Sept moyens efficaces d'aider les pays en développement

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Le transfert des technologies des pays riches aux pays à faible ou moyen revenu devrait également être considéré comme une aide au développement durable, explique Bjorn Lomborg.
"Le transfert des technologies des pays riches aux pays à faible ou moyen revenu devrait également être considéré comme une aide au développement durable", explique Bjorn Lomborg. (Crédits : DR)
L'ONU prévoit de dépenser 2000 milliards de dollars d'ici 2030 en faveur du développement. Mais comment allouer ces sommes le plus efficacement? On peut retenir sept priorités. Par Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center*

Quelle serait la meilleure façon pour l'ONU d'aider les pays en voie de développement ? A l'heure actuelle, l'ONU est train de peaufiner son agenda de développement pour l'après-2015 - et à ce titre, la chose la plus importante à faire serait de fixer des objectifs réalisables, et de travailler sur la meilleure manière de dépenser les fonds alloués à ce programme. Dans ce sens, des analyses économiques peuvent montrer la voie à suivre.
L'ONU est actuellement en train de mener un sondage en ligne sur les sujets qui importent le plus aux populations à travers le monde.

Plus de cinq  millions de personnes ont participé à ce sondage dans lequel plusieurs domaines ont été pris en compte, allant de l'accès à des aliments nutritifs et abordables à l'accessibilité des TIC. Les résultats de ces consultations placent l'amélioration de l'accès à l'éducation au premier rang des priorités mondiales, suivi par un meilleur accès aux soins et à l'emploi - la liberté politique et le changement climatique étant relégués aux derniers rangs du classement. Cela étant, pour établir une liste de priorités plus pertinente, il nous faut plus d'informations sur les solutions existantes, leurs coûts et leurs probabilités de réussite - cela permettrait d'assurer une meilleure priorisation.

Fixer des priorités pour le développement durable

Ce sondage de l'ONU s'inscrit dans une démarche plus large visant à déterminer le prochain programme qui succédera aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui arrivent à échéance en 2015. Pour rappel, les OMD ont été déclinés sur 18 cibles, pour la plupart concis et réalisables, portant sur huit domaines incluant : la pauvreté et la faim dans le monde, l'égalité des sexes, l'éducation, et la santé maternelle et infantile.
Ces objectifs ont été largement réalisés avec succès, avec l'augmentation des fonds alloués à l'aide au développement mais aussi l'amélioration de certains aspects des conditions de vie dans le monde. En prévision de l'échéance des OMD, l'ONU travaille actuellement sur le programme qui les relaiera à savoir, les Objectifs de développement durable (ODD). Toutefois, c'est plus facile à dire qu'à faire. En juillet dernier, les 70 ambassadeurs de l'ONU composant le Groupe de Travail Ouvert sur les ODD ont proposé une liste vertigineuse de 169 cibles. Ce chiffre reflète clairement la nécessité de fixer des priorités.

2000 milliards d'euros alloués jusqu'en 2030

Les ODD vont déterminer en grande partie la répartition des 2 000 milliards d'euros alloués à l'aide au développement jusqu'en 2030. Pour que cet argent soit dépensé de manière efficiente et puisse aider le plus grand nombre de populations, les négociateurs devraient se concentrer sur des cibles qui promettent le plus de bénéfices sur investissement.
Dans cette optique, notre cellule de réflexion, le Copenhagen Consensus, s'est engagée dans un projet destiné à déterminer quelles sont les cibles qui seront les plus profitables au monde pour un euro dépensé. Nous avons demandé à 62 équipes d'économistes de renom d'effectuer des analyses coût-bénéfice sur des cibles portant sur 19 domaines majeurs de développement durant le reste de cette année. On notera que l'évaluation des bénéfices inclut aussi bien les bénéfices économiques que les bénéfices sociaux, sanitaires et environnementaux qui peuvent être cumulés à partir de ces cibles. Nous espérons que ces données - étayées par des milliers de pages d'analyses économiques révisées par un comité de lecture - pourront aider les décideurs de la planète à centrer leurs choix sur les cibles les plus efficaces.

