Pour un nouveau modèle socio-économique : le Coopératisme

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Une épicerie solidaire
Une épicerie solidaire (Crédits : Aymeric Warmé-Janville)
Il faut relancer en France le mouvement coopératif. Par Benjamin Boutin, participant au Forum des jeunes leaders coopératifs.

Le 2e Sommet international des coopératives a lieu cette semaine à Québec. Pour Benjamin Boutin, participant au Forum des jeunes leaders coopératifs, le « Coopératisme » est une grande option socio-économique qui s'offre à la France.

Dans un contexte de croissance asthénique, de chômage massif, de paralysie de l'investissement et de hausse des inégalités, chacun prend conscience que la situation ne s'améliorera pas sans un grand changement structurel.

Et si la solution était coopérative?

Les centaines d'initiatives écologiques, sociales et solidaires qui fleurissent sur notre territoire sont en train de constituer silencieusement un nouveau modèle socio-économique. S'il fallait lui donner un nom, nous l'appellerions Coopératisme, parce qu'il se fonde essentiellement sur l'esprit de coopération et adopte les structures traditionnelles du mouvement coopératif (coopératives, mutuelles et associations). En 2013, près de 250 coopératives ont vu le jour. Cela représente le choix de 1800 personnes de mettre en commun leurs moyens, leur intelligence et leur force de travail, en vue d'améliorer leur condition d'existence et de répondre à des besoins de société.

 Les atouts coopératifs

Les coopératives affirment de plus en plus leur différence dans l'espace public. Différentes, ces structures économiques le sont assurément par leur gouvernance démocratique et leur engagement social et environnemental. Elles présentent le triple avantage d'être statutairement protégés contre les délocalisations, de privilégier l'emploi (entre 2000 et 2013, le nombre d'emplois a en effet augmenté de 24% dans les coopératives contre 4,5% en moyenne dans le reste du secteur privé) et de redistribuer plus équitablement les bénéfices (en 2012, 45,8% du résultat net des sociétés coopératives a été reversé sous forme de participation aux sociétaires).
Ces atouts coopératifs plaident pour que la création, la transmission et la reprise d'activité se fassent plus systématiquement en coopératives, ce qui implique de renforcer les structures nationales et régionales d'accompagnement dédiées. Plus fondamentalement, il convient d'initier le regroupement des forces coopératives afin de faire émerger un nouveau modèle économique.

Qu'est-ce que le Coopératisme ?

Le coopératisme constitue un système d'économie d'échange fondé sur le principe de libre association. Il s'appuie sur les coopératives, les mutuelles et autres associations à vocation économique et sociale. Plurielles et diverses, celles-ci sont capables de répondre à une panoplie de besoins sociaux et de s'adapter à la nécessaire conversion de nos appareils productifs à la circularité et à la fonctionnalité.
Le coopératisme pourrait ainsi devenir le cadre conceptuel approprié pour penser les interactions entre l'économie sociale et solidaire, l'économie du partage et de la fonctionnalité et l'économie circulaire. Plusieurs coopératives sont déjà pionnières dans la récupération et la transformation des produits d'usage. Désormais, l'enjeu est de les faire fonctionner en circuits locaux et de les relier en amont à des coopératives de financement et, en aval, à des coopératives de partage.


Quid de BPCE et du Crédit Mutuel?

La mise en place de ce modèle de développement requiert des investissements. Les banques coopératives ont naturellement un rôle décisif à jouer. Au Québec, le mouvement des Caisses Desjardins comptabilisait en 2011 plus de 400 millions de dollars de dons, de bourses et de commandites, prioritairement orientés vers les porteurs de projets coopératifs. Les coopératives d'épargne et de crédit françaises (Banque populaire, Caisses d'épargne, Crédit agricole et Crédit mutuel) ont-elles oublié leur vocation première ou sont-elles en train de la redécouvrir?

Un sens développé de la solidarité... parfois

De même, plusieurs coopératives, bien installées dans le paysage économique français, pèsent plusieurs centaines de millions d'euros. Certaines manifestent déjà un sens développé de la solidarité. D'autres pourraient renforcer leur engagement social et environnemental en soutenant davantage les petits porteurs de projets coopératifs et en finançant des associations existantes menacées par la baisse des financements publics.
Au-delà du rôle de la Banque publique d'investissement et les collectivités territoriales, ce sont bien les citoyens qui sont co-investisseurs de leur avenir.

 Des plate-formes de financement coopératifs financent de plus en plus de projets

En Ille-et-Vilaine, c'est la mobilisation de 700 d'entre eux qui a permis de lever 1,8 million d'euros pour construire le parc éolien coopératif Béganne. Les plate formes de financement participatif et les fonds d'investissement et d'épargne solidaires (y compris d'épargne salariale) sont opérationnels et permettent à un nombre croissant de projets coopératifs de voir le jour. Investir dans les sociétés coopératives ne relève pas simplement de la philanthropie ; c'est aussi un excellent calcul à moyen et long termes : plus pérennes que les autres structures économiques (63% d'entre elles survivent après 5 ans), les sociétés coopératives affichent un taux de rentabilité de 6,5 %.

Pour un renouveau coopératif

En dernière analyse, les grandes options socio-économiques qui s'offrent actuellement à la France ne sont pas nombreuses. La loi sur l'économie sociale et solidaire, adoptée le 21 juillet dernier, a instauré un cadre juridique et financier incitatif. L'enjeu est désormais de susciter une dynamique, un élan collectif. La capacité de s'unir, de travailler ensemble, en un mot de « coopérer », s'accorde à nos idéaux de fraternité et de justice sociale. L'ambition de faire participer chaque citoyen à un grand dessein de prospérité collective laisse entrevoir une éclaircie d'espoir dans le ciel de la morosité.

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Commentaires
a écrit le 08/10/2014 à 9:59 :
La coopération n'est il pas le mot qui doit remplacer la concurrence? C'est a ça que l"on reconnait que l'UE a été fabriqué de l’extérieur pour l’extérieur!
a écrit le 08/10/2014 à 8:49 :
la coop, ca marche tant que la boite marche... la fete s'arrete quand ca va pas et qu'il faut faire une augmentation de capital
a écrit le 08/10/2014 à 7:35 :
Parlons de certaine banque dite coopérative et qui , dans les faits, casse les TPE ...Certaines se servent de ce mot accrocheur afin de masquer leur cynisme...
a écrit le 07/10/2014 à 17:50 :
Ca semble en effet intéressant. A 3000 Euros par mois, je pourrais me laisser tenter de devenir écolo-coopératif. Sinon, le plus rentable fut les enveloppes, mais l'ump n'est plus...

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