteurs prêts à les financer.


Réconcilier économie numérique, efficacité et solidarité

A mesure que les projets voient le jour, nous assistons à l'émergence de nouveaux financeurs, désireux d'accompagner ces initiatives hybrides, à la croisée de l'économie numérique et de la solidarité. Très longtemps boudés par les mécanismes de financement classiques, les acteurs des solidarités numériques - ou encore du Social Good - peuvent désormais compter sur des fonds d'investissement dédiés pour accélérer leur développement. Ces fonds d'investissement, qualifiés « d'impact investing », dénotent en se fixant comme objectif premier la maximisation de l'impact social des structures qu'ils financent.

Eviter la pure recherche de rentabilité

En attachant autant d'importance à la capacité de changement social du projet, qu'à sa rentabilité, ses fonds permettent de faire perdurer l'engagement initial de ces projets, et éviter qu'il ne soit piétiné par la recherche de rentabilité pure. Aux Etats-Unis le fonds Good Capital a ouvert la voie, depuis suivi par d'autres partout dans le monde, dont Investir&+ et le Comptoir de l'Innovation, pionniers dans le financement du « Social Good » à la française.

C'est pour réunir et fortifier cet écosystème que nous avons créé la Social Good Week, qui se tiendra cette année en Novembre. Réunissant plus de 2000 personnes autour d'une vingtaine d'évènements, la Social Good Week souhaite rapprocher et encourager les collaborations entre ces univers qui gagnent à se connaitre, et favoriser l'émergence d'idées, de projets, de solutions, qui placent les nouvelles technologies au service du changement social.
Il est temps de voir émerger des réseaux collaboratifs aussi massifs, où les actions des membres sont dirigées vers le bien commun, et où la satisfaction de donner, de se rendre utile ou de prêter ses compétences sera un retour sur investissement toute aussi gratifiant pour les contributeurs qui y participent.


Léa Thomassin est co-fondatrice de la start-up solidaire HelloAsso, 1ère plateforme de collecte pour les associations françaises avec plus de 7 millions d'euros collectés, et membre de l'association France Digitale www.helloasso.com www.twitter.com/Lea_Thom

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Commentaires
a écrit le 19/09/2014 à 9:56 :
Sur la forme comme sur le fond, cette tribune est dérangeante. Quelqu'un qui condamne la "pure recherche de rentabilité" et qui rédige un publi-reportage destiné à valoriser sa boîte ?

"Comment créer des plateformes collaboratives inclusives où les échanges de la communauté seraient au service de l'intérêt général ?"

Vous défoncez les portes ouvertes à la hache.

Wikipédia, le logiciel libre, Linux, Open Office, le crowdfunding (oui oui, malgré l'épisode tragique de la salade de pommes de terre), ou même l'infrastructure numérique Internet dans son ensemble (ses protocoles, les normes utilisées, les langages de dev' diffusés), les Meet-Up, etc. ne correspondent pas à vos critères ?
a écrit le 19/09/2014 à 8:07 :
"Arrivés à un stade de maturité, regroupant des millions d'internautes à travers le monde, le constat est sans appel : le web collaboratif séduit."... Sans vouloir vous faire redescendre sur terre trop brutalement, ce qui séduit, c'est avant tout que ces transactions échappent encore pour l'instant à une fiscalisation des échanges, et plus généralement au carcan réglementaire qui régente toutes nos actions.
Quant à la recherche du profit, je la préfère cent fois à la manipulation sociétales par des intérêts qui ne disent pas leur nom.
a écrit le 18/09/2014 à 23:04 :
Amusant, ce publi-reportage pour une plate-forme qui vit de son intermédiation. Marge de 10-15%, comme d'hab'. Elle vous a payé combien, pour la pub..??
a écrit le 18/09/2014 à 17:55 :
Chère Léa.
Internet est providentiel j'en conviens.
Néanmoins je pense que pour certaines idées structurellement et économiquement intelligentes, il ne faut pas que celles-ci passent par le web.

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