Quels défis pour la gestion des retraites aujourd'hui ?

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Partout, les systèmes de retraite sont confrontés à des défis majeurs, avec le vieillissement de la population. Le système français et les évolutions récentes de la régulation européenne ajoutent une certaine complexité. Par Marie Brière, rédacteur en chef de la revue Bankers Markets and Investors

A la lumière des récentes crises financières et des évolutions économiques et démographiques, les organismes de retraite sont confrontés à de nouveaux défis. Ce contexte a mené de nombreux pays européens à entreprendre d'importantes réformes de leur système d'épargne retraite. Dans un souci d'harmonisation du secteur, de nouvelles directives et règlementations sont actuellement discutées à l'échelle européenne, impactant significativement le fonctionnement de ces institutions. Dans cet environnement en rapide évolution, quels sont les enjeux pour les organismes de retraite français ? Comment progresser dans la conception de nouvelles solutions dédiées à l'épargne retraite ?

Des systèmes de pension sous pression

De nombreux pays connaissent de graves problèmes de soutenabilité de leur système de pension : augmentation structurelle de leur passif, liée à l'allongement de la durée de vie ; effets néfastes de la crise sur les performances de leurs investissements ; environnement de taux exceptionnellement bas, qui pousse ces institutions à rechercher des rendements plus élevés via des investissements plus risqués ou moins liquides ; conjoncture défavorable associée à un taux de chômage élevé, croissance faible, etc.

Plusieurs de nos voisins européens ont entrepris d'importantes réformes de leur système de retraite : augmentation de l'âge légal de départ à la retraite, indexation des critères d'éligibilité aux évolutions de l'espérance de vie, aux performances des marchés, basculement de systèmes à prestation définie vers des systèmes à cotisation définie, ou des systèmes mixtes, comme en témoigne la récente innovation néerlandaise des fonds à « ambitions définies », actuellement en débat dans ce pays (Nijman, 2014).

Cet environnement plus incertain pose également la question de la crédibilité et de la soutenabilité des garanties offertes aux bénéficiaires dans certains pays. Des garanties explicites conduisent à des régulations strictes qui contraignent largement les allocations des institutions de retraite et laissent peu de place à des investissements plus risqués offrant des rentabilités attendues plus élevées, ce qui est particulièrement dommageable pour les jeunes générations (Gollier, 2008). Par ailleurs, la garantie finale des pensions versées est souvent assurée par l'Etat, et sa crédibilité est également aujourd'hui de plus en plus discutée.

 La question de l'harmonisation européenne

A ces difficultés communes à un certain nombre de systèmes de pensions dans le monde, s'ajoute en Europe une complexité supplémentaire liée à l'incertitude concernant l'évolution de l'environnement réglementaire des institutions de retraites, actuellement en pleine évolution. L'autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) souhaite harmoniser entre pays européens (et si possible également entre types d'institutions) la régulation en matière de retraites (EIOPA, 2012, 2013). Les questions liées aux régimes de retraite transfrontaliers, à la gouvernance, à la communication auprès des bénéficiaires, et à la promotion de l'investissement à long terme sont aujourd'hui en cours de discussion (EIOPA, 2014).

Un système français très complexe et divers, mais des difficultés communes

Le système des retraites français est particulièrement complexe. Principalement organisé selon la répartition, il se caractérise par la présence de très nombreuses institutions de retraite, souvent partiellement capitalisées, fournissant des prestations de base ou complémentaires (mutuelles, caisses de retraites, etc.) ou souscrites sur une base volontaire (produits d'épargne retraite additionnels proposés par les assurances ou les gestionnaires d'actifs, etc.). La régulation de ces institutions n'est pas harmonisée, avec différents codes en vigueur (code de la sécurité sociale, code de la mutualité, code des assurances, etc.). Malgré ces différences, la plupart des institutions de retraite font face à des difficultés communes. La définition de l'allocation d'actifs pose d'importants défis.

D'une part, les institutions de retraite doivent gérer sous des contraintes réglementaires qui les incitent à détenir de la dette peu risquée. Mais d'autre part, l'environnement de taux extrêmement bas les pousse à aller rechercher des classes d'actifs alternatives ou moins liquides, dont les rentabilités attendues sont plus fortes, mais les risques également plus importants et souvent difficiles à mesurer (Boon et al., 2014).