Sept domaines majeurs

Jusqu'à présent, nous avons publié des recherches portant sur sept domaines majeurs présentant un intérêt pertinent pour l'aide au développement :


1. La population

Lorsqu'on se penche sur les problèmes mondiaux comme la destruction de l'environnement et la pauvreté, la surpopulation apparaît souvent en première ligne de leurs causes directes. D'un autre côté, nous faisons face à la problématique inverse : le vieillissement des populations - et éventuellement le déclin démographique, qui touche actuellement les pays riches mais finira probablement par s'étendre dans le monde. La promotion de l'accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive, incluant l'élimination des besoins non satisfaits en matière de contraception, favorisera la réduction de la croissance démographique.

En chiffres, cela se traduirait annuellement par 640 000 décès infantiles post-nataux de moins, 150 000 cas de mortalité maternelle de moins, et 600 000 cas d'enfants orphelins de mère de moins.
Avec moins d'enfants à leur charge, les parents peuvent offrir une meilleure scolarisation à leur progéniture. Dans le même temps, les sociétés bénéficieront d'un dividende démographique, avec moins de personnes à charges et plus d'individus actifs. D'où une croissance économique plus rapide qui se traduira au total par 120 euros de bénéfice pour chaque euro dépensé. Cela dit, les pays développés sont confrontés aujourd'hui au vieillissement de leurs populations. Pour résoudre ce problème, les économistes suggèrent un moyen simple : élargir l'accès à l'immigration, ce qui rajeunira les populations actives vieillissantes et rapportera un bénéfice de 45 € par euro dépensé. Cette solution s'avérera plus efficace que les subventions ou les mesures incitatives destinées à augmenter la fécondité dans les pays riches.


2. Les flux financiers illicites


Lorsque nous pensons aux priorités du développement, la santé, la nutrition et l'éducation nous viennent naturellement à l'esprit, et nous pensons moins aux enjeux énormes des flux financiers illicites. Les pays en développement ont perdu environ 1 000 milliards de dollars en 2011, transférés illégalement vers les pays développés. 20 pays africains ont perdu chaque année plus de 10% de leur PIB dans les flux illicites de capitaux depuis 1980. En substance, l'Afrique est en position de créancier net par rapport au monde. Ici, la cible idéale se définirait par : "Rendre publiques les informations sur toutes les propriétés effectives". Si une telle cible aurait réduit de seulement 10% le taux des pertes dues aux flux financiers illicites pendant une décennie à partir de 2002, le bénéfice net s'éleverait à 600 milliards d'euros. Mais avec une réduction de 50% des pertes actuelles, ce bénéfice atteindrait la somme phénoménale de 6 000 milliards d'euros, qui pourrait servir à améliorer les conditions de vie dans d'autres projets.

3. Les conflits et la violence

La violence coûte chaque année au monde 7 500 milliards d'euros - soit 11% du PIB mondial. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce chiffre ne se rapporte pas majoritairement aux guerres civiles qui coûtent environ 130 milliards d'euros par an. Il découle essentiellement de la violence domestique infligée aux femmes et aux enfants, dont le coût s'élève à plus de 6 000 milliards d'euros par an. Chaque mois, 15% des enfants dans le monde subissent des maltraitances classées par l'ONU dans la catégorie des châtiments corporels graves. Et chaque année, 28% des femmes en Afrique sub-saharienne subissent des violences de leur conjoint, incluant des gifles, des brutalités, des coups, des strangulations, des brûlures intentionnelles et des abus sexuels. Selon les études de nos économistes, la cible la plus pertinente pour résoudre ce problème est la réduction des agressions. Bien que les données disponibles concernant cette proposition soient limitées, une étude pilote menée en Grande-Bretagne a montré que le monde pourrait y gagner 17 € sur un euro dépensé.

4. La science et la technologie

Le transfert des technologies des pays riches aux pays à faible ou moyen revenu devrait également être considéré comme une aide au développement durable. La technologie est importante dans la mesure où elle améliore la productivité des populations, et booste ainsi la croissance économique globale. Une fois qu'elles sont acquises, les connaissances s'intègrent dans les sociétés et peuvent servir de tremplin pour la croissance. Selon les études menées dans le cadre du Consensus Post-2015, amener la population active vers la technologie serait plus profitable que le sens inverse. Elargir le taux de circulation internationale de travailleurs qualifiés de 5 à 20% de plus par rapport à la migration actuelle, rapporterait 15 euros de bénéfice pour chaque euro dépensé. Dans ce sens, appliquée à l'échelle mondiale, une augmentation de 20% de l'octroi des visas pourrait enrichir la planète de 400 milliards d'euros de plus.

