Demain, tous "slashers" ?

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(Crédits : DR)
Devrons nous demain cumuler les activités, devenir tous "slashers"? Par Philippe Boyer, directeur marketing et développement d’une société de services dont l’activité est centrée sur l’aménagement de la ville.

La digitalisation de l'économie n'en finit pas de bouleverser le travail. Face à cela, une nouvelle génération de travailleurs émerge. Surfant sur l'économie du partage ou collaborative, ils aspirent à choisir leurs propres trajectoires professionnelles et à prendre le pouvoir sur leurs vies.
Pas un jour sans que des pertes massives d'emplois ne soient prédites au motif que le numérique dévore le travail. Dans les faits, ce scénario prend appui sur plusieurs rapports qui évoquent que d'ici à 2050 aux Etats-Unis, 42% des emplois d'aujourd'hui pourraient être détruits. En France, 50% des emplois seraient automatisables à l'horizon 20 ans. La conséquence de ces nouvelles technologiques c'est qu'elles transforment radicalement notre rapport au travail. C'est cette réflexion qui est au cœur du dernier rapport du Conseil national du numérique, Travail emploi numérique : les nouvelles trajectoires . Outre l'idée d'un revenu de base qui a focalisé l'attention de nombre de commentateurs, ce rapport évoque pour la première fois le statut de ces nouveaux travailleurs ayant des trajectoires professionnelles hybrides. En clair, un début de reconnaissance pour la génération des « slashers».

Quand slashers rime avec entrepreneurs

En France, ces « slashers » - anglicisme dérivé du signe typographique (/) pour désigner les personnes exerçant au moins deux activités - seraient près de 4,5 millions, soit 16 % des actifs . Le plus souvent par choix, ces pluri-actifs additionnent deux, voire trois emplois. Aujourd'hui, grâce au commerce en ligne et aux plateformes collaboratives, il est facile de devenir chauffeur Uber quand on est cuisinier, pizzaiolo quand on est comptable ou encore producteur de musique quand on est journaliste.

Si la dureté du marché de l'emploi n'est pas étrangère à ce phénomène, être slasher est aussi un moyen de se révéler tant sur un plan personnel que professionnel. Le raisonnement est évident : mieux avoir plusieurs cordes à son arc et confier son avenir à plusieurs qu'à un seul. Pour ces travailleurs permanents, sorte de « workaholics » volontaires, la deuxième ou troisième activité tenant le plus souvent d'une idée personnelle qu'il devient possible de réaliser.

Grâce aux nouveaux outils numériques et à l'économie collaborative, il est facile de vivre sa passion, voire vivre de sa passion. Au final, les métiers multiples donnant la possibilité d'être un autre, de ne plus se résigner, de se révéler, bref, d'éprouver un sentiment de liberté recouvrée et de fierté du travail bien fait. Depuis Marx et ses écrits sur la société industrielle du 19ème siècle, rien n'a changé quand, dans son Introduction générale à la critique de l'économie politique, il analyse que « l'indifférence à l'égard du travail particulier correspond à une forme de société dans laquelle le genre déterminé du travail paraît fortuit et par conséquent indifférent. »

Expérimenter pour mieux s'insérer

On objectera que la pluriactivité n'existe qu'en raison du fait que les salaires sont de plus en plus faibles et les contrats de travail de plus en plus courts. Sans doute est-ce le cas pour certains slashers qui n'ont d'autre choix, pour améliorer leurs fins de mois, que de se tourner vers des plateformes collaboratives comme Foulefactory, UberPop ou Taskrabbit... Pour autant, prenons garde de ne pas nous contenter de cette vision négative qui ne voit en cette économie collaborative qu'une sorte de « freelancisation » du monde du travail aboutissant à faire travailler une armée de gens payés à la tâche et sans couverture sociale. Sans pour autant ignorer ces risques, il est au moins un argument en faveur de ces nouvelles conceptions du travail.