Par ailleurs, le vieillissement de la population et l'allongement de la durée de vie pose la question de la gestion du risque de longévité. En plein développement, ce marché fait l'objet d'importantes innovations, tant de la part des assureurs et réassureurs, que des gestionnaires d'actifs, qui cherchent à développer de nouveaux produits à même de couvrir des besoins nouveaux : produits de réassurance du risque de longévité, fonds investis dans des entreprises de la « silver economy », rentes « améliorées » (Leboulanger et al., 2013). Enfin, l'amélioration de la communication et de la transparence en matière de retraite est aujourd'hui cruciale, dans un contexte d'épargne retraite individuelle largement insuffisante. Quelle communication mettre en place ? L'exemple de nos voisins suédois, pionniers en matière de communication (voir leur « enveloppe orange » et leur « rapport orange »), ou certains récents travaux académiques (De Vaan et al., 2015) offrent des pistes particulièrement intéressantes à examiner.

Au final, ces nouveaux défis appellent à une réflexion sur la gestion des retraites, en France comme dans de nombreux pays. La conférence « The Challenges of Managing and Regulating Pensions : the French System in a European Perspective »1, organisée le 24 octobre prochain à Paris par la revue Bankers Markets and Investors cherchera à réactualiser le débat sur la gestion des retraites à l'aune des récentes évolutions en matière de régulation, et des expériences partagées par nos voisines européens.

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Voir le programme en ligne : http://www.revue-banque.fr/program. Pour tout renseignement et inscription, contacter :contact@revue-banque.fr

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Boon L.N., M. Brière, S. Rigot (2014b), "How Much Does Regulation Matter. Riskiness and Procyclicity of Pension Asset Allocation", SSRN Working Paper, 2475820.

De Vaan K., D.Fano, H. Mens, G. Nicodano (forthcoming, 2015), "Projecting Pension Outcomes at Retirement: Towards an Industry Reporting Standard", Bankers Markets and Investors, 134.

EIOPA (2012), "EIOPA's advice to the European Commission on the review of the IORP directive2003/41/EC", IOPA-BOS-12/015, 15 February 2012.

EIOPA (2013), "Report on Quantitative Impact Studies on IORPs", EIOPA-BoS-13/124, 4 July 2013.

EIOPA (2014), "Proposal for a Directive of the European Parliament and of the Council on the activities and supervision of institutions for occupational retirement provision, 2014/0091(COD), 27 March 2014.

Gollier (2008), "Intergenerational Risk-Sharing and Risk-Taking of a Pension Fund", Journal of Public Economics, 92, p. 1463-1485.

Nijman (2014), "Pension Reform in the Netherlands: Attractive Options for Other Countries?", Bankers Markets and Investors, 128, p. 37-45.

Leboulanger S., R. Delacroix, T. de la Noue (2013), "Longévité, emploi et protection sociale: Quelle responsabilité des administrateurs et dirigeants face aux enjeux économiques et sociétaux, Towers Watson.

