Courage et ferveur pour la démocratie européenne !

Jusqu'ici, nous n'avons pas réussi à montrer comment mener une action politique et solidaire au niveau européen ou supranational. L'Union européenne dispose pourtant de structures appropriées. Par Jan Philipp Albrecht, député européen franco-allemand depuis 2009 pour Les Verts / Alliance Libre Européenne*.
(Crédits : AFP)

Le vote britannique pour la sortie de l'Union européenne est un retournement historique. Il montre à quel point le processus d'intégration européenne est non seulement vulnérable et mal aimé, mais également réversible. Pour ma génération, cet événement force une nouvelle prise de conscience. Ma génération est désormais celle qui est responsable de l'avenir de l'Europe et qui va être confrontée au retour de flamme de celles et ceux qui ont été ces derniers temps manipulés par la peur. Nous, les politiciens, devons reconnaître que nous n'avons pas su expliquer aux gens pourquoi les États-nations et l'économie sociale de marché tels que nous les connaissons ne nous permettent plus de répondre aux enjeux du monde globalisé et numérique d'aujourd'hui. Jusqu'ici, nous n'avons pas réussi à montrer  comment mener une action politique et solidaire au niveau européen ou supranational.

Affronter les révisionnistes et les populistes de tous bords

L'Union européenne dispose pourtant des structures appropriées, même s'il est nécessaire de les améliorer. Mais encore faut-il que nous soyons prêts à accepter un certain nombre de compromis dans de nombreux domaines de la souveraineté nationale. Car malgré toutes ces années de beaux discours sur le projet européen, le partage de souveraineté est resté lettre morte.

Comme le dit très bien le journaliste germano-iranien Nacid Kermani :

« L'Europe n'a pas trop d'ennemis. Elle a juste trop de défenseurs et d'adhérents misérables. »

Il nous revient donc de reprendre le flambeau de la démocratie européenne pour la rendre dynamique et affronter aussi bien les révisionnistes que les populistes de tous bords. Car contrairement à ce que certains prétendent, la plupart des gens ne veulent pas d'une régression dans les ténèbres du nationalisme ni la fermeture des frontières. Mon expérience me porte à croire que les Européens veulent en majorité des politiques actifs et sincères qui s'engagent pour une Europe forte, solidaire et tolérante. Ils attendent des politiques une vision, une capacité à générer un débat public européen et à faire progresser, main dans la main, les démocraties européennes. Ils ne veulent pas de technocrates et de bureaucrates décidant à porte close de nos règles de vie, souvent sous l'influence d'intérêts minoritaires. Les citoyens veulent des représentants déterminés à défendre un projet de société protégeant leurs droits et l'intérêt de tous.

L'Europe a besoin d'un Parlement européen visible

L'opacité entretenue par les représentants des gouvernements qui négocient à huis-clos a trop duré. La politique s'est toujours plus éloignée des citoyens qui ont fini par se détourner d'une Union qui les a déçus. Face à cette déception, nombreux sont les politiciens et partis nationaux qui choisissent d'accuser les institutions européennes à Bruxelles ou leurs partenaires plutôt que d'avouer leur impuissance à trouver des remèdes. À chaque fois que se présente une situation difficile, l'Europe devient le bouc-émissaire qui leur permet de sauver la face dans leur pays. Ce manège doit cesser ! Nous avons besoin d'un Parlement européen visible et qui ne reste pas emmuré semaine après semaine entre Bruxelles et Strasbourg. Un Parlement Européen qui ait droit au chapitre dans les débats et différents médias européens. Un Parlement qui mesure l'importance de son rôle et devienne la Maison de la démocratie européenne.

Beaucoup de travail reste évidemment à faire pour améliorer la perception de l'Union européenne au sein des partis et des médias trop souvent superficiels et ignorants des processus d'élaboration des lois européennes. Les débats européens restent généralement cloisonnés au sein des frontières nationales et il est très rare que des représentants d'autres pays de l'UE puissent s'exprimer ailleurs que dans leur pays. Il faut changer ces pratiques et c'est sans doute l'un des rôles des partis politiques, y compris le mien. Ceux-ci doivent prendre au sérieux leurs tâches de formation d'une volonté politique européenne et de création d'un espace de débats européens. Les prochaines échéances électorales aux Pays-Bas, en France et en Allemagne sont une occasion réelle d'enclencher une nouvelle dynamique qui aille dans ce sens.

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(*) Jan Philipp Albrecht, 33 ans, est député européen franco-allemand depuis 2009 pour Les Verts / Alliance Libre Européenne et vice-président de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures. Le documentaire «Democracy », sorti récemment en DVD, se penche sur son travail en tant que négociateur en chef du Parlement européen pour la réforme législative de la protection des données personnelles.

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Commentaires 3
à écrit le 20/07/2016 à 10:00
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Le constat est très bien, alors agissez

à écrit le 20/07/2016 à 9:48
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Plutot que d'évoquer la "peur" ou le "révisionnisme" des peuples (que viennent faire les chambre a gaz?), l'auteur évite de faire un bilan de 20 ans de gouvernance européenne qu'une vraie Democratie aurait chassé du pouvoir en toute normalité d'alter...

à écrit le 20/07/2016 à 8:34
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ll y a une erreur dans le titre de l'article : l'Europe n'est pas démocratique. Ce n'est qu'un outil pour restaurer les frontières du IIIème Reich, dont la capital sera Berlin. Ce qui change, c'est que la discrimination ethnique a été remplacée par l...

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