Croissance israélienne : quelques leçons pour la France

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, quelles leçons pour la France de l'exemple israélien?

Economie en croissance dans un climat de conflits récurrents ou chroniques. Pays de résilience après plusieurs épisodes aigus d'insécurité : Israël est une économie à part. A part aussi lorsque l'on regarde comment elle a traversé la crise de 2008, avec beaucoup moins de dommages que les autres. Je ne vais pas vous dire ici que la France des attentats doit puiser là un nouveau modèle de référence.

Mais parce qu'elle défie les idées reçues, parce qu'elle a su développer des solutions qui lui sont propres, hors de tous les bréviaires préformatés, l'économie israélienne est un cas stimulant pour penser l'exception française.

A tous ceux d'abord qui pensent qu'avec plus de 90% d'endettement public, la trajectoire du déclin est une fatalité, surtout lorsque le contexte géopolitique vient compliquer votre équation, je les invite à se pencher sur la trajectoire israélienne.

Le taux d'endettement public israélien voisinait 100% du PIB à l'issue de la première intifada fin 1993. Et encore 90% à l'issue de la seconde en 2005. Le taux d'endettement est aujourd'hui à 65%. Quant au taux de chômage, il voisine les 5-6% quand il dépassait de 4 à 5 points les niveaux français à l'aube des années 2000.

Le recul massif du poids de l'Etat

De 2002 à 2011 la dépense publique diminue de plus de 10 points son poids dans le PIB  pour atteindre un niveau 15 points inférieur à celui de la France aujourd'hui. C'est colossal. On pourrait s'attendre à une remise en cause radicale de l'Etat providence. Ce serait une mauvaise piste. Le poids des dépenses sociales est structurellement faible en Israël.

Le miracle israélien est la résultante du recul des dépenses militaires après les accords d'Oslo. Et surtout du repli de près de 6 points des dépenses générales d'administration, qui recouvre un effort de rationalisation, mais surtout un recul considérable des charges d'intérêt dans le sillage de la décrue internationale des taux. Et vous ne trouverez pas davantage une libéralisation massive de l'économie.

L'économie israélienne est piètre élève en matière de dérèglementation du marché des produits. Pire que la France même. Et est loin d'être exemplaire en termes de libéralisation du marché du travail. Bref, la décrue de l'Etat n'est pas le fruit d'une Sharonomic's et d'une Netanyahomic's. A cela près que le gouvernement a su redistribuer la manne en baisses d'impôts.

Ne vous attendez donc pas, dans le sillage de la baisse des dépenses à trouver des excédents budgétaires exemplaires. Il suffit de comparer le déficit public structurel israélien à celui de la France pour s'en rendre compte. Entre 2002 et 2008, l'économie Israélienne connaît une phase de rigueur incontestable, qui la remet sur les rails en matières de dynamique d'endettement.

Le miracle de la décrue de la dette n'en reste pas moins le fruit de la croissance. Autrement dit, Israël fait partie de ces rares pays, à l'instar de la Suède qui ont su allier rigueur et croissance. Et qui ont pu faire croire à tort à certains que l'on pouvait faire fi des multiplicateurs.

Les trois points du miracle israélien

Comment Israël est-il parvenu à ce cocktail miraculeux :

  • 1/ Parce que comme la Suède, son épisode de consolidation a été allié à une dépréciation considérable de la devise, de près de 30 % entre 2002 et 2006-2007.
  • 2/ Parce que le gouvernement a misé sur le moteur démographique en relançant l'Aliya, mais sans grand succès après 2005, et en organisant la relève  via de nombreux accords passés avec d'autres pays : Thaïlandais, Philippins, Bulgares, Turcs, Népalais, Chinois peuvent désormais signer des contrats de travail pour une durée déterminée, d'une à trois années... sans compter tout le flux mal contrôlé de demandeurs d'asile africains. Jusqu'en 2008, l'écart de croissance entre France et Israël, c'était d'abord cela. Et non un phénomène de rattrapage du PIB par habitant.
  • 3/ Reste le véritable moteur de la croissance israélienne. On n'absorbe pas une population aussi hétérogène, sans déstabiliser le marché du travail, s'il n'existe pas un véritable moteur de  création de valeur. Et Israël on le sait, c'est la start-up nation du monde. C'est 4% du PIB  en R&D. C'est la première économie de capital risque, au monde. C'est une Silicon Wadi qui compte plus de sociétés cotées au Nasdaq que toute l'Europe réunie.

