Energies renouvelables  : une révision qui risque de coûter cher

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La décision européenne d'éliminer l'huile de palme n'a pas été bien accueillie par la Malaisie et l'Indonésie, principaux producteurs mondiaux. Ces deux pays l'accusent d'être protectionniste et menacent de représailles. Le gouvernement français s'oppose à cette décision, en raison des dommages collatéraux que pourraient subir les industries de la Défense et de l'Aerospace, fortement exportatrices vers l'Asie du sud-est.
La décision européenne d'éliminer l'huile de palme n'a pas été bien accueillie par la Malaisie et l'Indonésie, principaux producteurs mondiaux. Ces deux pays l'accusent d'être protectionniste et menacent de représailles. Le gouvernement français s'oppose à cette décision, en raison des dommages collatéraux que pourraient subir les industries de la Défense et de l'Aerospace, fortement exportatrices vers l'Asie du sud-est. (Crédits : Reuters)
La Commission européenne a fixé un objectif d'utilisation de 10% de biocarburants d'ici 2020 dans le cadre de sa politiquement de développement des énergies renouvelables. En même temps, elle vient de bannir l'huile de palme qui reste pourtant l'huile végétale la plus productive. Cet exemple montre l'incohérence de cette politique qui va déboucher sur une accumulation de réglementations, un gaspillage de ressources et des marchés inefficaces. Par Hiroko Shimizu, Institut économique Molinari.

L'Union européenne a adopté plusieurs directives visant à promouvoir les sources d'énergie renouvelables. En 2009, la Commission a lancé la Directive énergie renouvelable (RED pour Renewable Energy Directive). L'objectif était de réduire les émissions de CO2, parvenir à un développement durable, protéger l'environnement et améliorer la santé des citoyens. Puis, en 2016, la Commission a proposé de réviser RED. L'objectif est dorénavant d'atteindre 27% d'énergie renouvelable d'ici 2030, avec notamment l'utilisation de 10% de biocarburants dans le transport d'ici 2020.

RED est actuellement en négociation à Bruxelles. Cela devrait durer jusqu'en juillet 2018. Il faut savoir que les biocarburants continuent de faire l'objet de nombreuses critiques. En particulier, ils ne permettraient pas d'atteindre leurs objectifs en termes de réductions des émissions dans le transport. En effet, afin de satisfaire une demande croissante pour les biocarburants, créée de toute pièce par les politiques européennes, il a été nécessaire d'y dédier des terres aussi bien au sein de l'UE qu'ailleurs, entraînant parfois le déboisement de certaines surfaces. Le biodiesel - produit à partir d'espèces végétales comme le colza, du soja ou le palmier à huile - représentait 81% des biocarburants au sein de l'UE. Ces changements d'affectation des sols ont aussi contribué à détourner des terres des productions alimentaires, entraînant une hausse des prix vivement critiquée.

Un cercle vicieux

En janvier 2018, le parlement européen a décidé de supprimer l'huile de palme de la directive, d'ici 2021 tout en autorisant jusqu'en 2030 la production des biocarburants à partir d'autres espèces végétales. L'argument avancé est celui des effets négatifs sur l'environnement de la production à partir du palmier à huile (déforestation et diversité). Or, ses détracteurs, qu'il s'agisse du Parlement, de Greenpeace, de Friends of the Earth, négligent systématiquement un aspect crucial du palmier à huile : il est le plus productif. Fabriquer des biocarburants à partir de l'huile de palme exige au final moins de terre et d'input. Ainsi, pour produire la même quantité d'huile à partie du soja ou du colza, il faut au moins 5 fois plus de terre et d'inputs. Eliminer l'huile de palme, c'est accentuer les effets déjà négatifs de la production de ces biocarburants en mettant la pression sur les terres agricoles et les forêts européennes. De fait, la promotion des biocarburants à travers RED est un cercle vicieux dans lequel des décisions politiques créent toutes sortes d'effets pervers qui appellent de nouvelles réglementations qui elles-mêmes suscitent d'autres effets. Résultat : une accumulation de réglementations, un gaspillage de ressources et des marchés inefficaces.

L'accusation de protectionnisme

Ce n'est pas tout. La décision européenne d'éliminer l'huile de palme n'a évidemment pas été accueillie favorablement par ses principaux producteurs que sont la Malaisie et l'Indonésie. Ces deux pays l'accusent d'être protectionniste et menacent de représailles. Ceci pourrait évidemment provoquer une guerre commerciale avec les pays d'Asie.

Cette guerre potentielle n'est pas du goût du gouvernement français qui s'oppose à l'élimination de l'huile de palme, en raison des dommages collatéraux que nos industries pourraient subir. En effet, la Défense et l'Aerospace sont des industries fortement exportatrices vers l'Asie du sud-est. On ne peut qu'applaudir ce positionnement antiprotectionniste du gouvernement.

De fait, un pays n'est jamais seulement exportateur ou importateur. Pour être l'un, il faut aussi être l'autre et cela impacte de façon significative l'économie et le niveau de vie des gens. Ainsi, l'UE est intégrée dans une chaîne d'approvisionnement mondiale. Nombre d'entreprises commerciales européennes - Airbus, Michelin, L'Oréal, Total, Mercedes Benz - entretiennent des liens étroits avec l'Asie et auront à souffrir des représailles. L'ASEAN (Association des nations de l'Asie du sud-est comprenant 10 membres dont la Malaise, l'Indonésie et la Thaïlande) représente le 3ème partenaire commercial de l'UE (après les Etats-Unis et la Chine) pour un montant de €246 milliards en 2014. L'UE est le 2ème partenaire de l'ASEAN après la Chine, soit 13% des échanges commerciaux. Plus important encore, l'UE est de loin le plus gros investisseur dans cette partie du monde, soit 22% du montant total de l'Investissements direct à l'étranger.