Une chance pour les jeunes débrouillards

Ce nouveau modèle de l'économie du partage ouvre les champs du possible en matière d'emploi. Dans un pays où les jeunes sont dramatiquement touchés par un chômage structurel et sans que les mesures prises par l'Etat ne contribuent vraiment à leur mettre le pied à l'étrier, cette transformation digitale qui permet de se créer une activité rebat en profondeur les cartes des inégalités sociales. Cette économie du partage est une chance pour ces jeunes qui ne peuvent pas se prévaloir d'un diplôme ou de stages.

Pour une fois, et pour peu que l'on soit débrouillard, curieux et entrepreneur, comme c'est souvent le cas pour ceux issus des banlieues, il devient possible de s'imaginer un avenir. Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain au motif que cette forme de précarisation du monde du travail amenée par l'économie du partage ne conduirait qu'à créer un « netariat », nouvelle forme de prolétariat et forcément très éloigné du sacro-saint CDI avec tous ses avantages. Puisqu'il est désormais évident que le travail de demain ne ressemblera pas à celui que nous connaissons, offrons une meilleure reconnaissance légale à ces nouveaux travailleurs, ces slashers et autres entrepreneurs qui ne se résignent pas et qui utilisent ces plateformes collaboratives car au-delà d'un statut professionnel c'est aussi une porte ouverte vers une meilleure intégration sociale et une mobilité professionnelle ultérieure.

Gageons que ces enjeux figureront au cœur du projet de loi NOE (Nouvelles Opportunités Economiques) qu'Emmanuel Macron présentera dans les prochains jours en Conseil des ministres et que ce texte tiendra toutes ses promesses en reconnaissant que la transformation économique liée au numérique et à l'innovation est une opportunité pour tous dès lors que chacun puisse trouver sa place dans cette transformation.

Philippe BOYER est l'auteur du livre : Ville connectée = vies transformées Notre prochaine utopie ? Editions Kawa. philippeboyer.strikingly.com Twitter : @Boyer_Ph

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Commentaires
a écrit le 22/01/2016 à 14:38 :
Le marketing fait partie des métiers qui sont inutiles à la société des hommes et des femmes, tout comme la publicité, les DRH, les banquiers, la mode.. J'ai plus de respect pour ceux qui font des choses utiles comme les artisans, les ouvriers, les ingénieurs, les découvreurs de génie, les artistes.. Les autres ne sont que futilités...
Réponse de le 29/01/2016 à 10:36 :
C'est bien pour cela que la France va mal. On a d'excellents ingénieurs mais qui sont piètres en marketing et en vente. Le meilleur produit du monde n'existe pas si personne ne l'achète et dans ce cas l'ingénieur qui l'a créé a donc fait beaucoup de travail inutile. Le marketing comme disait Friedmann, c'est du vent mais du vent qui fait tourner les moulins (et les usines avec tous leurs salariés !)
Pour ma part, j'ai beaucoup de respect pour les génies du marketing comme Steve Jobs qui sans être technicien émérite a créé la plus grosse entreprise technologique qui ait jamais existé.
a écrit le 22/01/2016 à 14:00 :
les experts en papier .... toilettes !
ils pensent que le modelé d'un cadre sup de 30 ans multi casquette ayant du temps libre et de l'argent peut servir de modelé à toute la population.
tous le monde ne peut pas avoir 2 ou 3 job . ils ne prennent pas en compte la logistique ,les déplacement, le cout de mise en place, les pertes de temps et de formation , les risques de sécurité , l'épuisement général de la personne et le gain presque nul .
tous le monde ferait un peu de tous au quatre coin de la France mais très très mal, juste pour faire plaisir à 12 idéalistes incompétent qui ne connaissent rien au monde du travail et au travail bien fait
a écrit le 22/01/2016 à 12:16 :
C'est beau sur le papier, mais il est très difficile d'en vivre et pratiquement impossible d'obtenir un crédit immobilier digne de ce nom.

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