COP21 : encore une autre dernière chance ?

 |   |  810  mots
Bjorn Lomborg,  directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School
Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School (Crédits : DR)
Pendant les 11 jours de la Conférence des Nations Unies sur le climat (COP21) à Paris, Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School, chronique quotidiennement les discussions. Mais avant même que le sommet commence, ses doutes sur les engagements qui en découleront paraissent déjà justifiés...

 Si l'on ne tire pas les leçons de l'histoire, on est forcément amené à la répéter. Ici à Saint-Denis, au nord de Paris, nous avons grandement besoin de tirer des leçons de l'histoire.

Des milliers de personnes sont rassemblées ici pour le 21e sommet international sur le réchauffement climatique. Les hôtels affichent quasiment complet, les médias s'installent, et les manifestants se préparent à déclamer leurs revendications.

Tout cela parce que, selon l'Earth League et beaucoup d'autres, il s'agirait du sommet « de la dernière chance » pour prévenir une élévation dangereuse de la température moyenne de la planète. Selon le récent discours du Président français à l'ONU, il sera « trop tard » si nous ne parvenons pas à trouver un accord significatif au cours de ces prochains jours.

Un script bien connu

Il s'agit néanmoins d'un script bien connu. Je me souviens que beaucoup de gens, incluant le Secrétaire Général des Nations Unies, Lord Stern, et le Premier Ministre britannique, Gordon Brown, se sont accordés sur le fait que le sommet de Copenhague en 2009 sur le réchauffement climatique était celui « de la dernière chance » pour la planète. Gordon Brown est allé jusqu'à dire que « Si nous ne parvenons pas à un accord, aucun accord international ultérieur ne pourra à l'avenir défaire ce choix. A partir de ce moment, il sera irrémédiablement trop tard ».

Cela étant, même en 2009, Gordon Brown avait pris ce train bondé en marche bien tardivement. Les avertissements de mauvais augure sur « la dernière chance de sauver la planète » datent des premiers sommets sur le climat, 20 ans auparavant.

Le TIME Magazine titrait déjà en 2001 « Un traité de la dernière chance sur le réchauffement climatique », et selon les avertissements en 1989 du directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), la planète ferait face à un désastre écologique « semblable aux effets d'une guerre nucléaire » au tournant de ce siècle.

Avec cet alarmisme en toile de fond, ces 20 dernières années ont vu des négociateurs climatiques bien intentionnés tenter de faire la même chose répétitivement : s'accorder un traité qui aurait un impact sur la montée de la température globale sur la planète. Pour quels résultats ? 20 ans d'échec et aucun impact significatif sur le réchauffement climatique.

Le maigre apport du solaire-éolien

Ces sommets ont échoué pour la simple et bonne raison que l'énergie solaire et l'éolien sont trop coûteux pour pouvoir pallier à notre dépendance aux énergies fossiles. L'approche Copenhague-Paris nous demande de forcer la donne sur des technologies vertes immatures à travers le monde, malgré le fait qu'elles ne soient pas encore prêtes, ni compétitives. Cette approche est considérablement onéreuse et inefficiente.

Beaucoup de gens croient aujourd'hui que le solaire et l'éolien constituent déjà une source majeure d'énergie, et cela grâce aux campagnes menées par les ONG, les politiciens, et les entreprises qui ont un intérêt personnel dans les énergies vertes dans la mesure où elles bénéficient d'énormes subventions. En réalité d'après l'autorité de référence, l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), et ce malgré deux décennies de débats climatiques, nous ne tirons du solaire et de l'éolien qu'un maigre pourcentage de 0.5% de notre consommation énergétique globale. Et dans 25 ans, même avec la projection la plus optimiste qui inclut la réalisation de toutes les promesses énoncées pour la COP21, l'AIE ne prévoit qu'une légère hausse à seulement 2.4%. Cela signifie que les innovations qui permettront à la planète de se sevrer de sa dépendance aux énergies fossiles, n'ont pas encore été établies.


De beaux discours, des grandes promesses

Au lieu de s'acharner à espérer que cette approche réussira au cours du 21e siècle, les dirigeants de la planète qui se réuniront ici cette semaine devraient changer de cap et investir beaucoup plus dans la recherche et le développement des technologies énergétiques vertes. Si nous pouvons faire baisser les prix des énergies vertes de manière à ce qu'elles puissent être réellement compétitives, tout le monde s'intéresserait à la sortie des énergies fossiles.

