Désintégrer l'Europe

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Michel Santi
Michel Santi (Crédits : DR)
L'Europe des "quatre libertés" est un univers schizophrène qui exige une liberté totale du secteur privé encouragé à s'enrichir, tandis qu'une rigidité grandissante paralyse un secteur public incapable de redistribuer. Par Michel Santi, économiste*

Les fondements de l'Europe ont été édifiés sur le fameux principe des quatre libertés. Les capitaux, les biens, les services et le travail sont en effet censés se déplacer sans restriction aucune au sein de cette Europe mercantile. La compétition sans limite allant de pair avec le contrôle a minima du secteur privé étant supposés - selon cette imparable logique néo libérale - induire un état d'équilibre et de stabilité économiques.

L'Europe fut effectivement bâtie sur la doctrine selon laquelle, du fait de leur efficience absolue, les marchés font se mouvoir capitaux et travail vers les régions les plus productives. Cette infaillibilité des marchés ayant pour conséquence inéluctable que les biens et les services se vendent naturellement le mieux et au meilleur prix au sein des zones les plus aisées. Les quatre libertés font donc fi des bulles spéculatives, des effets déstabilisants des flux de capitaux prédateurs, des prises de risques excessives du système bancaire : autant d'aberrations et de spirales ayant affecté l'Europe de ces dix dernières années et qu'il est difficile de classer au tableau de chasse de l'équilibre de marchés prescients et efficients...

Entre liberté absolue du privé et rigidité croissante du public

En attendant, l'impérium néo-classique, qui règne toujours en maître absolu sur l'Europe et qui exige l'arbitrage ininterrompu du marché, rejette d'un revers de main dédaigneux et méprisant l'effet stabilisateur que pourrait avoir l'État sur cette jungle légale instaurée et promue ardemment par la technocratie. Nous nous retrouvons donc de facto dans un univers schizophrène qui exige une liberté totale du secteur privé encouragé à s'enrichir, tandis qu'une rigidité grandissante paralyse un secteur public désormais incapable de redistribuer car obligé de dépenser, d'emprunter et de taxer moins.

Cette asymétrie éhontée qui érige marché et secteur privé en guides suprêmes et qui relègue l'Etat au rang des antiquités aboutit à une polarisation extrême des richesses et des ressources au sein du continent. Ces quatre libertés créent donc des monstres de prospérité comme l'Allemagne, nécessairement aux dépens de victimes sacrificielles comme la Grèce. En somme, l'Union et tout particulièrement la zone euro a soit trop de liberté... soit pas assez ! Comme l'Allemagne refuse les transferts automatiques à même de soulager les nations en déséquilibre, et comme il n'est certainement pas à l'ordre du jour de créer l'union fiscale, cette Europe devra donc se désintégrer dans l'intérêt vital de certains pays en voie de ghettoïsation. En tout état de cause, la désintégration est préférable au statu quo.

