Prochainement, le retour de la France

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Robin Rivaton, lui aussi, souligne la nécessité de réformes, mais pour lui, la différence est qu'aujourd'hui nombre de Français y sont prêts, la crise ayant fait son douloureux travail de désillusion sur la situation réelle de « l'exception française ».
Robin Rivaton, lui aussi, souligne la nécessité de réformes, mais pour lui, la différence est qu'aujourd'hui nombre de Français y sont prêts, la crise ayant fait son douloureux travail de désillusion sur la situation réelle de « l'exception française ». (Crédits : Reuters)
Dans « La France est prête » (éd. Les Belles Lettres), Robin Rivaton, un jeune économiste, montre combien les Français ont changé au cours des 10 dernières années. Ils ont intégré la mondialisation, la culture de l'innovation et celle de l’entrepreneuriat, développer une méfiance croissante envers l'omnipotence de l’État. Surtout, ils sont devenus réalistes face à une classe politique de plus en plus sclérosée. Des ingrédients qui devraient permettre à la France de rebondir.

« La France est prête », c'est le constat en forme de titre d'un livre (éditions Les Belles Lettres) signé par un économiste de moins de trente ans, Robin Rivaton, dont le nom devrait s'imposer dans un proche avenir. « Nous avons changé », souligne-t-il en sous-titre. Le problème est qu'on ne s'en est pas aperçu.

Et il y a des circonstances : croissance en berne, déficits qui se creusent, chômage élevé, exil de milliers de jeunes et d'entrepreneurs, hausse des prélèvements obligatoires, société bloquée et personnel politique disqualifié...


Une réponse à "La France qui tombe"

Pourtant en moins de 200 pages à l'argumentation serrée - chiffres et références à l'appui-, l'auteur va s'employer à montrer combien la France a évolué depuis plus d'une décennie, comment elle s'est adaptée au mouvement de la mondialisation. Une partie de la population a avancé sans bruit, intégrant la culture du progrès généré par la révolution des NBIC, les nanotechnologies, la biologie, l'informatique et la cognition. Robin Rivaton, qui est par ailleurs un spécialiste de l'économie des robots, multiplie les exemples pour montrer que la dynamique de l'innovation est bien présente en France, assurant que le pays est bien préparé pour s'adapter à l'évolution de l'économie mondiale et en tirer profit dans les prochaines années.

Un tel constat à de quoi surprendre, nombre de Français ayant intégré qu'ils vivaient un déclin inexorable à l'échelle de l'histoire. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de voir dans « La France est prête » une réponse au petit livre paru il y a un peu plus d'une décennie : « La France qui tombe : un constat clinique du déclin français », signé par Nicolas Baverez. Le livre du biographe de Raymond Aron visait à tirer la sonnette d'alarme sur une situation qui se dégradait en appelant à l'adoption de réformes capables de réenclencher une nouvelle dynamique. Il aura finalement alimenté un courant pessimiste au sein de la société française.


Suppression de l'IS et revenu universel

Robin Rivaton, lui aussi, souligne la nécessité de réformes, mais pour lui, la différence est qu'aujourd'hui nombre de Français y sont prêts, la crise ayant fait son douloureux travail de désillusion sur la situation réelle de « l'exception française ».

Ce climat propice permettrait selon l'auteur de mener une révolution entrepreneuriale, parce qu'un grand nombre de Français et de Françaises de tous horizons souhaitent aujourd'hui créer leur propre entreprise, au nom de la responsabilité et de l'autonomie. Une tendance qui devrait aboutir à une transformation des relations entre employés et employeurs, notamment en accordant plus de souplesse aux modalités d'embauches, et de licenciement. Car dans une économie qui retrouve son dynamisme, la peur de perdre son travail s'atténue car les chances d'en retrouver un nouveau sont plus élevées.

Parmi les nombreuses mesures avancées par Robin Rivaton, on compte une révolution fiscale, notamment en supprimant l'impôt sur les sociétés (46 milliards d'euros) en lieu et place d'un Pacte de responsabilité (41 milliards d'euros potentiels), dont il rappelle qu'il profite davantage aux grands groupes qu'aux PME. De même, pour en finir avec les « usines à gaz » que prise la haute fonction française, il milite pour un prélèvement des ménages à la source avec seulement deux taux d'imposition : 5% et 20% au-dessus de 12.000 euros, avec une contrepartie : un revenu universel.


"Lib-réalisme"

L'un des freins actuels à la mise en application de telles réformes est la classe politique elle-même dont la faiblesse (pas celle des individus en tant que tels) est un handicap. Selon l'auteur, celle-ci a été alimenté entre autres par l'illusion créée par la bonne tenue de l'économie française dans les années 1990 - la fameuse « cagnotte » de Lionel Jospin -, qui a endormi par la suite toute velléité de réformes au sein de la classe politique. Cette dernière a depuis compté davantage sur une reprise liée à l'environnement international que sur les forces propres au pays, ce qui a notamment entraîné un retard - plutôt qu'un déclin - dans l'adaptation de la France à la concurrence mondiale.

