François Hollande a eu raison de se poser à Moscou

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Il faut tout faire pour que la Russie conserve sa place de sœur culturelle, de voisine naturelle de l'Europe. par Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne, Président de j c g a*

L'enjeu russe est au cœur de plusieurs courses contre la montre qui sont à l'œuvre et s'entremêlent en cette fin d'année 2014. Pèle mêle, à court terme, un cessez le feu durable et la paix en Ukraine, la stabilité préservée du continent européen, l'arrêt des sanctions qui affaiblissent les économies russes et européennes, la position interne de Barack Obama face à un Congrès de faucons retrouvés ... mais aussi à moyen terme l'arrimage intelligent de la Russie au bloc européen, l'accord nucléaire avec l'Iran ... Nous sommes à la croisée de chemins géopolitiques décisifs.

Hollande, président diplomate opportuniste

La France et l'Europe sont directement concernées, menacées même, par la plupart de ces enjeux sensibles et François Hollande semble l'avoir bien compris. Président diplomate opportuniste, il a eu raison de se poser à Moscou, de retour du Kazakhstan.

Dans un premier temps, très vite, avant le milieu de l'été prochain, date du renouvellement ou non des sanctions européennes contre la Russie, il faut tout tenter pour établir un cessez le feu durable en Ukraine et permettre par conséquence l'arrêt de mesures qui affaiblissent les économies russes mais aussi européennes.

Éviter une coupure entre Russie et Europe

Au delà, car la problématique est plus large, nous devrions tout faire pour éviter que la Russie, véritable « Empire du Milieu », pont historique entre Europe et Asie, ne prenne le risque d'abandonner définitivement sa place historique de sœur culturelle, de voisine naturelle de l'Europe. Si elle a rangé son rêve Gorbatchevien de se remarier avec l'Europe dans une maison commune, il ne faut pas que la séquence de Poutine 3, après celle du repli de Poutine 1, puis de l'ouverture à l'ouest et à l'Europe de Poutine 2 soit celle du départ définitif vers l'orient et le Pacifique, tel un Barack Obama qui déplace le centre de gravité de sa politique vers l'Asie.

Le risque va plus loin encore dans l'affirmation d'une realpolitik décrite dans son récent discours au club de Valdai du 24 Octobre 2014 à Sochi sur « L'ordre mondial : de nouvelles règles ou un jeu sans règles ? » : « Je tiens à souligner que nous ne sommes pas à l'origine de tout cela. Une fois de plus, nous glissons vers des temps où, au lieu de l'équilibre des intérêts et des garanties mutuelles, ce sera la peur et l'équilibre de la destruction mutuelle qui empêcheront les nations de se livrer à un conflit direct. »

La Russie a fait le choix des BRICS, de la Chine..., dit Poutine

Toujours dans ce discours de Valdaï, Vladimir Poutine a précisé la menace : « La Russie a fait son choix. ... Nous travaillons activement avec nos collègues de l'Union économique eurasienne, de l'Organisation de coopération de Shanghai, du BRICS et avec d'autres partenaires. ». L'organisation de coopération de Shanghai qui regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan, fondée en 2001 pour principalement assurer l'intangibilité des frontières, la sécurité entre voisins et faciliter la coopération économique, pourrait rapidement s'élargir à d'autres pays et porter des objectifs élargis.

Contrepoids à l'OTAN ? Nouvelle structure financière alternative au FMI ou à la Banque Mondiale comme la banque de développement des BRICS ? La réponse est attendue lors de la tenue du prochain sommet en juillet 2015 à Ufa en Russie et sous présidence Russe. Vladimir Poutine l'a déclaré à demi mot, les conditions seront favorables à une « expansion » de l'organisation l'été prochain.

 Un tournant géopolitique majeur

Pour rappel, les nations qui souhaitent rejoindre l'OCS ne sont en rien des nains géopolitiques ou économiques : Inde et Pakistan d'abord et Iran et Turquie ensuite. Il s'agirait d'un tournant géopolitique majeur. Au delà de leur divisions historique, on pense au Pakistan et à l'Inde par exemple, cette alliance pèserait près de 40 % de la population mondiale. Elle regrouperait les deux économies les plus dynamiques ! Avec l'entrée de l'Iran, elle contrôlerait la moitié des réserves de gaz naturel ...