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*Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 23/08/2016 à 18:50 :
« Cette asymétrie éhontée qui érige marché et secteur privé en guides suprêmes et qui relègue l' ÉTAT au rang des antiquités aboutit à une polarisation extrême des richesses et des ressources au sein du continent.  »
Heureusement que La Tribune fait preuve d'intelligence et de responsabilité en donnant la parole à ceux qui ne sont pas contaminés par la pensée unique, véritable terrorisme intellectuel et père de tous les terrorismes.
L' Europe n'existe pas et est condamnée comme le capitalisme ou royauté factice du consommateur. C'est un modèle qui ne marche pas et qui condamne la planète à court terme.
Les riches doivent être mis au pas : leur égoïsme est infernal et les élites sont dévoyées.
Le libéralisme a des vertus mais il faut plus de solidarité pour l'équilibrer. Le remplacement des cotisations sociales- ou système du chacun pour soi – par la TVA et l'indexation de la masse salariale sur 50 % de la valeur ajoutée empêcheraient l'irresponsabilité du consommateur, de vouloir le beurre et l'argent du beurre.
Notre société crève d'excès de concurrence et surtout de concurrences déloyales comme cette mondialisation : alors que nous manquons de demande globale on continue à faire une politique de l'offre, concurrence excessive oblige !
a écrit le 04/08/2016 à 15:28 :
Ben, l'UE est déjà morte, le néolibéralisme et l'Allemagne l'ont tuée. alors, sa décomposition (désintégration si vous voulez) a forcément commencé
a écrit le 20/07/2016 à 11:48 :
Ces 4 libertés n'ont pas de lien entre elles. L'UE en tant que personne ou entité n'existe pas. Ce qui existe ce sont des traités entre états souverains dont on a d'ailleurs intérêt à bien circonscrire les sujets. La circulation des personnes ne doit pas être dans le même traité que la circulation des biens, le fonctionnement d'une monnaie supranationale comme l'euro doit faire l'objet d'un traité à part, etc...Chaque état doit être libre de signer ou non chacun des traités.
a écrit le 20/07/2016 à 8:16 :
Comme il y a de l'information, il y a de la non information ou mieux des informations qui n'en sont pas. Tous les secteurs comme les armée, la police, les services juridiques le service de santé, les transports publics toutes les infrastructures sont publiques ce qui veut dire que c'est le bon vieux système communiste qui s'applique pour la détermination du prix. En plus, les autres secteurs de l'économie sont tellement régulés comme l'agriculture qui vit de subventions ou la culture qui vit des contribuables ou tous les autres secteurs où le coût d'un employé est si élevé le double de la rémunération qu'il touche en Pologne qui est dans l'Europe, qu'il vaut mieux engager un robot. Sans oublier les taxes qui provoquent des déviances de la concurrence. En effet, le Polonais gagne en service 600 euros alors que le net en France est plus ou moins le double soit 11oo euros, ce qui fausse la concurrence et permet de dire que l'on est dans tout sauf une économie libérale où le marché des prix est corrompu ou vicié par les interférences étatiques. Comme votre produit service il est renchéri de 20% par la tva, donc ce que ce Monsieur nous dit est faux.
a écrit le 19/07/2016 à 23:26 :
L'impérium néoclassique en toile de fonds n'est qu'un baratin pour endormir les opinions. Ce matérialisme mécanisé réussit à imposer son hégémonie mais en révoltant de plus en plus d'individus reclus dans d'incontrôlables aspirations vers quelqu'autre civilisation jusqu'à celle celle du djiadisme ? Quelles valeurs fondamentales veulent les diverses Nations d'Europe ? A défaut, comment un simple foirail d'antagonismes mercantiles répondrait-il à cette interrogation irrépressible ? La désintégration de l'Europe n'est que la désintégration d'un mythe.
a écrit le 19/07/2016 à 16:28 :
Mr. santi a visiblement la mémoire ultra courte: il ne souvient pas que l'Allemagne au début des années 2000 etait l'homme malade de l'Europe et pourtant les 4 libertés datent de 1957, ce qui signifie que ce ne sont pas celles-ci qui crée en elle meme les desequilibre economiques a l'inteireur de l'UE. . Il ne se souvient pas non plus que l'irlande a proppèré le jour ou elle a bénéficié de ces 4 libertés..au contraire de la Grece mentionnée, qui a vivoté des fonds structurels parti abreuvé les amis des pouvoirs ne place. Enfin et surtout, il a du mal à se rappeler que ces memes 4 libertés sont bel et bien d'application à l'interieur des Etats, independemment de tout traité Européen. Ou est ce que mr. santi propose également qu'un travailleur breton n'est pas le droit de chercher un emploi en région Paca s'il le souhaite? ou qu'une entreprise du nord pas de calais se voit discriminé lorsqu'elle cherche un marché en Alsace? Car c'est CA concretement les 4 libertés du marché intérieur.
Desintegrer l'Europe, cela revient a promouvoir concretement le retour de la discrimination sur la nationalité. S'en rend il compte Mr. santi?
Réponse de le 20/07/2016 à 17:22 :
C'est ridicule. Les mêmes cotisations sociales seront payées pour le travailleur breton ou le travailleur provençal. Ce n'est pas le cas pour le travailleur roumain détaché, qui permet à son employeur d'augmenter sa marge sur le dos du pays d'accueil.
a écrit le 18/07/2016 à 23:04 :
Le system qui relègue l état à des antiquités

Il fallait osé le dire

Jamais dans L histoire l'état n a autant siphonné les richesses
Jamais il n'y a eu autant de fonctionnaires
Jamais L état à autant contrôle et brimé le secteur privé
Jamais il n'y a eu autant de concurrence déloyale entre pays
Réponse de le 19/07/2016 à 12:11 :
C'est bien de l’affirmer, maintenant faut le prouver.

