Baisse du baril de pétrole : pourquoi ce n'est pas fini

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, pourquoi nous ne sommes qu'au début de la baisse du prix du baril de pétrole.

Et si le baril de pétrole retombait à 60 dollars ? Question encore incongrue il y a 4 ou 5 mois quand le cours culminait à 115 dollars. Mais depuis, le cours qui a déjà cédé 35 dollars, a donc déjà effectué plus de la moitié du chemin pour atteindre la cible des 60.

Alors pourquoi pas ?

Revenons d'abord sur les raisons de la baisse. Elle comporte certes une composante conjoncturelle et notamment le renversement du consensus sur les perspectives de la croissance mondiale : aujourd'hui, plus personne n'espère une forte reprise pour 2015. Et dans ce contexte, l'Agence Internationale de l'Energie prévoit que la hausse de la demande de pétrole restera bloquée à 1 million de barils supplémentaires par jour cette année et ne dépassera pas 1,2 million de barils en 2015, c'est moins que le rythme de croissance naturelle hors récession.

Toutefois, ce sont bien les facteurs d'offre qui contribuent le plus au nouveau deal énergétique. Car la production grimpe. Elle dépassera 92 millions de barils jour cette année soit une progression de 8,8% depuis 2006. C'est plus qu'il n'en faut. Et si l'offre monte, c'est parce que les options radicales des Etats-Unis en matière d'exploitation de pétrole non-conventionnel ont complètement changé la donne : la production mondiale de pétrole augmente, oui, mais simplement parce que les Américains produisent plus.

La production du monde sans les Etats-Unis fait du surplace.

En noyant le monde de pétrole, les Etats-Unis pèsent sciemment sur les cours. Il faut donc rechercher le jeu géostratégique qui sous-tend cette option. La chute des cours depuis le début de l'été aurait dû entrainer un ajustement de la production de l'Opep, suivant le schéma bien connu : assécher l'offre pour soutenir les cours. Et dans le rôle du grand régulateur : l'Arabie Saoudite.

Or cette fois ci, elle ne joue pas ce jeu-là. Bien au contraire, elle met plus de barils sur le marché. Alors c'est vrai, que peu après le printemps arabe, le gouvernement saoudien a débloqué d'importants fonds pour financer de grands plans sociaux et qu'il lui faut plus de recettes pétrolières pour équilibrer son budget.

C'est vrai aussi qu'elle a intérêt comme les États-Unis à assécher les recettes pétrolières qui financent de djihad. Mais l'explication est trop courte. Autre thèse : les experts estiment que le coût marginal de production saoudien (c'est-à-dire le coût du puits le plus cher à exploiter) est compris entre 25 et 30 dollars contre 75-80 dollars du côté du pétrole de schiste. Une baisse prolongée serait donc le moyen de disqualifier la production américaine et par là même de couper l'herbe sous le pied la prospection en Arctique. Mais la réalité est plus complexe : d'abord parce qu'une partie de la production est déjà pré-vendue via des couvertures financières au-dessus de 85 dollars.

Ensuite, les années 80 montrent que l'effondrement des cours n'a pas sorti les producteurs de la mer du Nord du marché, le coût prohibitif du démantèlement des infrastructures justifiant des ventes à perte.

Reste une 3ème hypothèse. La Russie a besoin d'un baril à 110 dollars pour boucler son budget, le Venezuela de 120, l'Iran de 140 !

