Loi Macron : un empilement de mesures, destructeur du tissu économique

La loi Macron empile les mesures, dont certaines remettent en cause des droits fondamentaux (travail du dimanche...). Elle va contribuer à des pertes d'emplois et à une destruction du tissu économique par Philippe Noguès, députés PS du Morbihan

5 mn

(Crédits : DR)

Pas à pas, loi après loi, la transformation de la France est en marche. Loin de celle que nous avions espéré en 2012, c'est clairement vers un modèle libéral de société que nous nous dirigeons.

L'idéologie néo-libérale, dont l'échec est pourtant manifeste, continue à imprégner les esprits des experts, de la plupart des éditorialistes, et, par voie de conséquence, de ceux de nos dirigeants...certaines nominations en sont des exemples frappants.

Le tournant libéral ratifié

Chacun a en mémoire la théorie d'Helmut Schmidt, selon lequel « Le profit d'aujourd'hui fait l'investissement de demain, et l'emploi d'après demain ». C'est à nouveau ce principe qui est mis en application aujourd'hui pour « restaurer les marges des entreprises », en espérant que celles-ci renvoient ensuite l'ascenseur en embauchant ou en augmentant les salaires. Le seul hic, c'est que cette belle théorie s'est toujours systématiquement transformée, quels que soient les pays, en renforcement des patrimoines, au détriment des investissements de longs termes favorables à l'emploi. Où sont les bénéfices pour les classes populaires ou moyennes ?

Le pacte de responsabilité, définitivement adopté, a ratifié officiellement ce tournant libéral. Mais ce cap économique avait de toute évidence été immédiatement fixé dès le début du quinquennat avec la pseudo négociation du TSCG...et le mirage des 120 milliards de contreparties. Nous avons rendu les armes avant même de combattre.

 Loi Macron : un empilement et un piège

C'est maintenant la loi pour la croissance et l'activité, dite Loi Macron, Tapie des temps modernes, qui nous est proposée pour confirmer la direction, avec l'objectif grandiloquent de « se donner les moyens de débloquer notre pays et de libérer les énergies »...

Pour y parvenir on empile dans le même texte, sans le moindre respect, ni pour les Français ni pour les parlementaires, une multitude de mesures hétéroclites et sans rapport les unes avec les autres, si ce n'est qu'elles deviendront la loi, même quand la crise aura été surmontée !

Et le paquet est à prendre ou à laisser... Si on prend ce sera une réforme des professions réglementées, notaires, avocats, huissiers et j'en passe - qui aurait méritée pour le moins un texte spécifique -,  et dans le même temps on aura glissé des mesures plus « controversées » sur le droit du travail (facilités de licenciements, indemnités variables...), extension du travail du dimanche (jusqu'à un dimanche par mois). A l'inverse, sous prétexte d'attractivité, ce projet de loi poursuit le désengagement de l'Etat dans des infrastructures de transports qui sont au cœur de la souveraineté du pays. C'est à croire qu'aucune leçon n'a été tirée de la privatisation des autoroutes !

 Est-ce cela la modernité ?

Cette loi est une loi de dérégulation. C'est au nom de la dérégulation que l'Etat se désengage au fil du temps de la gestion économique et sociale de notre pays au profit de la loi du marché.

Le débat sur la modernité que représenteraient les positions libérales, et l'archaïsme incarné par tous ceux qui les refusent, est une caricature indécente.

Les femmes, et notamment celles qui élèvent seules leurs enfants, seront confrontés au dilemme - personne ne peut appeler cela un choix - d'un dimanche par mois au travail ou avec leurs enfants. Est-ce cela la modernité ? Pour reprendre les propos de Martine Aubry : « La gauche n'a-t-elle désormais à proposer comme organisation de la vie que la promenade du dimanche au centre commercial et l'accumulation de biens de grande consommation ? ». Est-ce cela la modernité ?

Le droit du travail mis en cause

Sous prétexte de s'attaquer à la rente de quelques professions juridiques, c'est le droit du travail qui va être parallèlement déréglementé.  On nous répète que faciliter les licenciements dans une période de chômage extrême permettrait de créer des emplois. On peut s'interroger. Il n'y a par contre pas de doute que lorsque la période sera plus florissante, cette flexibilité perdurera. Est-ce cela la modernité ?

Bien sûr, et personne ne le conteste, des simplifications administratives peuvent être nécessaires, mais concernant le code de l'environnement n'oublions pas que beaucoup de normes sont surtout des mesures de protection face à la logique du marché. Sous prétexte d'activité et de profits à court terme, alléger des normes protectrices, qui plus est par ordonnances, l'année de la Conférence environnementale de Paris, pourrait devenir plutôt un signal inquiétant sur la sincérité des convictions écologiques affichées. Est-ce cela la modernité ?

