COP 21 Beaucoup de symboles, et après ?

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Bjorn Lomborg devant l'Arbre à vent: il faudra 89 années pour compenser le coût de l'investissement
Bjorn Lomborg devant l'Arbre à vent: il faudra 89 années pour compenser le coût de l'investissement (Crédits : DR)
La COP 21 s'attache à des symboles, derrière lesquels il n'y a rien: vouloir finalement limiter la hausse des températures à 1,5 degré, alors qu'aucun moyen réel n'est prévu pour atteindre l'objectif de 2 degrés... Par Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School. Bjorn Lomborg commente chaque jour l'actualité de la COP21 pour La Tribune

Devant le site du Bourget où se déroule la conférence Paris Climat 2015 (COP21), les organisateurs ont érigé des « Arbres à Vent » qui produisent de l'électricité en utilisant la force de la brise. Cette initiative résume exactement les travers de cette conférence.

Cet arbre qui coûte environ 25 000 euros produira seulement 3 500 kWh par an. Avec un prix de production de 7 centimes d'euros par an, il faudra 89 années pour compenser le coût de l'investissement. En d'autres termes, ce système est 300% plus onéreux que les structures éoliennes classiques dont on sait qu'elles sont encore à ce jour dépendantes des subventions.

 Concours de symboles

La COP21 tourne au concours de symboles: il s'agit de se donner une bonne conscience en dépensant beaucoup d'argent, mais sans accomplir grand-chose.

Cette semaine, le cynisme a atteint de nouveaux sommets lorsque Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Change Climatique, a signé une déclaration initiée par les Philippines et d'autres gouvernements stipulant que la hausse des températures devrait être limitée à 1.5°C, au lieu des 2°C dont il a été beaucoup question ces derniers temps. La France a approuvé l'idée. Les journalistes environnementaux ont annoncé cette nouvelle le plus sérieusement du monde, et les activistes ont déclaré que maintenir la hausse des températures à 1.5°C était effectivement l'action "morale" à faire.

Ce cynisme affiché par chacun est stupéfiant. Déjà avec un objectif de départ pratiquement irréalisable, la première responsable du secrétariat de l'ONU pour le climat ainsi que d'autres entités qui le savent tous mieux que quiconque, prétendent croire que la planète devrait poursuivre un objectif encore plus irréaliste.

Aucune mention par le GIEC

L'objectif de 2°C est devenu la pierre angulaire des militants environnementalistes, au point que beaucoup de gens ont cru qu'il s'agissait d'une sorte de seuil critique déterminé par les scientifiques au-delà duquel la planète va se transformer en une véritable fournaise. Il semble que cette idée découle d'une publication de l'économiste William Nordhaus parue en 1977, dans laquelle il a expliqué qu'une hausse de 2°C décalerait le climat de la planète de la fourchette normale de températures pendant plusieurs centaines de milliers d'années.

Depuis, l'idée a été développée par un agenda politique, et non pas sur des études scientifiques. Cette limitation à 2°C n'est mentionnée dans aucun rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) - qui regroupe des climatologues du monde entier.

Richard Tol, un économiste spécialisé dans les questions climatiques, a analysé cet objectif dans une publication parue dans l'Energy Journal en 2007. D'après ces conclusions : « En somme, les documents officiels qui justifient l'objectif de limitation du réchauffement planétaire à 2°C à travers des politiques climatiques à long-terme présentent de sérieuses lacunes. Les méthodes sont inadéquates, le raisonnement est incomplet, les citations sélectives, et l'argumentation générale peu convaincante. Pour des gouvernements responsables, redevables à leurs populations, ce n'est pas suffisant pour prendre des décisions sur une problématique majeure. »

Un but chimérique

Mark Maslin, professeur en climatologie à l'University College de Londres, a déclaré cette semaine au Wall Street Journal que : « Cet objectif n'est ni sensé, ni rationnel dans la mesure où les modèles vous donnent un panel de possibilités, mais aucune réponse concrète ».

Cela étant, le problème fondamental de cet objectif de 2°C - et ce qui fait que les propos émis par des gens comme Mme Figueres sont hallucinants - ne réside pas dans son côté arbitraire et politique, mais plutôt dans le fait qu'il est irréalisable. Plusieurs modèles économiques l'ont démontré, et la plupart des personnes impliquées dans la science du climat l'ont compris.

Selon la publication conjointe des Professeurs David Victor de l'Université de Californie, à San Diego et Charles Kennel de l'Institut d'océanographie Scripps, parue récemment dans le journal Nature, les rares simulations économiques qui montrent que la limitation de la hausse des températures à 2°C est à peine faisable « se basent sur des hypothèses héroïques - telles qu'une coopération mondiale immédiate et une disponibilité généralisée de technologies comme les méthodes de bioénergies associées au captage et de stockage de carbone, qui à ce jour est inexistante même à l'échelle de démonstration ».

Les Professeurs Victor et Kennel plaident en faveur d'une stratégie basée sur l'observation des « signes vitaux » de la planète, plutôt que de courir après un chiffre arbitraire sur la hausse des températures. Ce serait plus pertinent.

Sauf qu'au lieu de s'engager dans cette voie plus pertinente, les figures de proue comme Mme Figueres ont choisi de poursuivre un but encore plus chimérique : limiter la hausse des températures à 1.5°C.

A l'image de l'arbre à vent

Il est inutile d'expliquer que si un objectif de 2°C est inatteignable, une limitation plus restrictive serait également inatteignable.

Les engagements annoncés par les gouvernements pour la COP21 pour la période 2016-2030 n'auront pour effet de réduire la hausse des températures que de 0.05°C (0.09°F) en 2100. Et rien que pour atteindre cette réduction de 0.05°C, le coût du traité de Paris 2015 s'élèverait à 1000 milliards d'euros par an en 2030 ; essayer d'atteindre un objectif de 1.5°C serait excessivement ruineux.

