Chômage en France : l'effet de la population active

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, comprendre le taux de chômage avec l'évolution de la population active.

A 10,2% au 3ème trimestre, le taux de chômage en France métropolitaine est au plus haut depuis 1997. Ce chiffre a été abondamment commenté, mais toujours sous le même angle, celui de la progression du nombre de chômeurs qui frôle désormais les 3 millions, un chiffre en hausse de 75.000 personnes sur le trimestre précédent. Il manque pourtant un élément fondamental à l'analyse : l'évolution de la population active. Car le chômage n'est rien d'autre qu'un résidu entre la population active et l'emploi. Population active que l'on retrouve une seconde fois au dénominateur du taux de chômage. Population active qui, de fait, constitue de loin la première source de volatilité du ratio. Or cette variable décisive est systématiquement passée sous silence... c'est ce que j'appelle l'angle mort du commentaire du taux de chômage !

La population active est une variable

Pour bien comprendre la mécanique à l'œuvre il faut partir de tout en haut, c'est-à-dire de la répartition de la population française. Une population qui se scinde en deux catégories bien distinctes. D'abord celle des actifs, c'est-à-dire les personnes en âge de travailler (par convention les 15 - 64 ans) qui occupent soit un emploi ou sont activement à la recherche d'un emploi (autrement dit la population au chômage, les candidats sincères à l'embauche). Il y a ensuite les inactifs, naturellement tous ceux qui sont en dehors de la borne des 15 - 64 ans, ainsi que les étudiants non-salariés, les chômeurs en formation, les chômeurs découragés, les personnes en congé de longue maladie, et bien entendu les hommes et femmes au foyer.

Et contrairement à ce que l'on croit, la population active est une variable qui bouge, qui bouge même beaucoup et par à coups. D'autant qu'il s'agit d'une enquête par sondage, comportant un aléa non négligeable. Son interprétation est donc complexe. Pour schématiser, plusieurs forces sont capables de la faire dévier. D'abord des forces structurelles mais non nécessairement stables :

  • 1/ les flux démographiques liés aux variations des soldes naturels et migratoires.
  • 2/ les modifications de la législation avec notamment les changements de l'âge du départ à la retraite.

Depuis 2010 la réforme des retraites joue à la hausse. Et enfin, les effets sociologiques : la féminisation de l'emploi dans les années 60-70... et aujourd'hui, les modalités d'insertion des étudiants sur le marché du travail qui sortent le plus souvent du viseur de la statistique. Et puis il y a la très forte volatilité infra-annuelle qui résulte de ce que l'on appelle une recherche active d'emploi : avoir recherché un emploi durant la semaine précédant l'enquête... est par nature très fluctuant en fonction de la façon dont les chômeurs perçoivent leurs chances d'insertion.

On ne détruit pas d'emploi !

Si le chiffre de 10,2% est commenté tout comme celui des 75.000 chômeurs supplémentaires entre le T2 et T3, alors il faut aussi mettre en parallèle le gonflement de la population active : 173.000 actifs en plus et la différence entre les deux, c'est-à-dire l'emploi qui est en hausse de près de 100.000.

Un mot, pour prendre la mesure de la contribution de la population active à la variation du taux de chômage au trimestre dernier : si la population active était restée inchangée, le chômage aurait diminué de 98.000 et son taux aurait baissé de 0,3 point pour s'établir à 9,7% ! Et depuis le début du quinquennat, si le taux de chômage est monté de 0,9 point recouvrant une hausse du nombre de chômeurs de près de 300.000, dans le même temps, la population active s'est enrichie de 371.000 personnes supplémentaires. C'est donc une erreur de diagnostic d'affirmer que l'on a détruit des emplois sur la période. Le bon diagnostic c'est que l'on en créé pas assez pour absorber la croissance de notre population active qui est l'une des plus dynamiques d'Europe.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 08/01/2016 à 13:36 :
Ce que l'on considère comme du chomage est en fait du temps de travail libéré par les gains de productivité que permet l'usage de l'énergie.
a écrit le 06/01/2016 à 13:02 :
C'est bien pour cela qu'il faut arrêter notre politique nataliste qui consiste subventionner des bébés pour créer des chômeurs.
Comme cela, on paierait moins d'impôts.
Mais qui va oser ? C'est comme toucher aux subventions des agriculteurs....
a écrit le 06/01/2016 à 12:38 :
autre petit paradoxe amusant : le taux de chômage des jeunes - la durée de formation scolaire et universitaire augmente et c'est une bonne chose mais cela trouble aussi les "statistiques" - à titre d'exemple extrême, le jour où il ne restera qu'un seul jeune non étudiant, il sera sans doute au chômage, et alors le taux de chômage des jeunes sera de... 100 %
a écrit le 06/01/2016 à 12:03 :
Bah finalement puisque si on avait gardé une base constante on aurait baissé le chomage de 0.3% il faut leur demander de quoi ils se plaignent qu'ils arretent de geindre et qu'ils sont des faux chomeurs si je comprends bien l'analyste? GAG!
Car le deuxième angle mort de cette analyste est de croire que la masse de travail aurait été la même si on avait eu la même population active. Ce qui ne semble pas du tout démontré dans l'analyse... Bien Cdt, meilleurs voeux de réduction du chomage en 2016
a écrit le 06/01/2016 à 11:42 :
Merci pour cet éclairage !
a écrit le 06/01/2016 à 10:44 :
Si le nombre de population active est fluctuante, le nombre de création d'emploi ne l'est pas moins.Son rythme est certainement différent.il serait intéressant de connaitre les différents facteurs déterminant la qualité de ces créations.

Article très intéressant.

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