Rivaton, issu d'une génération qui n'aura pas été façonné par la fin des « grands récits » et l'idéologie post-moderne dont les charmes se sont rapidement épuisés sous l'effet de la crise, plaide pour un retour au bon sens, ou encore au sens commun. Au grandiose de la révolution qui va tout transformer, il préfère l'ambition modeste mais pragmatique qui s'incarne non pas dans les affrontements mais dans une culture de la négociation. Selon lui, la France y est aujourd'hui culturellement prête.

C'est la raison pour laquelle il préfère parler de « lib-réalisme », un néologisme qui se substitue au libéralisme, « idéologie politique », constate l'auteur, qui « fait peur aux hommes et femmes politiques ». Il préfère « un libéralisme pragmatique, réaliste, réaffirmant sa foi dans le progrès et la science pour sortir la France de l'ornière. » Bref, un libéralisme populaire réellement existant même s'il prend des aises avec la pureté de la doctrine.

Puissance moyenne, et alors ?

Un tel pragmatisme rappelle aussi combien le courant individualiste en France est toujours prégnant, tout en restant impuissant face à un État qui exerce une tutelle tatillonne mais de plus en plus inefficace. C'est là aussi une tendance qui s'affirme durant ces dix dernières années sous la forme d'une forte abstention lors des élections: les Français rejettent cet État, « débordant de ses traditionnelles missions régaliennes », qui « est devenu un prestataire de services publics peu efficace et dispendieux », dont il faut remettre à plat le coût de fonctionnement et ses missions. L'auteur rappelle ainsi que la part des prélèvements obligatoires est passée de 31% du PIB en 1960, à 40%  en 1980 et 47% en 2013. Ou plus emblématique car touchant la jeunesse, dans l'Éducation nationale, la dépense par élève dans l'enseignement secondaire est passée (en euros constants de 2010), de 5.900 euros en 1980 à 9.700 euros en 2011, sans que la formation n'en ait été améliorée dans les mêmes proportions.

Mais au final ce qui fait l'originalité de ce livre, c'est le regard neuf et décomplexé porté sur la situation du pays. Loin de se référer à un passé idéalisé et sacralisé sur la grandeur de la France, Robin Rivaton adopte une jugement laïcisé quand à notre place dans le monde. Nous sommes une puissance désormais moyenne ? Et alors? On peut bien vivre dans une économie dynamique sans vouloir à tout prix dominer. A l'image des deux prix Nobel français, Patrick Modiano (littérature) et Jean Tirole (économie), qui ont travaillé sans tapage depuis des décennies et font rayonner aujourd'hui l'excellence française.

