COP21 : l'urgence est de donner un prix crédible au carbone

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Jean-Louis Chaussade, Directeur général de Suez
Jean-Louis Chaussade, Directeur général de Suez (Crédits : DR)
Plus de 150 dirigeants de grandes entreprises étaient présents au Sommet de l'Onu sur le développement durable qui vient de se tenir à New York. Pour le patron de Suez Environnement, seul le prix du carbone permettra de faciliter le passage d'une économie linéaire à une économie circulaire, respectueuse des ressources.

Il y a un an, le sommet sur le climat organisé par l'ONU à New York avait inauguré une nouvelle méthode : celle de convier la société civile à un dialogue avec les États sur le sujet du dérèglement climatique. Un an après, dans le cadre du Sommet onusien sur les objectifs du développement durable dont le changement climatique fait partie, le résultat est palpable : le constat de l'urgence de l'action face au climat est unanime. Et, lors des nombreuses conférences qui se sont déroulées à New York, il était impressionnant de constater à quel point les positions avaient gagné en maturité sur un sujet aussi complexe que celui du prix du carbone.

Il faut dire que le calendrier des négociations internationales offre une situation inédite : l'adoption des nouveaux objectifs du développement durable au moment même de la préparation de la COP21 met en lumière l'interaction entre les différents enjeux de notre temps. Le dérèglement climatique n'est pas seulement une question d'énergie ; il a également un impact sur les océans, les ressources en eau et donc sur l'alimentation, l'agriculture, la santé et les personnes en difficulté. Ces interactions induisent une nouvelle approche des politiques de développement : plus holistique, avec, à la clef, la nécessité de mettre en oeuvre des coopérations d'action entre différents acteurs, entreprises, ONG, autorités publiques. Il est clair que le temps des solutions pour le développement durable sera celui des expertises cumulées ou ne sera pas. Celles-ci, plurielles et diverses, qu'elles soient politiques, économiques, industrielles, sociales, sociétales ou associatives, contribuent au nouveau discours de la méthode pour traiter les enjeux de dimension mondiale qui se posent aux décideurs d'aujourd'hui et interrogent leurs responsabilités pour les générations qui viennent.

Impulsion, cadre et coordination

Si l'on considère la lutte contre le dérèglement climatique, jusqu'à très récemment encore, elle reposait essentiellement sur les États et sur leur engagement d'acteurs privilégiés des sommets internationaux, initiateurs des feuilles de route mondiales, émetteurs des objectifs à atteindre et ordonnateurs des normes à respecter. Ce rôle est essentiel : il est celui de l'impulsion, du cadre et de la coordination. À ce jour, plus de 60 États ont ainsi apporté leur « contribution nationale » en amont de la COP21, c'est-à-dire leurs engagements pour le climat. Cette mobilisation est porteuse d'espoir.

Mais la multiplication des enjeux et leur interconnexion a changé la donne. Depuis plusieurs années, la montée en puissance d'autres parties prenantes a créé de nouvelles perspectives pour l'efficacité collective. Sur le climat, le monde est prêt aujourd'hui à jouer une partition à plusieurs voix et, parmi cellesci, les entreprises ont su trouver leur place.

Parfois, à leur corps défendant, les grandes entreprises se sont trouvées caricaturées et souvent cataloguées dans la classe des pollueurs, peu soucieux du réchauffement climatique car enfermées dans des logiques courtermistes qui laissent peu de place à la mesure et à la correction des externalités négatives de long terme de leurs activités. La conscience mondiale sur le climat a certainement fait son oeuvre et a conduit les leaders du monde économique à intégrer l'action climatique dans leurs stratégies de long terme. Mais pas seulement. Depuis plus de dix ans maintenant, les entreprises conduisent des politiques de développement durable qui permettent la mesure rigoureuse des impacts de leurs activités, se fixent pour objectif de les réduire, travaillent à des solutions moins émettrices de GES et flèchent leurs investissements vers des technologies bas carbone.

C'est sans doute là que réside la raison de l'audience et du rôle qui leur sont accordés aujourd'hui dans les négociations en amont de la COP21 : les entreprises participent activement aux instances de décision qui préparent l'avenir de la planète, comme le Sommet qui vient de se tenir au siège de l'ONU à New-York, où plus de 150 dirigeants mondiaux se sont retrouvés pour adopter officiellement un nouveau programme de développement durable, complément des objectifs du millénaire pour le développement adoptés en 2000.

Ces instances sont nombreuses où se discute concrètement la question de l'intérêt général. Nationaux ou internationaux, les rendez-vous qui se succèdent et auxquels participe activement le monde économique sont autant de points d'étape qui font avancer en coulisse les négociations internationales. Caring for Climate, l'organisation des entreprises signataires du pacte mondial des Nations-Unies pour le climat, ou encore la Carbon Pricing Leadership Coalition de la Banque Mondiale en sont les meilleurs exemples.

