Allemagne et Japon : baisse démographique et comportements économiques

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, baisse démographique et comportements économiques pour l'Allemagne et le Japon.

La crise nous conduit régulièrement à placer le projecteur sur nos discordances politiques en Europe.  L'intransigeance allemande concernant la rigueur. Versus le plus grand laxisme des pays latin, France et Italie en tête. Nous présentons le plus souvent cela comme relevant de choix discrétionnaires dont les racines seraient avant tout culturelles. On en oublie trop souvent la prégnance de la démographie sur ces choix.

On le sait pourtant. Ce n'est pas un hasard si les deux régions creuset de la déflation mondiale sont le Japon et l'Allemagne et la zone euro prise dans son ensemble.

Un déficit démographique

Derrière les décennies perdues japonaises à partir de l'aube de 1990, il y a, on le sait, un violent mouvement de décélération démographique. Qui a précipité l'explosion de la bulle immobilière. Si l'on regarde le rythme sur 10 ans de la croissance de la population en âge de travailler (15-64 ans), le japon est passé d'un rythme annuel de 0,9% à 0% entre les décennies 80 et 90 pour atteindre - 0,9% en 2015. 2 points de potentiel de croissance perdus en l'espace de 35 ans. Une déclaration qui s'est accompagnée d'une très forte déformation des ratios de dépendance. 17 séniors de plus de 65 ans pour 100 personnes en âge de travailler en 1990, 26 en 2000 et 44 en 2015.

Même histoire outre-Rhin : un double mouvement de recul démographique et de montée de la dépendance  avec  une croissance de la population en âge de travailler qui se situe aujourd'hui à -0,4% au lieu de 0,6% à l'aube des années 90, soit une perte mécanique d'un point de croissance potentielle en 25 ans.

Et un vieillissement qui épouse le profil japonais avec 10 à 15 ans de décalage. Point commun de ces deux économies : une forte préférence pour l'épargne, un déficit chronique de demande intérieure, un excédent courant massif, et la recherche de rendements hors frontière pour asseoir la rente des retraités avec pour corollaire une tendance déflationniste chronique qui va de pair avec la recherche de débouchés externes.

Condamnées à la décroissance ?

 La rareté de la main d'œuvre et l'abondance relative de l'épargne pourrait conduire à une forte baisse du coût du capital par rapport à celui du travail, et donc à une forte accélération de l'accumulation de capital par tête, à l'intérieur de ces pays et en périphérie.

Moins de travail, mais plus de capital et plus de productivité par tête. Hors dans toutes ces économies, le choc de demande a pris de vitesse le choc d'offre attendu. Mêmes causes mêmes effets.

Japon comme Allemagne se sont transformés en régions à faible croissance à faible inflation et en rentier du reste du monde. Le rendement des créances accumulés pour le reste du monde permettant de résoudre l'équation de la dépendance en servant une retraite aux seniors.

Le cas français

La France, dont la démographie est fortement décalée se retrouve enclavée aujourd'hui au sein de régions vieillissantes. Car l'Espagne et l'Italie sont aujourd'hui sur le même régime démographique que l'Allemagne. Et c'est là tout son drame. La baisse du prix des facteurs chez nos grands voisins est ainsi décisive pour qu'ils puissent dégager des excédents et ce n'est pas la croissance mais le rendement des capitaux investis à l'étranger qui dicte leurs options de politique économique et qui les pousse à influencer les choix de leurs partenaires.

La France elle subit la dépression des demandes environnantes. Et ne peut sauver sa propre croissance qu'en se transformant en réceptacle des capitaux des pays rentiers. Qu'en étant débitrice de ses voisins, en accroissant son attractivité et en dégageant des excédents hors Europe pour ne pas compromettre sa soutenabilité financière. Son atout démographique se transforme en astreinte et lui impose un modèle de croissance sur lequel elle n'a pas prise.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 02/03/2015 à 19:25 :
Ce déficit démographique est une chance à court terme pour l'Allemagne car elle lui permet de faire d’énormes économies tout en faisant appel à une main d’œuvre étrangère déjà bien formée. Elle économise également sur les soins de ses vieux de plus en plus nombreux qu'elle envoie se faire soigner dans les pays de l'Est pour des raisons de cout et de structure. Maintenant ce système ne peut marcher qu'a la seule condition que ses voisins restent mal en point pendant suffisamment longtemps. Car à plus long terme l'Allemagne a t-elle besoin d'une démographie à 80 millions d'habitants, peut être que 70 ou 65 serait suffisant au regard de son territoire, et dans ce cas son choix serait très pertinent.
a écrit le 02/03/2015 à 18:41 :
Dis, papa, quelle est la ligne éditoriale de La Tribune ?

C'est assez simple, fiston : les économies US et française vont toujours à leur mieux, toujours. Les autres économies (surtout celles de l'Allemagne, de la Chine, de l'Italie et de l'Espagne) ah celles-là vont de pire en pire. Toujours.
a écrit le 02/03/2015 à 14:09 :
Par exemple en France, notre problème est le baby boom qui a déterminé l'augmentation du chomage de 1973 à 2006; et depuis 2006 jusqu'en 2035 explique le problème des retraites que l'on traite en augmentant le chomage au détrimant des retraites.
a écrit le 02/03/2015 à 14:05 :
Un facteur très important est ignoré, celui du coût public pour "l'élevage" et la formation professionnelle des jeunes: entre la conception et la mise sur le marché du travail un jeune coûte aux diverses collectivités publiques (santé, écoles, collèges, lycées, formations professionnelles, allocations familiales, réductions d'impôts (quotient familial), stades, gymnases...) environ 200 000 € (plus les coûts pour les parents). L'Allemagne a depuis des décennies un déficit de 300 000 jeunes qu'elle compense par de l'immigration sélective (importation de main d'oeuvre formée aux dépends des autres États, soit une économie de 60 milliards € /an.
La France, au contraire, avec 800 000 naissances /an pour environ 600 000 départs/an a un solde prétendu positif qui lui coûte 40 Md€/an, et plus de 200 000 chômeurs supplémentaires /an, car il n'y a pas de croissance et en plus il y une immigration ! La balance commerciale française étant fortement déficitaire, les soi-disant surplus d'exportation vers les pays tiers apporteurs de capitaux ne sont que des voeux pieux relevant de l'intégrisme d'une certaine bien-pensance ! "La forte natalité que le monde entier (ou l'Europe) nous envie".
Par contre, le Japon ne peut se comparer à l'Allemagne car il refuse l'immigration et l'intégration de populations étrangères: il délocalise en Chine, en Thaïlande et ailleurs.
Réponse de le 02/03/2015 à 14:58 :
le problème de la France de L'Allemagne ou du Japon est celui du coût de "conservation" des vieux, frais de santé exhorbitants, politique économique mal orienté, débat politique biaisé.
Réponse de le 02/03/2015 à 18:15 :
Oui oui, il faut arrêter de faire des enfants, ça coûte tellement cher. L'éducation supérieur c'est exhorbitant. Il faut arrêter d'investir, c'est hors de prix. Et puis on a pas besoin de chercheurs, la R&D c'est un luxe. Comment voulez-vous augmenter les retraites en dépensant si mal pour "élever" des jeunes en batterie?

Malthus est de retour. C'est sûr qu'avec des raisonnements pareils vous allez en attirer des brillants cerveaux formés à l'étranger...
a écrit le 02/03/2015 à 13:04 :
Il faut analyser les pyramides des ages. Cela permet de voir l'avenir. Le simple vieillissement et les taux de fécondité ne sont pas suffisants.

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