Bref, le carré magique israélien c'est cela : démographie, entrepreneuriat, rationalisation de l'Etat et baisse de pression fiscale.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 28/12/2015 à 10:15 :
Votre article est dans une partie applicable en France sur 2 points fondamentaux: le poids de l'Etat Français (57,3% de dépenses publiques chez nous) et l'Euro qui nous a été imposé et non accepté, ce qu'Israël n'a pas eu à gérer notamment depuis la crise de 2008. Cela explique aussi pourquoi plus de 5.000 nouveaux juifs Français sont arrivés en 2015 en Israël outre le contexte politique purement Français.
Réponse de le 11/03/2018 à 5:35 :
Tout l'inverse : l'écrasante majorité des 5 000 juifs français émigrés en Israël en 2015 n'y sont pas allés à cause des impôts ou de la crise économique de 2008 mais vraiment à cause du contexte sociétal français.
Faut regarder la réalité en face.
a écrit le 28/12/2015 à 9:25 :
25 à 30% de la population pauvre, 35% de gamins pauvres. énormes inégalités. 40% des ménages en difficulté financière.
on peut se demander comment Israël peut être devant la France dans le rapport HDR de l'ONU... (on peut se poser la question pour d'autres pays aussi).
certains ci-dessous font référence à l'immobilier. elle vient pas essentiellement de là la croissance ? quid en Suède (ou en Irlande, UK...) ?
a écrit le 27/12/2015 à 18:13 :
J'ose croire que cet article est une aimable page de pub.... Israel, un pays artificiel au sens économique, porté par les USA et irrigué a tous les niveaux par une diaspora active, des transferts de compétence et de savoir pas très réglos. Israël n'est qu'une vitrine issue d'atrocitées commises contre les juifs mais dont la création a provoquée plus de problèmes que de solutions.
a écrit le 27/12/2015 à 9:16 :
Des qu'on parle d'Israël, peut importe le sujet, les commentaires dérivés.
"Un lion est née en Israel....les israéliens sont des voleurs, des tueurs des menteurs...."

On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif, certains en sont la preuves.

Cette semaine, Israel est rentré dans le rang des 20 pays au monde ou on vit le mieux, devant la France. Tous ces faits sont des réalités, mais continué a chercher des arguments plutot que de penser a ouvrir vos yeux.
Réponse de le 27/12/2015 à 23:28 :
Effectivement, ces hystériques ne manquent pas de nous distraire et nous désoler simultanément.
Cependant, le modèle israélien pose un certain nombre de problèmes.

Tout d'abord, le sujet de l'Economie est secondaire. Ce sur quoi Gauche et Droite s'écharpent, c'est hélas le conflit : la Gauche a pour principal discours qu'il faut être plus gentils avec les Palestiniens et suggère des concessions de paix, la Droite tient un discours classique ultrasécuritaire, et les autres sujets tiennent une importance bien moindre aux yeux de la population. C'est assez flagrant en période d'élections, mais pas seulement.

Ensuite, le modèle économique est un modèle capitaliste néolibéral type USA, ce qui pose d'ailleurs des problèmes aux immigrés Français : on considère que pour une Alya réussie, il faut y aller avant ou juste après le bac. Les probabilités d'échec sont beaucoup plus fortes pour ceux qui y vont après avoir commencé leur carrière et goûté au modèle social français.

Enfin, le pays souffre de certains maux : spéculation immobilière délirante dans les villes à forte activité comme Tel Aviv, inégalités très fortes, mobilité sociale assez faible, c'est l'envers du décor de l'Economie florissante.
a écrit le 26/12/2015 à 19:01 :
On pourrait prendre un modèle encore plus intéressant : celui du Luxembourg.
La richesse par habitant y est nettement supérieure à celle de la France, la monnaie y est la même.
On pourrait ainsi vanter les mérites de ce grand pays et sa capacité à avoir un chomage presque nul et un revenu par habitant parmi les plus élevés du monde. Et c'est notre voisin.
Bien sûr il y a quelques petites différences, mais bon ...
Réponse de le 26/12/2015 à 21:51 :
Rien a voir, le Luxembourg , c'est la captation et le détournement de la richesse des voisin. Cela durera tant que Bruxelles n'y mettra pas le holà ou que les états ne trouvent une parade a l'optimisation fiscale éhontée des multinationales.
a écrit le 26/12/2015 à 4:28 :
On pourrait rajouter un PIB par habitant qui passe de 0 à plus de 35 000 dollars en 60 ans. Soit 300 milliards au niveau national ce qui rend très relatif le poids des quelques aides extérieures. Une espérance de vie supérieure à la France quand l'Égypte voisine affiche 15 ans de moins. Un ratio de prix Nobel par habitant hors pair. Un soutien à l'innovation très effectif quand en France celui-ci est dissous par les milliers de collaborateurs grassement payés de BPI pôles de compétences et consors.
C'est d'autant plus vexant que la France a le capital requis pour être meilleur mais brûle son potentiel par le poids des charges inutiles et du copinage destructeur.
a écrit le 26/12/2015 à 1:29 :
France : 67 millions d'hab
Israel : 8,33 millions d'hab
Suède : 9,5 millions d'hab