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Commentaires
a écrit le 25/10/2014 à 13:59 :
Une taxe sur l'énergie pourrait rapporter 5 Mrd€ supplémentaires chaque année, ce qui correspond au besoin de financement des caisses de retraites. On fonctionne à niveau constant. Et on arrête le prélèvement en 2035.
a écrit le 25/10/2014 à 13:49 :
La solution consiste à financer les retraites par une taxe sur l'énergie. Cela permet de résoudre le problème des retraites, de protéger le climat, de réduire le chomage, de retrouver un peu de croissance, de réduire la dette, et encore d'autres bienfaits.
a écrit le 25/10/2014 à 13:29 :
En France, le problème des retraites est dû à l'influence du baby boom; jusqu'en 2035, l'allongement de la durée de vie et le baby boom s'ajoute, ce qui augmente les prélèvements sur le travail et favorise le chomage. Il faut prévoir un financement hors de la valeur ajoutée des entreprises, comme une taxe sur l'énergie. A développer SVP.
a écrit le 22/10/2014 à 0:29 :
Puisque nous sommes dans une démocratie, il suffit de reporter discrètement l'effort sur une minorité d'électeur. Les personnes nés après 1974 ne comprendront même pas que le taux plein n'existera plus quand les bénéficiaires du système actuel et les politiciens qui collectent leurs votes ne seront plus là.
Pour limiter le risque de rébellion de la jeunesse, il faut qu'une partie d'entre elle trouve son intérêt dans des pensions de retraite généreuses : Bingo! Il suffit d'inverser l'entraide familiale en présence de retraités aisés : Les inactifs aident les actifs, par exemple pour se loger. Les bénéficiaires des cotisations des enfants des autres défendront leurs parents méritants : Ce sont des jaloux! Qu'ils cotisent pour la retraite de nos parents, qu'ils payent leurs loyers pour les complémentaires et qu'ils aident leurs parents avec leurs pensions de misère.
Avec la solidarité de tous aux profits des retraités aisés et leurs héritiers : La stabilité du système est assurée (jusqu'à ce que les fils de prolo comprennent ce qui les attend)...
Réponse de le 25/10/2014 à 13:52 :
Les personnes nées après 1974 correspondent à la fin du baby boom; pas de problèmes pour eux.
a écrit le 21/10/2014 à 19:20 :
Il est évident que le chômage de masse est une cause évidente de la difficulté des caisses de retraite. Ceci dit , la France n'a pas réellement fait de réforme. Il faut aller vers un système à points et des taux de cotisations uniformisés. Il faut en finir avec les régimes spéciaux,source d'injustice et d'abus.Il n'y a pas de raison valable pour avoir des régimes dérogatoires pour des services publics ou des fonctionnaires.Pour cela il faut impérativement une caisse unique pour tous les salariés sans distinction. Il est également nécessaire de plafonner les retraites. Il est anormal qu'un haut fonctionnaire cumule les retraites de tous les postes occupés dans différentes administrations au cours de sa carrière. C'est également vrai pour les politiques. Les hauts salaires doivent permettre de préparer sa retraite, d'où l'idée d'un plafond. Si les droits acquis dépassent le plafond ces droits seraient versés à la caisse de retraite. Pour faire une réforme acceptable il faut du temps sans doute 10 à 15 ans. Il y a longtemps que nous aurions dû y penser. Il faut rapidement cesser de faire des "réformes" qui épargnent les plus privilégiés en n'étant orientées que sur la baisse des retraites du secteur privé. Les caisses du privé sont en situations délicates: L'AGIRC comme l'ARRCO ne survivront pas longtemps,si des mesures sévères ne sont pas prises.
Réponse de le 21/10/2014 à 22:24 :
Il ne faut pas attendre 10 ans mais agir maintenant sur le niveau excessif de certaines retraites (notamment des anciens hauts fonctionnaires cumulant gros patrimoine et grosses retraites).
La réforme c'est maintenant pas dans 10ans !
a écrit le 21/10/2014 à 19:07 :
faudrait d'abord que toutes les sommes perçues par les organismes aillent bien au retraites uniquement ! et je crois que c'est loin d'être le cas pssspsse.
a écrit le 21/10/2014 à 18:41 :
Ce qu'il y a d'amusant est que, dans votre texte et vu la crise en cours, TOUT plaide pour la retraite par répartition. Mais bon, il parait qu'il faut privatiser, c'est bon pour les crises...
Réponse de le 22/10/2014 à 12:30 :
@Yvan: je connais parfaitement le système canadien qui est en effet basé sur les fonds communs de placement. Il est facile alors de dire que c'est pas ma faute, c'est le marché qui a chuté, et on voit ainsi des gens arriver à la retraite qui doivent continuer à travailler (petits boulots d'esclaves) parce que leur argent s'est envolé :-)
a écrit le 21/10/2014 à 18:00 :
Le principal problème, c'est qu'il n'y a pas de travail. A quoi bon augmenter l'âge de la retraite si les gens ne cotisent pas puisqu'ils sont au chômage ??
Réponse de le 21/10/2014 à 20:42 :
il faut donc creer de l'emploi !!! dites cela à nos dirigeants .
Réponse de le 22/10/2014 à 0:33 :
"A quoi bon augmenter l'âge de la retraite si les gens ne cotisent pas puisqu'ils sont au chômage ?? " : Faire disparaître les taux pleins. En bref, reporter les efforts sur les générations suivantes en baissant les pensions sans le dire.
C'est politiquement habile à court terme... Tant qu'on gagne plus en retraite qu'avec 15 ans d'expérience sur le même métier, il n'y a pas de problème des retraites pour une majorité d'électeur! Surtout, il ne faut pas toucher aux zacquis!

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