5. Les données


Lorsque nous nous penchons sur l'agenda post-2015, nous nous focalisons essentiellement sur les objectifs et leurs cibles. Nous nous inquiétons moins des coûts générés par les mesures de leurs progressions. Ces coûts revêtent pourtant une dimension importante dans la mesure où fixer des objectifs que nous nous ne pourrons pas mesurer - du fait d'un coût trop élevé ou de difficultés logistiques - présente un intérêt limité. En ce moment, l'ONU fait beaucoup de bruit autour de la "révolution des données" qui permettrait de mesurer avec précision et en temps voulu tous les indicateurs de développement imaginables, avec une ventilation par sexe, revenu, région et village. Toujours est-il qu'appliquer cela sur les 169 cibles proposées par le GTO coûterait l'équivalent d'un huitième du total des fonds alloués au développement. Une facture très lourde qui nous invite à réduire considérablement le nombre des cibles, pour ne garder que les plus pertinentes. Si nous sommes prêts à dépenser autant que le Royaume-Uni et la Norvège sur les traitements des données, nous devons prioriser quatre cibles.

6. L'énergie

L'accès à l'énergie constitue l'un des moteurs les plus importants du développement - pour exemple, il a tiré 680 millions de chinois de la pauvreté au cours de ces 30 dernières années. Actuellement, 3 milliards d'individus, principalement en Afrique et en Asie du Sud-Est, n'ont pas accès aux formes d'énergie modernes - ils utilisent du bois et du fumier comme source d'énergie. Les populations vivant sans sources d'énergie modernes sont confrontées à deux inconvénients : une croissance économique limitée qui peut conduire à une pauvreté extrême ; et les effets désastreux de la pollution intérieure qui tue chaque année 4.3 millions de personnes. Une stratégie efficace consisterait à approvisionner 30% des populations non desservies (soit 780 millions d'individus) en énergies de cuisson propres. Cela épargnerait un million de vies par an pour seulement 8.6 milliards d'euros - et produirait un bénéfice de 15 euros par euro dépensé. Parallèlement, nous devons supprimer progressivement les subventions aux énergies fossiles afin de réduire les émissions de carbone, et doubler la R&D des énergies renouvelables (EnR) afin à pourvoir dans le futur à un accès propre ET abordable à l'énergie (bénéfices : 15 euros et 16 euros par euro dépensé). Doubler les EnR actuelles serait inefficient - cela coûterait très cher, aiderait peu de gens, et aura un impact minime sur les émissions de CO2.

7. L'éducation

L'ONU a promis - et a échoué dans - la réalisation de l'accès universel à l'éducation, initiée depuis 1950, et envisage de projetter une nouvelle fois cette cible dans les objectifs de développement pour 2015-30. Avec 60 millions d'enfants non scolarisés actuellement, la communauté internationale ne devrait plus reporter cette cible pour 2030. Il est temps d'abandonner cet objectif irréalisable pour une approche viable, plus ciblée, présentant un meilleur rapport coût-efficacité. Les études menées dans le cadre du Consensus Post-2015 ont montré que la meilleure cible concernant l'éducation consisterait à réduire de moitié la proportion d'enfants qui n'ont pas accès à l'éducation préscolaire en Afrique sub-saharienne. Cela pourrait rapporter un bénéfice de 33 euros par euro dépensé - en partant du fait qu'investir dans le développement de tout niveau ou tout type d'enseignement conduit en général à des revenus plus élevés et des contributions individuelles plus profitables à la société.


Nous projetons de publier nos recherches sur les 12 domaines restants au cours des trois prochains mois et nous espérons apporter ainsi une contribution utile à l'établissement d'un agenda de développement efficace. Bien sûr, la décision finale concernant les ODD restera politique. Et il va sans dire que le volet économique ne constitue pas la seule référence sur laquelle la communauté mondiale devrait choisir ses priorités en matière de développement, néanmoins leurs ratios coûts-bénéfices auront un rôle important à jouer dans leurs réalisations. Si quelques arguments économiques bien documentés peuvent aider, ne serait-ce que pour écarter quelques cibles à faible potentiel au profit de cibles ayant un potentiel phénoménal, et de fait, orienter les milliers de milliards de dollars alloués au développement vers la bonne direction, même de petits ajustements pourraient faire une énorme différence.