Bon courage...
Réponse de le 23/08/2016 à 13:23 :
@Pirrot
Jamais dans le monde il n'y a eu autant de précarité et de misère
Jamais les banquiers et financiers n'ont été aussi riches
On peut toujours regarder par le gros bout de la lorgnette et se contenter de ce qu'on y voit: Rien. Essayez par le petit bout et vous verrez des détails qui vous feront repenser vos "jamais". Mais il faut faire un effort et pas se contenter de la parole ou des écrits de ceux qui ont un intérêt à ce que vous relayez vos "jamais"
Réponse de le 23/08/2016 à 21:21 :
euh....l'état au service du peuple ou de l'oligarchie ploutocratique de la finance internationale.
L'analyse de MR Santi pourrait se définir en un seul mot : sabotage
a écrit le 18/07/2016 à 20:18 :
Désintégrer l'UE pour que l'Europe vive!
a écrit le 18/07/2016 à 18:06 :
"Nous nous retrouvons donc de facto dans un univers schizophrène qui exige une liberté totale du secteur privé encouragé à s'enrichir, tandis qu'une rigidité grandissante paralyse un secteur public désormais incapable de redistribuer car obligé de dépenser, d'emprunter et de taxer moins."

C'est bien souvent un réel plaisir de vous lire, merci beaucoup.
Réponse de le 18/07/2016 à 22:06 :
...oui, un plaisir, c'est toujours fort distrayant...
Réponse de le 19/07/2016 à 8:58 :
L'avantage étant que ses pseudo articles ressemblent de plus en plus a des tweets de 140 caractères et sont très rapides a lire.. Aucune explication de texte, aucun argumentaire construit.. Rien.. Juste une vague idée creuse de comptoir de bistro... En gros, du parfait travail d'amateur représentatif des idéologues du moment. Continuons avec ce genre de touristes :-)
Réponse de le 19/07/2016 à 12:08 :
"..oui, un plaisir, c'est toujours fort distrayant... "

ça ne veut rien dire, pouvez vous développer pour une fois je vous prie ?

Merci.
Réponse de le 19/07/2016 à 12:10 :
Vous savez cher pipotron, et vu votre pseudonyme vous semblez même en avoir une bonne expérience, il y a des informations qui se passent d'explication il suffit seulement de faire un effort de synthèse des éléments dont cela parle.

Un effort ? Vous voyez de quoi je veux parler ?
a écrit le 18/07/2016 à 17:52 :
La Tribune est un journal respectable, que je comprends de moins en moins. J'ai connu un journal professionnel ou on pouvait trouver des analyses sur les marches, le monde reel.
Aujourd'hui je lis de plus en plus des chroniques comme celle de Mr Michel Santi, marque au coin du sectarisme, des pre jugements, du socialisme cache.

La Tribune, le nouveau journal des socialistes ???
Réponse de le 18/07/2016 à 18:45 :
Quand un monde se fissure et menace de s’effondrer (hier le Brexit, mais n'y aurait il pas d'autre référendum avant leur sorti effective?), ils faut bien des journalistes pour le rapporter.
Vous trouvez que la Construction Européen va au mieux et nous prépare aux défis du Future (robotisation, réchauffement climatique, etc), vous? Faut il être socialiste pour voir la souffrance des Grecs, qui ont comme défaut, de ne pas savoir rester compétitif sans une monnaie à laisser filer (comme les Français et les Italiens d'ailleurs !)?
Réponse de le 18/07/2016 à 19:03 :
du socialisme caché ???

Mais les socialistes sont tous pour cette europe néolibérale là, le saviez vous ?

Ils ont voté eux aussi pour le traité de lisbonne en 2007, vous savez le même que nous avions refusé à 56% en 2005 ?

Vous êtes tous dans le même camp néolibéral, vous trompez de moins en moins de gens c'est tout.

