Départementales : ne pas céder aux sirènes du poujadisme

Par Bernard Cohen-Hadad  |   |  1097  mots
Même si le débat politique en vue de ces élections est loin d'être satisfaisant, les patrons de PME ne peuvent s'en désintéresser. Aux élus, aussi, de leur tendre la main. Par Bernard Cohen-Hadad, président du think tank Etienne Marcel

Les 22 et 29 mars, les élections départementales se dérouleront dans 2054 cantons et il n'est pas nécessaire d'être un grand clerc pour prédire que le parti socialiste subira un revers historique. La droite (UMP-UDI-Divers droite) remportera la majorité des départements et des présidences. Mais les grands vainqueurs de ces premières élections seront le parti de l'abstention et le Front national. Alors que nous sommes en pleine crise de confiance, on peut se demander si le seul moyen pour les français d'être entendus c'est de jouer avec le feu. En effet, rôle des départements n'est pas anodin en matière économique ou sociale.

Le vote obligatoire, une fausse bonne idée

Aux élections cantonales 2011, le taux d'abstention a été de 55%. La proposition d'une minorité de parlementaires de mettre en place le vote obligatoire est une fausse bonne idée. On n'oblige pas les citoyens à s'exprimer lorsque l'on n'est pas capable de trouver des solutions à leurs problèmes voire de les écouter. Si voter est une liberté démocratique encore faut-il se sentir impliqué. Notre vie politique tourne autour d'une élection présidentielle. Et le reste est quantité négligeable. Les particuliers et les PME ont le sentiment que la classe politique est plus préoccupée de son renouvèlement que de répondre aux attentes des populations dans les territoires. Les sujets en suspens sont toujours là, le chômage, l'insécurité, l'immigration, les fondamentalismes, la fiscalité, les charges sur les PME, les retraites, le logement, l'éducation, le respect des valeurs qui font de la France un pays de libertés.

Le spectacle de la machine à perdre

Faire en permanence des promesses sans jamais les tenir, multiplier les querelles de personnes, ne pas savoir affirmer nos valeurs ou faire croire que tout va bien alors que certains vivent sous le seuil de pauvreté conduisent naturellement une partie des français vers le Front national. Le ras-le-bol est bien là. Le spectacle de la machine à perdre est édifiant. Le tacle de Jean-Marc Ayrault à l'endroit de Manuel Valls où les désaccords partisans sur le projet de loi Macron montrent des préoccupations qui ne sont pas les nôtres. Nous n'avons pas peur mais nous sommes blessés par ces attitudes qui font que notre vie politique tourne autour d'affaires, du pousse toi que je m'y mette, d'un Congrès ou d'une élection suprême.

L'extrémisme ne résoudra rien

Alors, pour certains, voter c'est donner un coup de balai. C'est un leurre. La montée de l'extrémisme de droite ne réglera pas nos problèmes. Les solutions simples dans un monde compliqué sont une imposture. La banalisation de ce mouvement et des courants de pensée qui l'animent conduisent à la division et non pas à l'union. Le repli sur soi, n'apporte que des mauvaises réponses dans un monde de plus en plus ouvert. Face la mondialisation des échanges, c'est une machine à perdre. L'isolationnisme ne répond pas aux enjeux économiques, aux défis sociaux ni aux évolutions culturelles. Demain, le Front national, qui n'avait qu'un élu, va entrer en force dans les conseils départementaux et devenir l'arbitre de certaines élections. Et l'action qui sera menée touchera autre chose que le choix d'un repas dans une cantine scolaire ou le nom d'une rue.

De premières élections départementales en prise avec les territoires

Soyons constructifs, ces premières élections départementales sont en prise avec les territoires. Elles ont pour but d'améliorer la représentativité des citoyens, rééquilibrer les rapports entre les villes, les territoires ruraux et les zones de montagne. A force de décrédibiliser la politique des petits pas on est en train de passer à côté du changement. En l'absence de majorités unies sur un programme local, il n'y aura pas de dynamique économique dans les territoires. Le rôle des départements est important dans le domaine des écoles et des collèges. Ils gèrent ces structures. Ils ont la main également sur les installations sportives, leur construction et leur entretien. L'accessibilité, aux personnes à mobilité réduite, des bâtiments leur échoit. Les transports sont aussi concernés.

Les élus doivent tendre la main aux patrons de PME

Les PME ne peuvent pas se désintéresser de ces chantiers qui sont autour d'elles. Et auxquels elles doivent avoir prioritairement accès. Et chacun sait que sans développement des PME dans les territoires il n'y aura pas de reprise de l'emploi. Oui, le département est à l'échelle des entreprises patrimoniales encore faut-il que les élus leur tendent concrètement la main. Les départements doivent également se tourner vers l'amélioration de leur facture énergétique et les PME locales peuvent y trouver des débouchés.

Privilégier l'économie locale, loin du repli sur soi

Privilégier l'économie locale, ce n'est pas se replier sur soi, c'est jouer la proximité, favoriser la sauvegarde des PME, encourager le développement des entreprises existantes, susciter la création et la transmission des entreprises, développer la mobilité des PME. Les départements disposent aussi de subventions et de fonds d'aides publics. L'enjeu est de profiter de cette réforme pour mettre fin au clientélisme et saupoudrage qui ne mène à rien. Il convient également de travailler sur les délais de paiements des collectivités territoriales et sur l'accès des PME à ces marchés publics locaux.

Le département,  structure idéale pour tester des solutions

Le département est aussi la structure idéale pour tester des solutions de Small business act. Parce que la crise est toujours là, le social ne doit pas non plus être absent des actions. Il faut renforcer les passerelles entre les entreprises marchandes, les entreprises sociales et solidaires et les associations d'insertion. Pour l'emploi départemental, cette querelle artificielle n'a plus lieu d'être. C'est pourquoi, il reste à donner une vraie impulsion à l'insertion par l'activité économique en sortant du déterminisme de l'échec. Pendant cette campagne électorale, le Front national a été au centre de l'animation médiatique. Cette focalisation a produit un débat d'idées tronqué. Il n'aura pas permis aux PME faire valoir leurs idées, de participer aux programmes des partis, de les discuter ni de les nourrir en propositions. Avant le vote les espoirs sont déjà déçus et pourtant les attentes sont toujours aussi fortes. Et les sirènes du poujadisme n'y changeront rien.


Bernard COHEN-HADAD
Président du think tank Etienne Marcel