Après le Brexit, Trump : une colère sourde qui monte en France

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Patrice Vergriete, maire divers gauche de Dunkerque, président de la communauté urbaine.
Patrice Vergriete, maire divers gauche de Dunkerque, président de la communauté urbaine. (Crédits : DR)
Il est facile d'expliquer depuis un salon parisien que nos entreprises doivent gagner en compétitivité mais la réalité sur le terrain est que cette compétitivité se gagne essentiellement sur le dos des salariés. Par Patrice Vergriete, maire divers gauche de Dunkerque, président de la Communauté urbaine.

Le choix du Brexit au Royaume-Uni et l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis surprennent la classe dirigeante française. Et pourtant... Le message est toujours le même et il sonne comme une évidence pour ceux qui vivent au quotidien la dure réalité des territoires industriels. Il y a dans nos pays occidentaux des hommes et des femmes qui subissent de plein fouet la compétition économique internationale et qui en ont marre d'être les victimes directes d'une rentabilité financière et d'une flexibilité toujours plus grandes.

Une compétitivité qui se gagner sur le dos des salariés

Il est facile d'expliquer depuis un salon parisien que nos entreprises doivent gagner en compétitivité mais la réalité sur le terrain est que cette compétitivité se gagne essentiellement sur le dos des salariés. Les ouvriers de l'industrie n'en peuvent plus des plans de restructuration à répétition ! Les intérimaires et les sous-traitants n'en peuvent plus d'être les laissés pour compte de tous les plans sociaux ! Les employés n'en peuvent plus de toujours faire mieux avec moins ! Dans la guerre économique mondialisée, ils sont en première ligne, réduits au rôle de chair à canon et ils se révoltent dans les urnes. Ce qu'ils rejettent en bloc, ce ne sont ni les élites, ni les migrants, ni les partis politiques mais bel et bien leur condition de sacrifiés d'une mondialisation économique à deux vitesses. La peur du chômage et du déclassement, la perte de pouvoir d'achat, le sentiment que leur vie se dégrade chaque jour rythment leur quotidien. Et ils ne voient pas le bout du tunnel dans l'offre politique actuelle.

Les anciennes régions ouvrières font basculer les élections

L'analyse des votes anglais et américains est sans appel : ce sont les anciennes régions ouvrières qui ont fait basculer ces élections. C'est donc en tant que maire d'un des plus grands territoires industriels français que j'en appelle aujourd'hui aux candidats à l'élection présidentielle : écoutez ces Français qui souffrent ! Entendez leur colère et leur révolte ! Et cessez de leur offrir comme seul horizon une souffrance plus grande encore ! Ils savent bien que les trente glorieuses sont terminées, mais ils n'acceptent plus d'être les seuls à porter le fardeau de la rigueur. Ils attendent de leurs dirigeants une nouvelle donne politique, économique et sociale.

Dites leur tout d'abord que vous vous battrez pour une Europe protectrice, défendant son modèle social et environnemental face au reste du monde, et non pour cette Europe perçue aujourd'hui comme le cheval de Troie du capitalisme sauvage. Il est urgent de rétablir les conditions d'un échange juste, car les industries qui survivent aujourd'hui dans le monde sont celles qui sont les moins respectueuses des Hommes et de l'environnement. L'Europe ne peut plus accepter un tel dumping social et environnemental, au moins sur son marché intérieur.

Réinventez la solidarité, en proposant un nouveau contrat social entre les gagnants et les perdants du progrès technologique et de la mondialisation. De nouveaux filets de sécurité doivent être mis en place, privilégiant une logique de solidarité active. L'agglomération dunkerquoise expérimente par exemple en ce moment un dispositif permettant au chômeur de longue durée de retrouver un travail utile à la société, financé par la solidarité locale. Cette démarche montre que l'on peut innover et redonner aux habitants le pouvoir d'être directement acteurs de la solidarité.