Vous racontez n'importe quoi, le ressentiment est une très mauvaise raison pour commenter, ça se voit immédiatement.
Réponse de le 18/07/2016 à 19:26 :
Je me demande dans quel réel vous vivez, en tout cas pas le même réel que tous ces millions de chômeurs et de travailleurs pauvres de plus en plus nombreux grâce aux remèdes préconisés depuis 30 ans par ceux qui font vos fameuses analyses sur les marchés ou votre monde réel fantasmé. Vous comme ceux qui font ces "analyses" sont bien incapables de répondre à des économistes hétérodoxes comme Michel Santi, alors il reste l'invective ("socialistes) pour défendre cette théorie dominante qui n'est plus qu'une théologie. Si vous voulez retrouver vos analyses si particulières, il vous suffit d'aller lire tous les autres journaux qui n'ont au final que le titre qui diffère.
Réponse de le 19/07/2016 à 9:51 :
Cela équilibre avec les commentaires de droite qui pullulent sur Libé.
Réponse de le 19/07/2016 à 14:50 :
Un journal où s'exprime une pluralité d'opinions, c'est plutôt positif.
Sectarisme ? C'est sûr qu'à force d'entendre les autres vociférer les mêmes croyances libérales, on aurait tendance à croire que ce sont des vérités. Beaucoup de dogmatisme et d'idéologie en économie, et pas là où on pense !
a écrit le 18/07/2016 à 17:43 :
En gros, la doctrine sur laquelle l'Europe s'est construite, c'est une doctrine qui accélère et rends incontrôlable la destruction de la planète.
De plus, à chaque référendum, elle est rejeté par les peuples.
Tirons vite la chasse d'eau sur cet anachronisme.
Réponse de le 18/07/2016 à 22:04 :
L'anachronisme sur lequel il faut tirer la chasse, c'est le référendum qui entend donner une réponse binaire à des questions très compliquées. Ce qui fait que bien souvent les électeurs répondent à côté de la question posée.
Des exemples ?
1) le référendum du Brexit dont une partie significative du "leave" est venue des questions migratoires... dont l'UE, dans le cas du Royaume-Uni, n'est nullement responsable, le Royaume-Uni n'appliquant pas la politique intégrée européenne en la matière, les accords de Shengen.
2) le référendum sur le TCE où nombre d'électeurs ont voté non en pensant bloquer l'adhésion turque, alors que cette question ne figurait même pas en filigrane dans le TCE.
3) le référendum de 1969 sur la régionalisation et le Sénat transformé en référendum pour ou contre le maintien de de Gaulle
4) même dans le cas d'une question simple, le passage au quinquennat, qui n'a d'ailleurs que peu mobilisé, tout le monde s'accorde à penser que la décision prise a en fait détérioré l'équilibre des pouvoirs dans un sens plus présidentiel et qu'il aurait mieux valu conserver le septennat, éventuellement non renouvelable.
Oui le référendum est en archaïsme dont il faut se défaire, soit totalement, soit en le maintenant mais en ne lui donnant une valeur contraignante que si le oui ou le non recueillent les suffrages de la moitié des inscrits, dans le cas contraire la décision revient aux assemblées pour qu'elles prennent leurs responsabilités.
Réponse de le 19/07/2016 à 14:57 :
Ok, mais que proposez vous à la place ? Il faut remettre la décision citoyenne au centre du pouvoir, arrêter de tout déléguer à quelques personnes issues de la reproduction sociale des élites. Combien d'anciens ouvriers, d'anciens employés dans les hémicycles ?
C'est le sentiment de dépossession qui conduit à la ruine.

Moi, je propose le tirage au sort. Pas forcément intégral, on pourrait imaginer que 50 députés soient tirés au sort, et que dans chaque instance décisionnel 10% des personnes soient tirées au sort. On pourrait même massivement commencer avec le Sénat, étant donné qu'il ne décide pas réellement de ce qu'il vote, ça serait plus rassurant pour les tout le monde.
Au moins, cela permettrait d'impliquer les citoyens dans la vie collective. Soyons démocrates ou ne le soyons pas, mais cessons les mascarades (dont les référendums font partie !).

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