Une loi destructrice d'emplois

Enfin, et la très grande majorité des commentateurs le reconnaissent, l'impact de cette loi sur  la croissance, et donc en terme d'emplois, sera très faible. Le Président de la république, comme le ministre chargé de mettre en musique toutes ces touches désaccordées se retrouvent pour dire « Ce ne sera pas la réforme du siècle ».  Alors tout ça pour ça ? Ou alors serait-ce simplement pour donner des gages à Bruxelles ?

Les versions les plus fréquemment évoquées espèrent  10 à 15 000 créations de postes, quand certaines parlent plutôt, au vu des expériences dans plusieurs pays européens, de destructions d'emplois liées à la disparition des petits commerces face aux ouvertures dominicales des grandes surfaces. D'ailleurs seules les grandes surfaces sont aujourd'hui demandeuses ! Bref, chacun s'accorde aujourd'hui pour dire que l'impact sera, au mieux, minime en termes d'emplois et, pire, destructeur du tissu économique et de certains acquis sociaux du XXeme siècle. Est cela la modernité ?

En l'état du texte, nous avons devant nous une loi risquée à tous niveaux : économique, humains, culturels, sociétaux, qui ne répondra pas à ses objectifs de croissance et d'activité et qui entrainera encore un peu plus notre société vers plus de marchandisation, de financiarisation et de dérèglementation... Ce n'est pas cela que nous souhaitons. Ce n'est pas cela la modernité !

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Commentaires 27
à écrit le 12/01/2015 à 7:55
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Il faut mettre une taxe sur l'énergie pour financer nos retraites et tous nos problèmes seront réglés.

à écrit le 11/01/2015 à 9:14
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Ouvrir le dimanche ou non, travailler le dimanche ou non doivent être des libertés et c'est le marché qui sanctionnera quand ce ne sera pas rentable. Dans le second cas il faut la garantir en protégeant simplement de façon contractuelle les gens qui ...

le 18/01/2015 à 10:26
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Lorsque le dimanche est devenu un (en fait le) jour de repos hebdomadaire à la fi du XIXe siècle, cela a été vécu comme une liberté extraordinaire. Aujourd'hui ce serait devenu une privation ? Quel renversement... Sur le transport par car, peut-on à...

à écrit le 10/01/2015 à 16:20
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La plupart des commerces en Suisse et en Allemagne ferment avant 19 heures et sont fermés le dimanche. La mauvaise foi de certains commentateurs est déconcertante...

à écrit le 10/01/2015 à 11:18
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Pour moi qui travaille a la frontiere suisse et allemande cet article tient du nombrilisme franchouillard les pires et inacceptable apres 40 ans de regression et dans la situation actuelle. Alleger le droit du travail, un regression ? Mais cher aute...

le 18/01/2015 à 10:29
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"Et on parle de services reels : ABF, DDT, ONEMA, DREAL...." Je suppose une faute de frappe : AFB Agence française de la biodiversité et non ABF, sachant que l'Onema disparaît dans l'AFB. Ceci étant dit qu'avez voulu dire par "Et on parle de servic...

à écrit le 10/01/2015 à 8:22
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c'est le socialisme qui est une machine a détruire l’économie, c'est un fait établi (36,45,81,98) Ce type comme c'est la mentalite 100% made in france (village gaulois communiste)

à écrit le 10/01/2015 à 7:38
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Boule de cristal et conservatisme, les 2 piliers du socialisme français

à écrit le 10/01/2015 à 4:12
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Ces archéo-socialistes sont stupéfiants de suffisance : mais, bon Dieu, qu'ils ouvrent les yeux sur les pays qui réussissent, pas sur Cuba et la Corée du Nord !

le 18/01/2015 à 10:30
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Dire que les socialistes ont pour modèle Cuba et la Corée du nord est à peu près aussi intelligent que d'énoncer que votre modèle de réussite serait la Grèce ou l'Espagne (et encore je suis gentil)

à écrit le 09/01/2015 à 21:34
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alors qu'Est-ce qu'il propose ce bon monsieur ! et bien voyons d'augmenter le nombre de fonctionnaires "improductifs", le nombre d'hôpitaux ou les actes seront payés par la CMU et l'AME, le nombre de professeurs mal formés etc... et la messe sera dit...