Défendre les territoires industriels

Défendez enfin les territoires industriels ! Coincés entre l'avènement des métropoles, qui concentrent les nouveaux emplois, et les revendications des territoires ruraux en matière de services publics, les gouvernements successifs ont oublié les villes industrielles petites et moyennes. Depuis vingt ans, ce sont elles qui ont été les principales victimes des baisses de dotations financières aux collectivités et les grandes absentes de toutes les politiques d'aménagement du territoire. Il faut aujourd'hui un plan Marshall pour ces bassins industriels, pour les accompagner dans la transition économique qu'ils vivent et pour donner à leurs populations délaissées un message positif quant à l'avenir.

Ces trois engagements constitueraient le début d'une écoute, la première étape d'une prise en considération de Français qui acceptent ce monde qui change mais souhaitent que ces évolutions soient synonymes de progrès pour tous.

Patrice VERGRIETE, Maire de Dunkerque, Président de ,Communauté urbaine

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Commentaires
a écrit le 22/11/2016 à 19:51 :
" ..Et ils ne voient pas le bout du tunnel dans l'offre politique actuelle.."
Ils n'ont qu’à s’intéresser à l'UPR !
a écrit le 22/11/2016 à 19:41 :
Effectivement, revenir à 39h c'est de l'esclavage !!!
a écrit le 22/11/2016 à 13:24 :
"Défendre les territoires industriels", j'ajouterais "Défendre les territoires agricoles". La France est le plus grand pays agricole d'Europe ... ou plutôt "était", les politiques se foutant visiblement totalement de ce qui pourrait être un atout considérable pour le pays !
a écrit le 19/11/2016 à 8:22 :
Il serait intéressant de comparer la courbe du chômage au lancement des 35 heures.Tout çà a couté énormément à l'état et aux entreprises ! Et je ne vois pas comment nous pouvons être plus compétitifs que les autres pays ,qui eux, travaillent plus ! C'est un non sens! Car cette compétitivité se paie alors sur le dos des salariés! Il y a aussi un autre point important, c'est la confiance que n'ont pas les entreprises face au code du travail et à la fiscalité qui se modifient au gré du vent politique. Il n'y a aucune visibilité et sécurité sur le moyen long terme.
Bien sûr, c'est une partie de vérité et je pense aussi que c'est à la société civile qui devrait s'occuper de ça et surtout pas nos politiques!
Réponse de le 19/11/2016 à 9:55 :
C'est surtout le décrochage brutal du commerce extérieur qui a suivi de très près l'application des 35h (il a plongé dans le rouge 1 à 2 ans après leur application.
a écrit le 18/11/2016 à 23:45 :
C'est l'Etat et son système généralisé d'assistanat qui sont les seuls responsables du chômage et de la perte de compétitivité des Entreprises.