Nous n'avons pas de choix, sans abandonner notre vigilance diplomatique ni tomber dans une lecture trop béate des postures, il s'agit de recréer de la confiance durable entre l'Europe et la Russie dans un contexte géopolitique complexe fait de vérités faibles et de menaces fortes. Voilà une opportunité historique pour la France et François Hollande le diplomate, après les succès incertains du chef de Guerre, de démontrer son leadership européen et la légitimité de sa position diplomatique. Il faut aller vite monsieur le Président.

*Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 11/12/2014 à 20:46 :
C'est une belle analyse, sereine et optimiste. Deux remarques.
1 - Je crois que Poutine a déjà pris son parti. Sa méfiance vis à vis de l'Europe et de ses dirigeants actuels est bien réelle et installée durablement dans son esprit. Quand il affirme que les USA ne sont plus un partenaire, il faut comprendre aussi que leurs sous-traitants européens ne le sont plus non plus.
2 - Imaginer la France faire cavalier seul et "couper les ponts" avec les USA - OTAN est d'une probabilité faible. Est ce que F. Hollande a la capacité de créer un effet d'entrainement auprès de ses pairs dirigeants européens? Peut être, à deux conditions : s'opposer au projet hégémonique US et sortir de Syrie? De quelles cartes dispose-t-il? Poutine juge sur les faits.
En tout cas, ça vaut la peine d'essayer.
a écrit le 11/12/2014 à 16:30 :
BONNE ANALYSE???
a écrit le 11/12/2014 à 9:27 :
Hollande à Moscou : en vrai homme d'Etat, et sourd au discours belliciste insensé, et mensonger, que l'on peut entendre à l'Ouest. Bravo !
a écrit le 11/12/2014 à 6:32 :
Français, ou, en général, les Européens, il se avère, nous avons les maîtres de la vie! Ce sont eux qui décident où et «à plusieurs 'Russie' lâcher 'ou pas!
Je me souviens, il ya quelques années seulement un an et demi, sous les sourcils course condensée Black Lord Barack Ebolovicha ils ont couru pour attraper Snowden en Equateur Air Force One! Autrichiens (neutres, d'ailleurs!) Autant de terres de l'avion et recherchés, qui est absolument contraire à toutes les normes internationales et, en fait, est un casus belli. Rien trouvé. France, Italie, Espagne, cependant, le plan n'a pas planté - simplement fermé son vol vers le ciel. Cette «indépendant» ...
Hey, indépendante - Essuyez votre nez avec Sopelki (et parfois laide alors!).
a écrit le 11/12/2014 à 1:24 :
Excellent article !!! Enfin un peu de lucidite geopolitique. Je vis en Chine
a écrit le 11/12/2014 à 1:23 :
Excellent article !!! Enfin un peu de lucidite geopolitique. Je vis en Chine
a écrit le 10/12/2014 à 22:45 :
Au dela de la géopolitique, qui finalement ne fait que suivre les grandes tendances économiques, les enjeux importants de la compétitivité se feront essentiellement sur les niveaux d'infrastructures ( communications, transports, transmissions des savoirs...). Les chinois y investissent massivement (haut debit numérique, TGV...). Les USA également avec un point faible sur les infrastructures de transport rapides par rails. La France reste bien positionnée. Par contre, l'Allemagne ne semble pas réagir a cette mutation importante. On lance des infrastructures importantes entre la Russie et la Chine, ligne de TGV et pipelines, ceci devrait alerter grandement pour lancer une modernisation de l'infrastructure dans les pays qui veulent rester compétitifs. L'exemple d'Amazon qui robotise sa distribution est vraiment intéressante et devrait mener a une reflexion sur l'ensemble de la chaine de fabrication et de distribution. La France a deja mis en place une distribution rapide avec transport de fret par TGV. Pas si mal placee la France, dommage que les Allemands trainent les pieds...
a écrit le 10/12/2014 à 21:18 :