*Bjørn Lomborg est le directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School. Son dernier livre s'intitule: How Much Have Global Problems Cost the World? A Scorecard from 1900 to 2050.

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Commentaires
a écrit le 12/01/2018 à 14:18 :
oui
a écrit le 30/10/2014 à 19:08 :
1/ ne pas envoyer l'armée française dans cote divoire etc pour mater la population rebelle
2/ arreter l'immigration
3/ arreter le franc cfa vraie arnaque
4/ arreter de soutenir les dictateurs
lol la liste est longue.
a écrit le 30/10/2014 à 10:03 :
"Le transfert des technologies des pays riches aux pays à faible ou moyen revenu devrait également être considéré comme une aide au développement durable. "


Voila : donnons notre technologie aux chinois et autres, comme ca la seule variable de la concurrence sera le salaire, je sens que les français sont prêts à ce sacrifice pour plus d'Egalité dans le monde.
Réponse de le 30/10/2014 à 19:10 :
il faudrait qu"on interdise d'utiliser en France : l'encre, le papier, la soie , la boussoles etc car inventions chinoises !
Faut aussi interdire les maths et la roue car inventions non françaises !
En gros, tu penses on a le droit de voler les idées des autres mais les autres ont aucun droit sauf de la fermer ? LOL
a écrit le 29/10/2014 à 14:21 :
Interessant. Mais pourrait on dissocier le développement des pays émergent de leur croissance économique. Accepter une logique de décroissance mondiale. et baser le Progrés sur une meilleure répartitions des profits.L'énergie et les matières premières utilisées par les pays ''riches''venant souvent de ces pays que l'on se propose d aider.
a écrit le 29/10/2014 à 11:24 :
D'un coté on parle de néo colonialisme dès qu'on s'intéresse à ces pays, d'un autre côté on est critiqués si on ne leur donne pas d'argent. En leur temps, nos aides allaient en priorité aux pauvres chinois, indiens et africains qui mouraient de faim. Aujourd'hui, ils comptent de très nombreux milliardaires et ils en sont fiers. On les a bien aidés. Maintenant ils exploitent leurs concitoyens et à la marge nous exploitent aussi. Conclusion ?
a écrit le 29/10/2014 à 11:24 :
Le vrai point clé est le 2, là où la corruption, la fraude fiscale et tous les trafics se rejoignent.
a écrit le 29/10/2014 à 10:07 :
Bravo pour cette approche objective, sans parti pris idéologique. Reste à espérer que vos conclusions seront entendues... Des idées comme promouvoir le contrôle des naissances pour lutter contre la surpopulation, ou favoriser l'immigration pour limiter les effets du vieillissement, risquent de ne pas être suivies...
Réponse de le 30/10/2014 à 9:55 :
C'est sur qu'on a vachement envi de perdre notre pays sous prétexte de " rajeunissement"... ( obsession qui dure depuis.. 150 ans en France !)
a écrit le 29/10/2014 à 9:59 :
bien peur que le bon sens de bjorn reste lettre morte.
a écrit le 29/10/2014 à 9:35 :
étant vu que l'ONU a été incapable de mobiliser à peine 200 millions pour Ebola, on se demande bien d'où provient ces 2 000 milliards....
de bien beau discous !
a écrit le 29/10/2014 à 9:24 :
J'espère que l'on pense a nous, parce nous serons dans le lot des pays (UE) en voie de développement!
a écrit le 29/10/2014 à 8:58 :
2000 milliards...les comptes offshore des dirigeants politiques de pays pauvres vont exploser et les habitants attendront toujours des infrastructures, des écoles, des hôpitaux sans parler d'une vraie démocratie. Mais le blabla politiquement correcte de l'ONU et des pays occidentaux continuera. Là comme ici les politiques exploitent sans vergogne les populations.
Réponse de le 30/10/2014 à 10:00 :
Oui, l'Etat exploite sans vergogne les population, qui en redemandent, pensant qu'un jour, les promesses seront tenues. Les gens sont crédules, que voulez vous..

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