à écrit le 09/01/2015 à 19:06
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« Le profit d'aujourd'hui fait l'investissement de demain, et l'emploi d'après demain » : Le fordisme a prouvé que c'était le contraire qui fonctionnait : embaucher pour produire des biens que les employés pourront s'acheter. Si on a compris que l'él...

à écrit le 09/01/2015 à 19:03
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La critique est aisée, mais l'art est difficile. Laissez Mr Macron tenter sa chance. Si çà foire, il ne sera pas le premier à s'être trompé. Mais si çà marche, ce qui peut arriver, n'en déplaise à tous les grincheux, alors ce sera bingo!

à écrit le 09/01/2015 à 16:56
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"L'Allemagne, de son côté, devrait investir bien davantage. Elle a une responsabilité impérieuse de le faire", poursuit Le ministre E. Macron. L' Allemagne est assez compétitive comme ça, c'est plutôt la consommation qu'il faut stimuler, comme le pr...

à écrit le 09/01/2015 à 16:46
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Ben voyons !!! Il vaut mieux ne rien faire !!!! Il roule pour les notaires et autres corporatistes ou pour M.Aubry, Duflot et cie ?

à écrit le 09/01/2015 à 16:20
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Le positionnement pour les prochaines élections, voila ce qui motive M Noguès. Un peu de connaissance économique, un minimum, ne lui ferait pas de al pour trouver des arguments de critique. Mais non, il prend position, il est contre le mélange, il an...

à écrit le 09/01/2015 à 15:25
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C'EST AVEC DES COMBATS D4ARRIERE GARDE COMME CEMUI DECRIT PAR CET ARTICLE QU'ON ASSASSINE LES EMPLOIS EN FRANCE DEPUIS 50 ANS; CE N'EST QUE LA COMPLICITE DE LA MERDIATURE D'EGOUTS DE LA FRANCE AVEC UNE CLASSE D'EUNUQUES POLITIQUES DE GAUCHE COMME DE...

le 10/01/2015 à 5:16
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Et vous c'est avec la touche majuscule que vous brulez les yeux des lecteurs... Achetez un clavier un écran plus grand si vous ne pouvez pas vous relire en minuscule.

à écrit le 09/01/2015 à 14:38
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pourquoi ne dit-on pas "les lois" macron ? En effet elles n'ont bien souvent rien à voir les unes avec les autres, et les prendre séparément serait bien plus simple (car sinon il est très difficile d’être pour ou contre).

à écrit le 09/01/2015 à 14:02
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Effectivement le texte de la "prétendue loi Macron" est un fouillis désordonné, approximatif, brouillon, un brin infantile et beaucoup café du commerce. Les casseurs pires ne sont pas dans les banlieues, Les casseurs pires sont dans le gouvernement...

à écrit le 09/01/2015 à 13:45
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Le pire est que cet individu vote les lois et contribue à la politique de la France. Oups, pardon, j'aurais dû dire "La République" puisqu'il semble que des mots comme France ou Nation fassent désormais partie des expressions bannies par la police de...

le 09/01/2015 à 15:41
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j'ai pas d'opinion sur la loi macron car je ne l'ai pas lu, et vous ?

à écrit le 09/01/2015 à 13:36
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En tant qu'ancien dirigeant de PME et de cadre de direction dans la Grande Distrib, je partage votre analyse et je ne suis apparemment pas le seul puisque même le 'patron' de Carrefour a exprimé sa réticence sur la question du travail du dimanche, en...

le 09/01/2015 à 14:33
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Et alors Si ouvrir le Dimanche ne s'avère pas rentable, les hypers essaieront et arrêteront si c'est rentable ils continueront. Sur les champs Elysées c'est surement rentable. L'essentiel c'est de pouvoir le faire, il ne devrait même pas avoir bes...

le 10/01/2015 à 2:31
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@ec92 : :1) parler de Carrefour uniquement en terme d'hypers, c'est bien mal connaître la distrib généraliste, la croissance de ce secteur depuis les années 2000 a porté essentiellement au niveau de l'hexagone sur des super de périphérie et de centre...

le 10/01/2015 à 12:59
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Déja laisser le choix aux salariés .Malgré tout ce que M Aubry pense (et impose sa pensée à tous les français), il y a des gens qui sont intéressés pour travailler le dimanche, pour des raisons financières (malgré tout ce qu'on peut en dire, les 35 h...

à écrit le 09/01/2015 à 12:41
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il a le droit de critiquer... il aura meme le droit de se taper le boulot lui meme selon l'adage egalitariste ' a salaire egal travail egal' et s'il ne le fait pas, le chomage va exploser et il sera responsable de l'arrivee du fn au pouvoir... et la...

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