Complémentaires santé et numérique : un bouleversement de notre modèle social ?

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La ministre des affaires sociales, Marisol Touraine, défend l'extension de la complémentaire santé à tous les salariés
La ministre des affaires sociales, Marisol Touraine, défend l'extension de la complémentaire santé à tous les salariés (Crédits : Reuters)
La complémentaire santé pour tous les salariés, prévue pour le premier janvier 2016, n'est qu'un des facteurs de bouleversement du modèle français d'assurance complémentaire. Par Patrice Cristofini, european executive VP secteur santé de Huawei, Président d'Honneur de l' AFTIM et Jacques Marceau, président d'Aromates, fondateur des Assises de l'Innovation Thérapeutique

La révolution digitale en marche n'épargnera pas un secteur de la santé jusqu'à présent très préservé des grandes transformations économiques, tant par sa parfaite maîtrise des mécanismes de protection de la propriété industrielle que par le jeu de puissants mécanismes nationaux de régulation.

Autant de barrières à l'entrée qui l'ont, et jusqu'à présent, mis à l'abri des ruptures observées dans les autres secteurs de l'économie. Aussi, ceux qui continueront de penser que la santé n'est pas un domaine comme les autres, et donc difficilement remis en question par un modèle innovant, en seront, et de toute évidence, rapidement pour leurs frais. Force est cependant de constater que les freins à « l'ubérisation » du secteur de la santé n'ont pas trop mal fonctionné jusqu'à présent et ont permis à ses acteurs de se préparer « au grand saut » en repensant tant l'organisation de la prévention et des soins que leur financement.

Le changement du risque

C'est ainsi que les financeurs complémentaires de l'assurance de personnes et de la santé, comme les mutuelles, les instituts de prévoyance, les assureurs ou les sociétés d'assurance mutuelle, se sont tous engagés dans une réflexion et ont parfois déjà mis en œuvre la refonte de modèles dont les fondamentaux sont aujourd'hui remis en question. En effet, et c'est sans doute le premier facteur de changement (qui au passage n'a rien de numérique) : la nature même du risque a évolué avec la prévalence des maladies chroniques et le vieillissement de la population d'une part, et le renchérissement sensible des nouveaux traitements et plus généralement du progrès thérapeutique d'autre part. En d'autres termes, plus de malades et qui coûteront plus cher.

L'arrivée du big data

Dans le même temps, les systèmes et les outils de la « gestion » du risque se modernisent, notamment grâce aux technologies du big data qui sont sur le point de transformer son actuelle approche statistique en une approche prédictive qui ne manquera pas d'avoir des conséquences sur les principes de répartition et de solidarité.
Ces financeurs gestionnaires du risque pourraient donc bien être amenés, à la faveur de ces mutations et du développement des technologies numériques connectées, à se muer en gestionnaires de la bonne santé de leurs assurés.

Le fameux passage du curatif au préventif, du « cure » au « care ». Devenir celui qui accompagne non plus seulement le parcours de soins , mais le parcours de santé de toute une vie.
Ils y sont d'ailleurs d'ores-et-déjà poussés par la part croissante du collectif en complémentaire, sur-complémentaire et supplétif, à la faveur de la mise en œuvre de l'ANI(1) qui va permettre de catalyser la construction de réponses intégrées, nouvelle génération de médecine au travail, comme l'offre « Entreprise Territoire de Santé » du groupe Malakoff Médéric. Des offres qui nécessiteront une parfaite maîtrise des données et de leurs usages sécurisés. Mais aussi de nouveaux modèles économiques qui pourront émerger d'une redéfinition de la part des complémentaires et du reste à charge pour le citoyen assuré social.

 Les effets positifs de changements de comportements

Cette partie de « sur-complémentaire » pourrait en effet constituer la réponse au financement de l'innovation digitale et des nouveaux services connectés proposés aux adhérents. Tout cela en contrôlant une possible augmentation des coûts de l'enveloppe globale de l'assurance proprement dite au profit de services digitaux dans une nouvelle répartition. A contrario, ces coûts supplémentaires devraient être contrebalancés par les effets positifs de cette nouvelle capacité à éduquer et à assurer un suivi personnalisé notamment auprès des malades chroniques et des personnes âgées.

A moyen terme le renforcement du rôle des plateformes de services, à l'instar de ce que proposent déjà les TPA - Third Party Administrator (2) dans certains pays, sera sans doute déterminante pour permettre une réduction des coûts tout en maintenant un niveau de garanties et de qualité élevés, tant pour les entreprises que les citoyens dans l'assurance de personnes.
Ainsi transformées, les complémentaires santé seront parfaitement positionnées pour apporter à leurs adhérents et aux entreprises, bien plus que le simple remboursement de soins, une palette infinie de services au bénéfice de la santé humaine et du progrès social.


(1) ANI (Accord National Interprofessionnel) : loi relative à la généralisation de la complémentaire santé.
(2) Les TPA, Third Party Administrator sont des instances tierces missionnées pour assurer la gestion des assurances de salariés

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