A l'image de l'Arbre à Vent, cet objectif de 1.5°C relève du symbolisme dans sa plus pure vacuité.

Traduit par Ninah Rahobisoa

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Commentaires
a écrit le 11/12/2015 à 15:35 :
L’article que vous consacrez à l'Arbre à Vent semble condamner par avance une innovation française, pourtant saluée par de nombreux prix et récompenses, uniquement parce qu’elle serait "chimérique ". Le semblant d'argumentation s’appuie sur un calcul erroné et l’auteur de l’article fait un procès d’intention à une technologie qu’il n’a pas pris la peine de comprendre ni même d’examiner, au prétexte qu’ « elle est séduisante » et que « de nombreuses bonnes fées se seraient penchées sur son berceau ».

Que je sache les ingénieurs EDF qui nous ont distingués cette année avec le prix EDF Pulse ne sont pas des fées. Pas plus que les experts de Schneider Electric qui nous ont décernés le Challenge Open Innovation 2015. Je ne crois pas que nous les aurions trompés avec une technologie « qui brasserait du vent ».

Nous n’aurions pas reçu le Premier prix du Concours National de l’Innovation du CNAM en 2014, ni le Grand Prix du concours Tremplin Essec-Senat 2015, avec un simple "rêve".

Nous n’aurions pas été labellisés FCPI par l’expert mondial des génératrices synchrones à aimant permanent, Mr Bernard Multon, qui a validé notre approche originale fondée sur la micro-électricité et la pluralité de turbines.

Nous n’aurions pas pu tromper Mme Comte Bellot de l’Académie des Sciences, spécialiste mondiale des écoulements turbulents, qui a salué la pertinence de nos choix technologiques, et qui attend impatiemment "son Arbre" pour le Musée Ampère qu’elle préside.

Nous n’aurions pas pu breveter une série d’innovations que l’auteur de l’article aurait sans doute mieux fait de consulter pour corriger son propos plutôt que de recourir à des propos aussi superficiels que dommageables à une jeune entreprise qui s’est consacrée durant 3 ans à la mise au point de ses produits.

Ainsi en effet, nous n’avons jamais prétendu par exemple que l’Arbre à Vent s’amortirait en sept ou huit ans. Le Retour sur investissement dépend tellement des conditions de vent, du pays ou de la région où il est installé, du prix du kWh référent, des aides locales à l’installation, des crédits d’impôt, etc, qu’il nous est impossible de fixer un retour sur investissement standard. En outre, si notre ambition est bien de parvenir à un ROI raisonnable pour l’Arbre à Vent, il le sera dès 2016 avec les applications que nous préparons et qui combinent avantageusement un plus petit nombre d’Aeroleafs, de sorte que la rentabilité de notre technologie ne fait déjà aucun doute. Nous regrettons que l’auteur n’ait pas travaillé ces faits, comme s'il instruisait un procès plutôt qu'informer ses lecteurs. Sans doute a-t-il préféré confondre le rendement aéro avec le rendement total de la machine pour discréditer l’ensemble des produits NewWind.

Pourquoi ce discrédit ? N’aurait-il pas été plus opportun de mettre en avant une innovation française propriétaire, qui n’a pas coûté un euro d’argent public, qui a créé une douzaine d’emplois et qui se prépare à en créer beaucoup d’autres dans le nouveau marché de la micro-électricité ?

Quoi qu’il en soit, nous sommes fiers de pouvoir présenter à la COP 21 cette solution de proximité qui propose un nouveau modèle énergétique, permettant à tout un chacun de produire sa propre électricité. Renouvelable bien sûr. À quoi nous avons ajouté une touche de beauté et d’émotion dans une volonté de participer à l’émergence des villes sensibles de demain auxquelles tout le monde aspire. Il y a de la cécité à ne pas voir ce changement de modèle énergétique car le mouvement sociétal en faveur de l’autoproduction, dans un environnement apaisé, est une réalité puissante.

C’est aussi oublier les centaines de millions de familles de par le monde qui n’ont pas accès à l’électricité. Des besoins criants que nos Aeroleafs sont capables de satisfaire sans infrastructures coûteuses ni pertes en ligne.
a écrit le 11/12/2015 à 14:25 :
Le problème c'est que l'on est sur que la température monte et qu'en conséquence le niveau des mers va monter et de que des tas de villes dont Miami et New York seront sous les eaux en 2050 sauf que l'on pense ne pas trop alarmer les populations en leur faisant croire qu'il est possible de l'empêcher
Ppur l'empêcher il faut tout de suite arrêter de brûler du charbon du gaz et du petrole en espérant que les forêts pomperont le co2 et produire notre électricité nécessaire pour remplacer ces combustibles par du nucléaire et ca les écologistes n'en veulent pas quant aux hommes politiques ils ne peuvent même pas imaginer se séparer de leurs voitures de leurs voyages en vion à l'étranger
C'est déjà foutu
a écrit le 11/12/2015 à 13:22 :
Bonjour,

le problème n'est pas tant le réalisme de limiter le réchauffement à 2°C, que le fait que les scientifiques sont incapables de fournir un scénario établissant une hausse des températures avec une fourchette suffisamment précise pour tenir cet objectif. Ainsi, le scénario RPC6, assez pessimiste (rien n'est fait pour limiter le taux de CO2), nous indique-t-il une hausse des températures de 1.4 à 3.1°C en 2100, par rapport à une moyenne 1986-2005 (soit grosso modo 2.2 à 3.9°C par rapport à 1850).

Comment peut-on, avec une telle incertitude, s'engager sur 2°C (ou toute autre valeur) ?

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