Vous nous prenez pour des imbéciles ?
Comment pouvez vous comparez Israël avec la France ?
La France possède 8 fois plus de population qu’Israël.
L'article est foireux et incomplet dans son analyse !
a écrit le 25/12/2015 à 22:40 :
Ils ont osé in article comment ça. La France devrait donc relancer les colonies et demander un retour des subventions américaines genre Plan Marshall 2 ? Hallucinant.
Réponse de le 28/12/2015 à 10:23 :
Si seulement on baissait drastiquement les dépenses publiques championnes de l'Eurogroupe ce sera déjà bien, NON ?
a écrit le 25/12/2015 à 21:12 :
Deux facteurs passés sous silence.....
Beaucoup de noir
Pas de droit du travail pour les palestiniens
Réponse de le 26/12/2015 à 10:05 :
Votre commentaire est Inexact. Les sociétés Israélienne remplacent les palestiniens pour des raisons de sécurité par des chinois,thaïlandais. .. A votre avis pour qu'elle raisons ? De sécurité bien évidemment.
Mais d'ailleurs les palestiniens ont besoin de la société Israélienne pour vivre alors qu'ils veulent un état ?
De plus Sodastream à tente de s'implanter en Palestine, on connaît la suite Boycott = chômage pour beaucoup de palestiniens.
Réponse de le 26/12/2015 à 10:54 :
Beaucoup de noirs ? Et alors du moment qu'ils sont impliqués et travailleurs ?
Travail pour les palestiniens, je vous rappelle que les palestiniens ont le droit de Travailler en Israël, mais malheureusement la sécurité l'emporte et Israël préfère se tourner vers les chinois, thaïlandais. ..
Enfin l'exemple SODASTREAM est parfait BOYCOTT = chômage pour les palestiniens c'est ce qui s'appelle le retour du Bâton malheureusement.
a écrit le 25/12/2015 à 20:09 :
Combien de milliards de dollars sont offerts chaque année par les américains pour la défense israélienne? Depuis combien de temps ce deal dure?
Ce paramètre n'influe t'il pas positivement depuis longtemps sur la santé économique d'Israël?
Pour ce qui est des territoires occupés, de plus en plus occupés, les ressources issues de terres palestiniennes sont intégrées dans l'économie israélienne.
La croissance immobilière dans les territoires occupés gonflent l'économie palestinienne.
Et Israël devrait être un exemple pour la France?
Réponse de le 25/12/2015 à 20:40 :
Israël n'est pas un pays, c'est un colonisateur qui prend, qui vole.. En effet un pays est défini par des limites géographiques et ce n'est pas le cas d' Israël.. Sans la caution de l' Amérique, Israël n'est rien.
Réponse de le 26/12/2015 à 10:02 :
Faux. Ce sont des accords géopolitique. Tu connais le retour sur investissement ?
Exemple Israël est interdit de construire ses propres avions pour pouvoir les acheter aux Usa. Mais cela a un prix.
Les usa investissent sur Israël pour avoir un retour économique.
De plus, Israël n'est volent pas les terres mais les achètent c'est une différence.
Réponse de le 26/12/2015 à 21:58 :
Non seulement, Israël a reçu plus de 150 milliards d'aide américaine mais en plus ce pays a l’étonnant privilège de n'avoir aucun compte a rendre sur l'utilisation de ces aides financières.
Ceci sans compter les facilités uniques pour l’accès au marché US.
Elle est pas belle la vie ?

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