Seules les Entreprises créent de la richesse, alors que de trop nombreux fonctionnaires, des chômeurs professionnels, des pré-retraités vivent comme des parasites.
a écrit le 18/11/2016 à 17:55 :
Peut-être la compétitivité se gagne-t-elle sur le dos des salariés, mais la non-compétitivité les transformera à échéance plus ou moins rapide en chômeurs puis titulaires de minima sociaux dont le niveau, faute de rentrées d'argent public et en raison de l'explosion du nombre de "bénéficiaires" sera de plus en plus faible. Le choix est entre un inconvénient relatif pour le salarié et un désastre total.
Réponse de le 18/11/2016 à 19:42 :
Gattaz cherche à ancrer dans l'esprit de l'opinion que la compétitivité des entreprises passe principalement , voir uniquement par une baisse des charges salariales et aux impôts et taxes ce qui revient à dire que la faute en revient à l'état ce qui est en grande partie faux .
La compétitivité passe essentiellement par l'investissement , la qualification des équipes d'où découle l'innovation technique et commerciale ( plusieurs exemples le prouvent ).L'état jouant un rôle stabilisateur au niveau fiscal , social et réglementaire afin d'offrir une vision à moyen terme .
Mais se contenter de dire comme fait le Médef c'est pas de notre faute , c'est celle de l'autre est un manque de courage .....et demain la droite au pouvoir ne donne jamais plus que la gauche à faite avec de cice !!!
a écrit le 18/11/2016 à 16:52 :
Bien vu .....gauche et droite s"en sont pris au pouvoir d'achat des salariés et pensent qu'ils sont mieux à même de dépenser pour eux (argumentation cela évitera d'acheter Chinois). Donc on est dans un cercle vicieux de descente aux enfers depuis des années en croissance molle et cela ne risque pas de changer .
a écrit le 18/11/2016 à 16:34 :
On ne peut pas, et il n'est pas souhaitable d'arrêter le progrès technologique. En revanche, en partant du principe que les patrons remplacent le personnel par des robots, on pourrait faire payer des taxes et impôts à ces robots pour remplacer les taxes et impôts des salariés virés. L'argent généré par les robots ne profite qu'à leur propriétaire, alors que l'argent généré par l'imposition des travailleurs est utilisé pour le bien collectif (même si j'en conviens, il n'est pas toujours judiceusement dépensé). Le tout est de savoir si on veut construire une société dans laquelle chacun peut avoir une place, ou une société rétrograde avec une caste de privilégiés qui ont tout et des gueux qui n'ont rien :-)
a écrit le 18/11/2016 à 16:10 :
Bravo !
Enfin une parole claire !
exellente analyse
a écrit le 18/11/2016 à 15:50 :
Si le constat n est pas faux, la partie solution est un peu pauvre. Le progres technique ne peut etre arrete et ca n est d ailleurs pas souhaitable (car sinon on va se retrouver dans la situation d el egypte : brillante civilisation mais il y a longtemps). les delocalisation peuvent peut etre etre freinees (mais c est pas evident : si on veut baisser les couts du made in france in faut taxer moins le travail (-> moins de prestation sociales) ou faire que la vie soit moins chere (-> ca va pas plaire a la secte du parpaing qui veut un immobilier cher) ou mettre des droits de douanes (-> mais les pays en question se defendrons en taxant nos exportateurs et ca risque de toute facon de ne pas etre suffisant)