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Commentaires
a écrit le 23/10/2014 à 12:14 :
le sfrançais ont trés bien compris les nouveaux anjeux, ce qu'il faudrait pour relancer la france, mais ils sont totalement étouffés par le monde politico-administratif qui refuse de se réformer, maintient en place ce niveau abhérant de la plus grosse dépense publique improductive et inefficace qui teu l'emploi par les impôts et charges....et donc ils sont entre 10 et 30 000 à fuir le france et sa pesanteur administrative, ses 11 000 articles du code du travail, sa culture de la haine de l'entrepreneuriat et de l'investissement personnel... temps qu'on sera dans cette dictature politico-administrative, l'énorme potentiel de la france continuera à être détruit par l'hémorragie de la dépense publique
a écrit le 22/10/2014 à 16:51 :
Un économiste qui veut supprimer l'impôt sur les entreprises, que tout les salariés puissent avoir la chance de devenir auto entrepreneur, statut précaire et sans filet. Une tranche d'imposition non proportionnelle aux revenus, les menages modeste et moyens subissant plus, 20% sur 1000 euros et 20% sur 1 millions ce n'est pas la meme chose. Bref un boys qui fait croire qu'il innove et sert la meme soupe ideologique de l'ecole de chicago
a écrit le 22/10/2014 à 13:55 :
cinq millions millions de fonctionnaires et assimilés, 2 millions de trop, que faire de ces deux millions pour la plupart incasable ou inconvertible ?
a écrit le 22/10/2014 à 11:54 :
PA-THE-TI-QUE......
a écrit le 22/10/2014 à 11:07 :
oui oui, y a plein de potentiel, comme on dit! maintenant il ne reste plus qu'a trouver les idiots qui vont tirer la charette, les idiots qui vont financer ca, les idiots qui......
ces discours c'est bien joli, sauf que tous les francais intelligents ont compris comment ca se passait... alors il y a ceux qui ont compris qu'il fallait partir, et ceux qui restent et qui vont se faire touuuuuuuuuuuuuuuuut petits
( ca reduira les inegalites dans le travail et les risques encourus !!!!!)
a écrit le 22/10/2014 à 10:33 :
Encore un qui pense avoir tout compris. Quand les économistes comprendront que l'être humain n'est pas rationnel je pense qu'on aura passé un cap dans la compréhension de l'économioe d'aujourd'hui.
Réponse de le 27/10/2014 à 8:27 :
@Chich. Je profite de votre remarque pour vous répondre. Pour moi l'énergie est primordiale; sans énergie nous irions encore chasser le mammouth. Il est urgent de prendre en compte le role de l'énergie. Si j'écris des commentaires, c'est surtout pour mieux préciser ma pensée et je vous remercie de me permettre de le faire. A plus tard.
a écrit le 22/10/2014 à 10:03 :
Moi je ne suis pas pessimiste pour France. Je suis pessimiste pour le monde entier.
Réponse de le 22/10/2014 à 13:57 :
il est clair que passer de 3 milliards d'habitants à 7 milliards en 50 ans, et de 7 à 11 milliard encore en 50 ans, celà s'apelle une fin programmée de la présence humaine et en tous cas de la civilisation humaine.
a écrit le 22/10/2014 à 10:00 :
Il est illusoire de parler de "la france peut, la france ne peut pas, la france veut, va, doit, etc". Car ce que vous appelez la France, à savoir cette nation millénaire issue des peuples celtes, latins et germains, civilisés par le droit Romain, la philosophie grecque et la religion chrétienne, cette France là -mère des Arts, des Armes et des Lois, cette France est morte en 40 ans d'immigrinvasion. Aujourd'hui, sur l'ancienne terre de France, vous avez un autre peuple. Bonne chance pour en faire quelque chose.
Réponse de le 22/10/2014 à 10:32 :
Vous parlez bien entendu des bretons. Ce peuple envahissant qui hisse son drapeau sous n'importe quel prétexte (manifestation sportive, grève,...), qui coute cher à la sécurité sociale car très alcoolisé, qui a couté des centaines de milliers d'euros de dégats cet été en détruisant des portiques, qui pollue notre sol et notre rivage avec leur agriculture intensive, et j'en passe...
a écrit le 22/10/2014 à 9:24 :
Comme disait Coluche: "Ce sont des gens qui vous vendent de l’intelligence et ils ont pas un échantillon sur eux !"
a écrit le 22/10/2014 à 8:38 :
Mais que serions-nous sans énergie?
a écrit le 22/10/2014 à 8:35 :
On doit pas vivre dans le meme pays que les auteurs. Certes une partie du pays a compris que l etat ne peut pas tout mais elle est (tres) minoritaire. La majorite croit encore que maman etat peut les proteger de tout. Il n y a qu a voir la manif recente des retraites exigeant qu on augmente leurs retraites (et donc qu on ponctionne encore plus les jeunes)
Sur le plan fiscal, c est bien beau de supprimer l IS et de reduire les tranches d IR mais comment financer tout ca ? ou economiser ? surtout si on ajoute un revenu d existance
a écrit le 22/10/2014 à 8:34 :
La France peut et doit donner l'exemple en intégrant l'énergie dans le développement de l'économie; l'énergie remplace le travail et doit être prise en compte au même titre que le travail et le capital. Qui va en parler?
Réponse de le 22/10/2014 à 10:18 :
@Gépé : au lieu de polluer les commentaires de chaque article avec votre obsession maladive de l'énergie, prenez votre meilleur plume et sortez nous un bouquin mais par pitié arreté de radoter ! (3 commentraires à la suite rien que sur cet article !!!)
Réponse de le 22/10/2014 à 14:34 :
Mais l'économie mondiale est basée sur l'énergie ! L'énergie tire tout, sans elle, c'est comme la vie sans soleil ! il manquera un ingrédient...
Intégrons l'énergie, vive l'énergie !
a écrit le 22/10/2014 à 8:08 :
Toute la discussion doit porter sur le niveau des répartitions entre travail et énergie, entre production et consommation.
a écrit le 22/10/2014 à 8:05 :
Les prélèvements fiscaux doivent être répartis sur la consommation et sur la production et sur le travail et l'énergie.
a écrit le 21/10/2014 à 11:04 :
Nous avons intégré la mondialisation???? En fait nous sommes les seuls en Europe à l'avoir combattue !!! Nos voisins européens l'ont assimilée depuis longtemps et en ont retiré profits et avantages. Comme d'habitude, "champions du "non" et ne RIEN changer, nous avons laissé passer "le convoi" !!!!
Réponse de le 21/10/2014 à 11:15 :
@Hyppocrate Pourriez-vous svp nous nommer ces champions ???!!!
Réponse de le 22/10/2014 à 12:06 :
@Fadaises. Les champions du monde c'est nous, les champions du monde du nombre de fonctionnaires (grassement rémunérés) par tête d'habitants et champions du monde du déficit budgétaire........
a écrit le 21/10/2014 à 9:01 :
La France s'adapte et comprend que "la mondialisation" des autres n'est pas le chemin a prendre.... tout simplement
a écrit le 21/10/2014 à 8:11 :
Prête pour développer Pôle Emploi c'est sûr, pour le reste, une foutaise d'écrivaillon de plus..

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