Des réglementations toujours plus contraignantes

Une guerre commerciale équivaut à se tirer dessus. La stratégie du "prêté pour un rendu" est un jeu sans fin qui consiste à mettre de l'huile sur le feu dans l'espoir de l'éteindre. Comme l'expliquait l'économiste français Frédérique Bastiat au 19e siècle, être protectionniste parce que d'autres pays le sont n'a pas plus de sens que de bloquer ses ports parce que d'autres pays ont des frontières terrestres.

L'UE pratique déjà plus de 12.000 tarifs sur les biens et subventionne nombre de programmes. RED est un exemple parmi d'autres de ce que la dynamique politique crée des réglementations toujours plus contraignantes et distord le marché. Plutôt que de poursuivre sur cette voie, il serait bénéfique aussi bien politiquement qu'économiquement de ne pas supprimer arbitrairement l'huile de palme de la fabrication des biocarburants. Plus encore, il est peut-être temps de se poser la question de leur bien-fondé.

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Commentaires
a écrit le 17/05/2018 à 0:23 :
Ne vous en faites pas, ceux qui tirent les ficelles (lobbistes) auront de quoi ce protéger quand la terre sera foutu. Pourquoi ne pas les juger pour avoir mis la vie de tous les êtres humains en danger sur le long terme? D'après des scientifiques, notre planète va finir comme Venus, pas très réjouissant comme vision.
a écrit le 05/04/2018 à 10:59 :
Il est vrai que la dérive constatée avec l'huile de palme doit être stoppée, que ce soit pour l'alimentation et l'impact sur la santé, mais surtout pour faire rouler des véhicules.
Quoi de plus absurde ? Si, au lieu de l’utiliser dans les véhicules, on pourrait réserver l'usage du pétrole exclusivement comme engrais pour faire pousser les biocarburants. Et la boucle sera bouclée.
Toute plaisanterie mise à part, ce n'est pas la première, ni la dernière fois, que l'on se verra dépassés par des décisions manquant d'expertise ou d’expérience. Ou bien c’est « l’effet papillon » d’Edward Lorenz ?

Plutôt que de se débattre avec de vieux concepts qui nous polluent l’existence, il est temps de passer à autre chose et notamment au véhicule électrique.
a écrit le 05/04/2018 à 9:02 :
Regardez la puissance du lobby pétrolier qui malgré une demande mondiale en baisse constante tient le cours du pétrole artificiellement haut, une matière pour qui il y a peu on organisait des conflits armés hein, c'est pas rien.

Du coup les concurrents n'ont jamais vraiment pu s'exprimer pleinement se faisant sans arrêt mettre des bâtons dans les roues. Il est évident que cet énorme retard ne se rattrapera pas en quelques mois ni même quelques années.

Mais par contre il est évident qu'il faut que nos politiciens ne soient plus corrompus par le lobby pétrolier et sachant qu'il y a quelques années un député français s'est fait ramasser parce que touchant 200000 euros par an par total pour faire du lobbyisme on ne peut que douter.
a écrit le 04/04/2018 à 19:19 :
Ca me fait penser à l'abbé de ridicule qui vous prouve par A+B que dieu existe et vous annonce que la semaine prochaine il va prouver que dieu n'existe pas.
Je penses que le besoin d'enfoncer les réglementation étatiquefait dire n'importe quoi:
Eliminer l'huile de palme, c'est accentuer les effets déjà négatifs de la production de ces biocarburants en mettant la pression sur les terres agricoles et les forêts européennes.
Franchement où est la pression? L'union européenne a imposée des jachéres pour réduire les suproductions alimentaires.
C'est bien l'idée des bio carburant que de trouver un nouveau débouché/Subvention pour nos agriculteurs afin qu'ils puissent vivre sans aides. (Ca se voyait trop)
Franchement avec les rendements actuels le problème des agriculteurs est de vendre pas de produire et on le vois à la progression des forêts en europe.
Alors après envoyer ce gain de pouvoir d'achat en ASE est effectivement contreproductif. Il va juste falloir être subtil sur la réduction des volumes car là bas aussi les agriculteurs ont besoins de vendre.
a écrit le 04/04/2018 à 18:41 :
Arrêtons aussi de boire du thé sous prétexte que l'on a déforesté lors des siècles précédents pour mettre en place ces plantations !
L'objectif maintenant est de stopper toute déforestation liée à la production d'huile de palme, de soja...(on n'en parle plus beaucoup d'ailleurs du Brésil et de la forêt amazonienne !!), de reboiser partout où cela est possible et de réintroduire de la biodiversité.
Il n'y a pas une réponse mais des réponses à fournir et cela de manière mesurée.
a écrit le 04/04/2018 à 17:31 :
Les huiles de friture européennes, elles deviennent quoi ? C'est du végétal qui a déjà servi, donc à valoriser une fois filtré. Du biocarburant.
Quand on n'aura plus du tout de carburants carbonés dans nos moteurs, ces pays producteurs vont s'inquiéter d'une perte de débouchés.
a écrit le 04/04/2018 à 17:26 :
Au-delà des avantages et inconvénients des diverses solutions, la bruxellocratie est une nuisance à supprimer le plus vite possible
Réponse de le 05/04/2018 à 10:06 :
"Une nuisance" le mot est faible.

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