Par constat, tout ce que fait FH est voué à l'échec. Notre président est un pantin qui ne comprend que la petite statégie càd celle qui va lui permettre d'augmenter sa future retraite. J'ai honte pour notre pays.
a écrit le 10/12/2014 à 20:02 :
Un déni des réalités économiques, géo-stratégiques et politiques, ainsi que la réalité des relations de la Russie avec les pays de l'ex-URSS et des relations de Moscou avec les régions qui souhaitaient plus d'indépendance à l'époque de l'URSS.
Oubli de l'extermination et de la déportation de dizaines de milliers d'ukrainiens par Staline, qui a été réhabilité par Poutine. Oubli de toutes les régions de l'ex-URSS qui ont été pourries par l'administration russe.
Réponse de le 11/12/2014 à 10:17 :
Oubli des quelques millions de déportés civils dans des camps de concentration par l'Europe... C'est vrai que l'Europe est tellement plus humaniste et respectueuse des droits de l'homme, est les USA en sont aussi un bon exemple avec Guantánamo...
Réponse de le 11/12/2014 à 11:07 :
@@ G.-C. Gallien
Pendant qu'on y est, vous oubliez aussi que les ukrainiens ont été un peu les alliés des nazis pendant WWII, ça peut laisser des traces.
a écrit le 10/12/2014 à 18:04 :
Vous avez raison un nouvel ordre mondial se dessine et on disserte à longueur de temps sur les 3 ou 4 % de déficit. Pour ce qui est "d'un arrimage intelligent de la Russie au bloc européen" il est déjà trop tard, la Russie ne choisira pas et jouera sur les deux tableaux l'Est et l'Ouest. Le grand objectif russe semble plutôt être l'Asie centrale avec une concurrence chinoise agressive sur les terres de l'exURSS. Le centre de gravité sera déterminé aussi par le choix de l'Afrique, les chinois et les indiens l'ont bien compris les européens beaucoup moins à part peut être F.Hollande. Et si F.Hollande prend progressivement le leadership européen en matière de politique étrangère, il serait quand même intéressant de savoir qui du président ou de son ministre des affaires étrangères proche des néo-con est celui qui prend vraiment les décisions importantes, mais les journalistes sont plus intéressés par les ragots de V.Trierweiler et autres fadaises. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'économie russe, européenne et surtout allemande vont payer cher la suite dramatique de la révolte place Maiden.
Réponse de le 10/12/2014 à 19:31 :
Il a eu raison d'aller à Moscou...
Et il aurait dû y rester !
a écrit le 10/12/2014 à 16:48 :
Il serait facile à l'Europe d'améliorer les relations avec la Russie. Il suffirait de refuser l'annexion de l'Ukraine à l'Europe et la Russie resterait tranquille. Mais non, le capitalisme a besoin de toujours plus... La seule chose qui pourrait aujourd'hui sauver le quinquennat de Holland, ce serait de renouer un bon partenariat avec la Russie en livrant les navires, et en laissant l'Ukraine indépendante. Il permettrait de renforcer la souveraineté de la France et de retrouver une image de chez d'état.
a écrit le 10/12/2014 à 14:05 :
Quelles seraient les 10 meilleures raisons pour la Russie de laisser tomber les BRICS, l'OCS et l'Union Eurasiatique ? Pour se mettre aux ordres de l'Occident USA en tète ? Eltsine s'y ai déjà essayé dans les années 90 avant de se faire rabrouer vertement par les Etats-Unis qui lui rappelèrent que la Russie restait une cible et non un alliè et à qui l'Occident conquérant, dans la lignée de 1945, dictait au "vaincu" sa loi et son comportement. La crise ukainienne n'est rien d'autre que la poursuite de cette stratégie à laquelle Poutine résiste avec un traitement adapté en conséquence de la part de l'Occident "Poutine = Hitler, Poutine = Staline" qui reflète parfaitement la haute considération de l'Occident envers la Russie et son peuple.
a écrit le 10/12/2014 à 13:59 :
Enfin une bouffée de fraîcheur, de lucidité et de bon sens dans cette obscurité aveuglante et médiocre des médias français. Merci.

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