A long terme on peut evidement miser sur l education et la limitation des naissances (le bebe d aujourd hui ets le chomeur de demain) mais la encore, outre le fait que ca a un impact dans 20 ans, le benefice risque etre annulé par l immigration massive d afrique (ou la population va doubler)
Réponse de le 18/11/2016 à 17:10 :
Le chomage n'est pas lié à la natalité, mais à l'utilisation d'une énergie bon marché. Il faudrait rémunérer le chomage par une contribution de l'énergie. Cela mériterait plus de développement. Merci.
Réponse de le 19/11/2016 à 10:34 :
@gépété: et si on coupe le chauffage, on a même une remontée de la natalité, car on a besoin de se réchauffer naturellement en hiver notamment. On constate aussi que dans les pays où les gens n'ont pas de dépenses énergétiques (tiers et quart monde), le chômage n'en est pas moins important. Ton plan consiste donc à taxer un peu plus ceux qui travaillent. Merci les socialos, mais on aimerait profiter aussi du fruit de notre travail :-)
a écrit le 18/11/2016 à 15:31 :
n est il pas trop tard pour regarder les territoires oubliés ce n est pas a l aube des élections qu il faut ouvrir les yeux ! trop tard il fallait y penser avant ! on se voit le soir des élections présidentielles et législatives
a écrit le 18/11/2016 à 14:57 :
EXAT ??? TRES BONNE ANALISE???
a écrit le 18/11/2016 à 14:47 :
je partage entièrement cette analyse et à partir de ce constat, on peut effectivement craindre le pire pour l'élection à venir. A force de ne pas être entendu, les classes qui subissent de plein fouet les effets néfastes de la mondialisation risquent de manifester leur colère, comme les américains ont pu le faire, en élisant Trump. Plus que jamais j'ai le sentiment que la classe politique est coupée des réalités, ou incapable d'apporter des réponses au mal être de beaucoup de Français. Les inégalités sociales ont toujours existé, mais du temps des "trente glorieuses" la situation était supportable, car chacun vivait décemment. A l'heure actuelle, ce constat devient insupportable car nos élites ne cessent de répéter que des efforts doivent être faits pour rétablir l'économie et dans le même temps les PDG des grands groupes s'octroient des augmentations de salaire à deux chiffres. On ne peut continuer ainsi. L'exemple des USA est là pour nous le rappeler.
Réponse de le 18/11/2016 à 15:11 :
La classe politique n'est pas coupée des réalités mais a changer de maîtres, ce n'est plus au peuple qu'elle a "a rendre compte" mais a Bruxelles et ses lobbies!
Réponse de le 18/11/2016 à 17:58 :
@Bref : Bruxelles n'a pas imposé à la France les 35 heures, véritable boulet pour la compétitivité, ni à l'Allemagne de prendre en temps utile les mesures nécessaires pour redresser la sienne. Avant de chercher la paille dans l'oeil de l'UE prenons conscience que nous avons une poutre dans le nôtre.
Réponse de le 19/11/2016 à 11:33 :
@bruno_bd Oui! Mais ça c'était avant quand il fallait rendre des comptes au peuple!
a écrit le 18/11/2016 à 14:10 :
Après le Brexit et Trump la France choisira l'Europe et la stabilité parce qu'il y en a grand besoin !
a écrit le 18/11/2016 à 13:50 :
On croit rêver! Ont ils conscience que cette UE de Bruxelles est irréformable? Que l'unanimité est nécessaire pour inverser le processus que les traités en graver dans le marbre! Comme un crabe que l'on attire dans une nasse, plus il avance et moins il ne lui est possible d'en sortir! A moins, de sortir par le haut du panier par la main du pêcheur!
Sans de souveraines décisions aucune évolution possible, nous resterons enfermé dans un monde dogmatique!
a écrit le 18/11/2016 à 13:32 :
Très bonne analyse et d'accord pour aider les régions et secteurs industriels victime de la mondialisation sauf qu'il y a l'Europe! Or beaucoup d'emploi industriels ayant quitté la France ne sont pas partis en Asie du sud est mais en Espagne ou Europe de l'est et cette chère Europe sera plus prompte à dénoncer les atteintes à la concurrence libre et non faussée des aides accordées aux entreprises françaises que de s'occuper du dumping fiscal de ceratins états!
Réponse de le 18/11/2016 à 16:09 :
EXAT???40%DES ENTREPRISES FRANCAISE SONT EN ALLEMAGNE???
a écrit le 18/11/2016 à 13:09 :
cette colere qui monte
est une demande au reponsable
de dire non a la mondialisation vu des usa et de ses vassaux
comme mme Merkel et autre vendu comme sarko ou hollande
qui ont detruit nombre d'emploi
ou brade des fleurons de l'industrie
juppe Thomson 1 franc symbolique
hollande Alstom sarko lui a vendu contre la loi avec l'aide de coppe
gdf et la tentative avorte des routes nationale
a j'avais oublie fillon et le desastre moulinex
a écrit le 18/11/2016 à 12:15 :
C'est une excellente analyse merci beaucoup.

"Dites leur tout d'abord que vous vous battrez pour une Europe protectrice, défendant son modèle social et environnemental face au reste du monde, et non pour cette Europe perçue aujourd'hui comme le cheval de Troie du capitalisme sauvage."

Non nous avons largement passé le stade des annonces, c'est pas le dire qu'il faut c'est le faire parce que nos politiciens ne font que défendre les intérêts des actionnaires et de leurs multinationales au détriment des administrés.

Vous avez entièrement raison de tirer la sonnette d'alarme mais de leurs salons parisiens, comme vous dites, ils n'entendent rien et c'est tellement confortable...

Mais merci quand même et au moins vous pourrez dire que contrairement à vos collègues complètement compromis vous vous l'aviez dit.

Même si quand les fachos passeront au pouvoir aucun d'entre eux ne sera capable de se remettre en questions ils diront comme à chaque fois que les français veulent de l'autorité et de la fermeté, des larmes et du sang, qu'il faut donc leur en donner toujours plus.

Les partis politiques professionnels nous démontrent les limites du langage qu'ils ont complètement tordus à leur service menant la société à sa perte.

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