Durant ce sommet à Paris, je ferais des rapports sur son évolution. Nous entendrons sûrement de beaux discours et de grandes promesses. Nous aurons droit aux intrigues et aux mises en scène politiques habituelles. On peut s'attendre à tout. Mais je peux d'ores et déjà vous dire une chose avec certitude : l'histoire suggère que cette « dernière chance » se déroulera malheureusement sans créer un impact réel sur la hausse de la température globale.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/11/2015 à 20:04 :
De plus en plus ridicules, erronés et superficiels les propos de Bjorn Lomborg à chaque événement sur le climat. Il ferait bien de s'informer du coût du solaire et de l'éolien et des aides réelles. Tout comme de les comparer aux réelles aides aux énergies fossiles qu'il connaît pourtant. La R&D sur le sujet, jamais on en n'a fait autant dans l'histoire de l'humanité, on peut faire plus certes mais le problème ne vient pas de là mais de lobbies, d'emplois, de bouleversements technologiques etc. Il a parfois fait de bonnes analyses mais là franchement çà n'apporte rien. Quant au bilan de COP21, s'il est insuffisant, les engagements déjà pris sont dans tous les cas positifs et mieux que rien et c'est sans doute l'une des conférences sur le sujet qui va amorcer un réel virage dans le bon sens. Mais bon il faut bien que Bjorn Lomborg fasse parler de lui même quand il n'a pas d'idée intéressante.
a écrit le 30/11/2015 à 17:58 :
Je pense que l'espèce humaine doit arrêter l'hypocrisie du "comment sauver la planète" et axer les débats sur "comment sauver l'espèce humaine".

Tel un orang-outan qui s'auto détruit, l'homme doit considérer sa propre survie. Sa survie passe par la diversité, la qualité de son milieu, la gestion des ressources...

Sans l'homme, la planète aurait toute la résilience et le temps nécessaires pour effacer les égratignures infligées et reconstruire en son temps toute forme de vie intelligente ou pas.
a écrit le 30/11/2015 à 13:01 :
...la premiere urgence sera "la désescalade rapide de la "jet-sociéty" à tous les niveaux...voyages train de vie, salaires, dechets ,carbonne , tourisme de masse... la "reinsertion du peuple" dans les campagnes insensiblement ..arrêt de toute immigration ,et mêm favoriser l'emigration..celui qui n'est pas content: DEHORS! travailler sur un ecosysteme humain de proximité... c'est à l'homme à se remettre "dans la nature" et non pas à la nature à subir des "plans " des "conferences"...et la dupilicité des politiques ...ça ne marchera pas!!!...Hollande "sauveur de l'humanité" ...Même pas en rêve!!!
a écrit le 30/11/2015 à 12:47 :
A qui le crime profite-t-il ?

Les écologistes ont déconsidéré l'écologie. Ils ne sont rien de plus qu'un groupuscule d'ultra-gauche et ils ont fait de l'écologie leur véhicule. C'est vrai, ils ont fait les intéressants et ils ont berné quantité d'électeurs ; mais c'est fini. Neuf Français sur dix, à cause d'eux et de leur cupidité, ricanent quand ils entendent parler de réchauffement climatique et de CO2. Et ce ne sont ni Hollande ni Sarkozy qui rendront un peu de noblesse à ce sujet. Comme on dit : "la politique a tuer l'écologie".
Réponse de le 30/11/2015 à 20:16 :
Pas très exacts vos propos car il y a bien une conférence sur le climat qui réunit à Paris plus de pays qu'il n'y a jamais eu dans l'histoire pour une conférence mondiale. Elle est déjà positive avec les engagements actés à ce jour. Les retombées dans la plupart des pays se constatent déjà par les orientations "politiques" prises. Rien qu'en France de nombreuses mesures ont été prises et les données chiffrées montrent des progrès. On voit clairement par ailleurs qu'un type de gouvernement peut nuire comme ce fut le cas au Canada très pollueur et qui désormais a changé avec Trudeau et prend des mesures plus favorables au climat. On voit aussi le cas en Australie où le gouvernement anti-climat conservateur de droite est contesté. Bref la politique a un rôle à jouer et les écologistes mêmes contestables comme tous ont souvent joué un rôle positif car derrière ceux qui passent dans les médias il y en a bien plus qui sont actifs notamment au plan régional et qui agissent favorablement. Et vous à votre niveau vous faîtes quoi ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :