Dette publique : la Grèce n'est pas un cas isolé en Europe

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Dimitris Papadimoulis, vice-président du parlement européen.
Dimitris Papadimoulis, vice-président du parlement européen. (Crédits : Reuters)
La question de la restructuration de la dette grecque ne concerne pas que la Grèce. Par Dimitri Papadimoulis, vice Président du parlement européen, chef de la délégation de Syriza

Le gouvernement grec et les institutions européennes se sont mis d'accord en mai dernier sur une feuille de route destinée à traiter le problème de la dette publique afin qu'elle devienne soutenable. De plus, le FMI s'est déjà positionné en faveur d'une reduction ou d'un "reprofilage" de la dette publique et a fait pression pour l'adoption de mesures de courte et de moyen terme. Les négociations sur la dette et l'engagement à trouver une solution definitive de la part de toutes les parties étaient aussi inclus dans le protocole d'accord signé entre le gouvernement grec et ses créanciers en juillet 2015.

Les institutions pour la restructuration de la dette grecquea

Après cinq années, les institutions européennes ont finalement reconnu que le remboursement annuel de la dette devait être abaissé pour que le gouvernement grec puisse plus facilement stimuler l'investissement privé et créer un environnement financier et économique stable. La Commission européenne, par la voix du Commissaire Pierre Moscovici et le president Jean-Claude Juncker, ainsi que le directeur exécutif du MES Klaus Regling et le FMI ont tous pris position en faveur d'une restructuration de la dette, contre la position negative de l'Allemagne.

Un enjeu interne allemand

Le parti de la chancelière Angela Merkel fait pression pour repousser toute solution sur ce terrain, tentant ainsi de maintenir les équilibres internes à l'union CDU/CSU. Il s'agit de ménager les forces ultra-conservatrices qui considèrent qu'une restructuration de la dette grecque serait une invitation ouverte pour les autres Etats membres de rechercher la même solution. De plus, la CDU fait aussi face avec la pression croissante du parti d'extrême-droite populiste AFD qui a enregistré deux succès majeurs dans des élections locales.

La dette croît presque partout en Europe

Il est néanmoins vital de souligner que l'explosion de la dette publique n'est pas seulement une question grecque, mais une question plus largement européenne. De grandes économies européennes, comme l'Italie, la France et l'Espagne doivent faire face à des défis majeurs pour le repaiement de leur dette publique qui, en moyenne, pour les trois pays, attaint 109 % du PIB en 2016 en moyenne.

Les trois dimensions de la dette

La question européenne de la dette publique a trois dimensions majeures : juridique, économique et politique. La dimension juridique concerne la violation de la clause du Traité de Maastricht prévoyant une limite du ratio d'endettement à 60 % du PIB. Une part croissante des États membres de l'UE et de la zone euro, à l'exception de l'Allemagne, ne peuvent pas la respecter.  Cette clause est en contradiction avec quelques-unes des préconisations fondamentales du pacte de stabilité et de croissance, ce qui signifie qu'un équilibre entre ce pacte et le traité  qui permettrait de favoriser le développement économique et la stabilité politique doit encore être trouvé.

La dimension économique concerne le poids du remboursement d'une dette publique aussi élevée. Les taux de croissance dans la zone euro sont très bas, évoluant sous 1 % depuis 2012. La dépense publique recule de 10 à 25 % pour les Etats membres qui sont soumis à des programmes de consolidation budgétaire ou à des programmes d'austérité. Mais parallèlement, les hausses d'impôts plus nombreuses conduisent à des recettes publiques plus élevées pour faire face aux remboursements annuels de la dette.

Dimension politique

La pression de ces conditions économiques met en avant la dimension politique de la dette publique. Dans tous les Etats membres qui ont des ratios d'endettement extrêmes, on observe de l'instabilité politique (en Espagne, par exemple), un affaiblissement soudain du soutien public au gouvernement (en Italie, par exemple) ou un épuisement et une augmentations des détresses sociales (au Portugal et en Grèce, par exemple), en dépit des efforts pour maintenir un équilibre entre l'austérité et les politiques de cohésion sociale.

La Grèce n'est pas un cas isolé

La Grèce n'est pas un cas unique et les dirigeants de l'UE devrait prendre en compte la nécessité de traiter la dette publique des autres économies européennes touchées par la crise. Ce besoin croissant de réguler la dette d'une façon similaire à ce qui doit se faire dans le cas grec est particulièrement important pour les grandes économies qui peuvent mobiliser les fonds, renforcer les taux de croissance au niveau regional, calmer les marches et, ainsi, améliorer la stabilité macroéconomique de la zone euro.

Un déséquilibre en faveur de l'Allemagne

Dans ce contexte, il est inquiétant que, parmi les grandes économies de la zone euro, seule l'Allemagne soit classée dans les dix économies les plus compétitives du monde au niveau mondial selon le World Economic Forum. Les données financières prouvent que, durant les dernières années, l'économie allemande s'est développée aux dépens des autres économies européennes.

Faire face au problème de la dette publique grecque à la fin de 2016 donnera un signal positif pour une régulation du même type à d'autres pays membres. C'est ainsi que la zone euro pourra devenir un marché vraiment compétitif, en renversant les perspectives d'investissement, en améliorant les taux d'emplois et en construisant un système d'Etat providence fort et stable.

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Commentaires
a écrit le 10/10/2016 à 15:52 :
Le jour où on n'achètera plus rien aux Allemands, parce qu'on n'en aura plus les moyens, ils jetteront l'Europe comme un citron pressé.
a écrit le 10/10/2016 à 12:10 :
Analyse impeccable, merci de l'avoir retranscris, écouter des pensées autres que les messes néolibérales que l'on nous impose depuis 30 ans devient une obligation, nous ne pouvons plus nous permettre de suivre un dogme économique stérile et destructeur.

Quant à l'Allemagne, elle a profité de l'hyper faiblesse de l'union européenne et de son principale fonctionnement favorable uniquement à l'oligarchie et aux marchés financiers.

L'Europe est trop faible pour pouvoir continuer d'exister dans cet état de servitude totale et systématique envers les intérêts des plus riches

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