Trois pays qui sont, ou ont été, dans la ligne de mire des Etats-Unis se retrouvent affaiblis. A cela s'ajoutent les retombées positives pour une Europe dont la santé inquiète les Etats-Unis. Revancharde, pragmatique, l'Amérique se satisfait parfaitement des nouveaux standards des prix du pétrole et pourrait même encore consentir à ce qu'ils tombent jusqu'à 70 dollars.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 27/11/2014 à 11:03 :
Les EU ne noie pas le monde de pétrole. Ils n'ont pas le droit d'en exporter ! ils achètent moins sur le marché mondial... ce qui n'est pas la même chose... me semble-t-il....
Le pétrole de schiste représente environ 5 millions de baril jour, c'est-à-dire la moitié de la production de l'Arabie Saoudite...qui ne sont donc plus ponctionnés sur le marché mondial.
a écrit le 14/11/2014 à 16:59 :
Baisse sur 3 mois de 30% du baril mais hausse de 10% du $ = -20%.
Le plus beau est notre augmentation du prix du gaz toujours plus cher!
a écrit le 13/11/2014 à 15:16 :
...ce qui n'a pas empèché le prix à la pompe d'augmenter...
Réponse de le 13/11/2014 à 16:11 :
Non,Le litre a baissé de 0,25 Euro. ll va reprendre et remercions les benets rouges,3 ou 4 centimes de taxe le premier janvier.
Réponse de le 27/11/2014 à 18:43 :
Parceque payer une taxe pour financer une société privée à hauteur de 25% du prix de la taxe est une bonne idée ?
a écrit le 13/11/2014 à 14:30 :
Le cout des matières premières est l'argument phare pour un Euro fort, le pétrole se payant en dollar américain.N'y aurait-il pas à profiter de cette aubaine pour dévaluer l'Euro et rendre l'Europe plus compétitive et exportatrice ?
a écrit le 13/11/2014 à 7:23 :
Si nous avions une banque centrale européenne pragmatique, elle devrait profiter ce cette baisse du prix du pétrole pour faire marcher la planche à billet afin de faire un peu de dévaluation compétitive. Jusqu'à présent c'est en partie le prix du pétrole qui était l'excuse pour ne pas faire baisser l'euro, aujourd'hui il y a une fenêtre de tir qu'il ne faut pas manquer !
a écrit le 13/11/2014 à 7:16 :
Une manipulation des cours à la baisse par l'Arabie-Saoudite semble maintenant plus que probable. Reste que le court du prix du pétrole est très sensible aux aléas géopolitiques, et justement l’Azerbaïdjan vient d'abattre un hélicoptère arménien. Le feu couve depuis que Bakou en 2012 a gracié et promu un officier azerbaïdjanais condamné à la perpétuité pour avoir décapité un militaire arménien. Un conflit devient probable avec l’Azerbaïdjan soutenue par la Turquie et les USA et que l’Arménie qui elle est soutenue très fermement par la Russie et dans une moindre mesure par l'Iran. Même si le pétrole Azerbaïdjanais représente peu, les cours pourraient remonter rapidement en cas de conflit.
a écrit le 12/11/2014 à 22:37 :
On est au plus bas..un petit ETC sur le WTI?
a écrit le 12/11/2014 à 22:16 :
On en reparle dans 6 Mois. Le pétrole est le produit qui rapporte le plus aux spéculateurs, mais pour cela il faut que son prix varie et plus les écarts sont importants, plus il y a de l'argent à faire.
a écrit le 12/11/2014 à 18:40 :
De quoi ça sert faire descendre le prix du baril à 60, 50, 40, voire 10 dollars si pour nous à la pompe ça ne changera rien – comme d'hab ???? bah! la poudre aux yeux….
a écrit le 12/11/2014 à 18:35 :
Dans ce grand jeu de poker-menteur qu'est le marché du pétrole, cet article apprend au moins une chose qui complete l'affirmation des partisans de l'action de retorsion des Saoudiens contre l'arrogance US avec leurs petrole de schiste : cela aurait peu d'effet car la production est prevendue dans des contrats de long-terme. N'emepeche que plusieurs mois ainsi et l'ouverture de nouveaux puits sera retardee, de meme que l'exploitation de l'offshore profond, ce qui risque d'amplifier la conjuguaison de la depletion des puits de PdS 'matures' (>1.5 ans) et de celle du petrole conventionnel en cours depuis 2008.
Tout ca me donne surtout l'impression de deregulation : Russie, Irak, Venezuela, Arabie veulent touts produire un maximum pour maintenir le niveau, l'OPEP ne jouant plus son role, ce qui signifie que des que les reserves de capacites de production saoudienne et irakienne ne combleront plus la baisse de production du reste de monde, la crise petroliere s'emballera de plus belle.
Bref, le bon moment pour se mettre a l'electrique ou l'hybride rechargeable.

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