Quatre problématiques majeures

Depuis le sommet onusien de septembre 2014, plusieurs initiatives ont ponctué l'année, dans l'esprit de l'Agenda positif pour le climat souhaité par la présidence française. Ainsi, au moment du Business & Climate Summit qui s'est tenu à Paris en mai 2015, l'Afep, le Cercle de l'Industrie et le Medef ont présenté un document appelé « Business proposals for COP21 » qui identifie les quatre problématiques majeures que les États et les acteurs économiques doivent résoudre ensemble par des solutions rendant possible la mise en oeuvre d'économies bas carbone.

Car l'enjeu est là : l'urgence est de donner un prix crédible au carbone. Elle a été fortement rappelée par les États et les entreprises présentes au Business Dialogue, organisé sous l'égide du ministre des Affaires étrangères et du Développement international, Laurent Fabius, et de la ministre de l'écologie, du Développement durable et de l'Énergie, Ségolène Royal, en marge du Sommet onusien, le 26 septembre dernier. Seul le prix du carbone permettra de faciliter le passage d'une économie linéaire à une économie circulaire, plus respectueuse des ressources. Le modèle qu'il nous faut défendre et promouvoir pour l'économie mondiale de demain est bien celui d'une croissance découplée de la consommation des ressources.

En tant qu'acteurs de la conciliation et non plus de la confrontation entre l'économique et l'écologique, les entreprises sont aux avant-postes de la révolution de la ressource. Ce sont nos systèmes économiques qu'il nous faut changer en nous saisissant des opportunités inédites que nous offrent, notamment, les technologies du recyclage, du réemploi ou de la réutilisation. Quel plus bel objectif en effet que de partager à l'échelle mondiale une nouvelle politique systémique de valorisation ?

Porter cet objectif, c'est la responsabilité du monde économique et, singulièrement, des acteurs industriels engagés dans les secteurs de l'eau, de l'assainissement, du traitement des déchets et de l'énergie, en coopération avec les PME et les startups et les autres acteurs de la société civile. C'est alors la responsabilité des États et des gouvernants de continuer à les entendre et parfois même de les écouter, car ils détiennent une partie de la solution.

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a écrit le 03/10/2015 à 8:27 :
Et comme les particuliers sont viscéralement contre une augmentation du prix de l'énergie, même si cela correspond à une augmentation de leur pouvoir d'achat et une amélioration de leur retraite. Bonne chance!
a écrit le 03/10/2015 à 8:07 :
Mais les industriels ne souhaitent pas une augmentation du prix de l'énergie, même si cela correspond à une réduction du cout du travail.
a écrit le 03/10/2015 à 7:56 :
En France, une partie du chomage est dû au prix trop bas de l'énergie; c'est ce qui correspond à "la rente nucléaire".
a écrit le 03/10/2015 à 7:52 :
Cours de philo de terminale : le prof nous raconte une anecdote. Des anthropologues se rendent aux fins fonds de l' Amazonie , ils rencontrent une peuplade qui n' avait jamais été en contact avec les occidentaux et la modernité. Ils leur projettent un film, on y voit des gratte-ciels , des voitures , des rues bondées, la foule...
Les indigènes n' ont reconnu que...
une poule.
Eh oui, dans ce film, il y avait, pendant un bref instant (après 2 gratte ciels, 3 voitures et 1 helicoptere qui défilent), une poule qui passait par là. Tout le reste, en dehors de la poule et des gens, était indiscernable, fouillis, bruit.

Dans l' exposé, on saisit ainsi :
déchets (gros popo du matin ?) --->eau---->Océans.
Réponse de le 03/10/2015 à 8:44 :
C'est pareil en France; quand on parle d'énergie, les Français ne voient que la pompe à essence. Merci.
a écrit le 03/10/2015 à 7:47 :
Un prix de l'énergie trop faible favorise la réduction du temps de travail; ce qu'on assimile à du chomage. Il faut trouver un point d'équilibre en augmentant le prix de l'énergie et en réduisant le cout du travail, les deux en même temps (à niveau constant)
a écrit le 03/10/2015 à 7:47 :
Un prix de l'énergie trop faible favorise la réduction du temps de travail; ce qu'on assimile à du chomage. Il faut trouver un point d'équilibre en augmentant le prix de l'énergie et en réduisant le cout du travail, les deux en même temps (à niveau constant)
a écrit le 02/10/2015 à 17:39 :
Il faut établir une relation entre le cout du travail et le prix de l'énergie. Cette relation dépend de chaque pays.
a écrit le 02/10/2015 à 17:32 :
La solution consiste à basculer la fiscalité de la production sur la consommation, c'est à dire de basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique. C'est bien ce que propose Nicolas Hulot.

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