Faut-il craindre le retour du protectionnisme ?

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(Crédits : JOSHUA ROBERTS)
L'économie internationale en campagne, avec le CEPII. Questions à Sébastien Jean, directeur du CEPII.

Les critiques à l'encontre du libre-échange se multiplient, le processus de mondialisation a-t-il du plomb dans l'aile ?

La perception des conséquences du commerce international a, en effet, évolué de façon négative dans les opinions publiques et les débats politiques. En Europe, les négociations du Traité transatlantique (TTIP, ou TAFTA), puis la ratification de l'accord avec le Canada ont fait l'objet de débats virulents. Dans la campagne présidentielle américaine, Donald Trump réclamait une forte augmentation de la protection douanière américaine et Hillary Clinton critiquait vivement les accords commerciaux. Dans nombre de pays émergents, également, les gouvernements semblent désormais plus préoccupés de protéger leur marché que d'ouvrir des débouchés à leurs entreprises. Le contraste est frappant avec le climat du début des années 2000, lorsque la croissance échevelée des économies émergentes y faisait voir un eldorado, dans lequel il fallait absolument prendre position. Aujourd'hui, le ralentissement du commerce mondial a inversé la perspective : les échanges sont plus souvent considérés comme un jeu à somme nulle, dans lequel il faut protéger ses entreprises, car les gains des concurrents seraient nécessairement nos pertes.

Que se passerait-il si cet engouement récent pour le protectionnisme se concrétisait ?

Les demandes de protection sont compréhensibles, que ce soit de la part des entreprises pour protéger leurs profits ou de celle des salariés pour leur emploi. Mais leur coût est élevé pour l'économie dans son ensemble, essentiellement parce qu'elles renchérissent l'accès aux biens importés et qu'elles donnent lieu à des mesures de rétorsion de la part des partenaires, qui suppriment des débouchés aux industries performantes.

Souvenons-nous de la tentative de nous protéger de l'importation des magnétoscopes japonais en 1982 : elle a coûté cher à l'État en manque à gagner de TVA et aux consommateurs en pouvoir d'achat, tout en échouant complètement à relancer l'électronique grand public français et son champion de l'époque, Thomson. Le principal risque est celui d'une guerre commerciale, dans laquelle les mesures protectionnistes des uns déclenchent les représailles des autres. Les avions, les produits de luxe et certaines spécialités alimentaires sont rapidement ciblés dans ces cas-là. La crise des années 1930 a montré l'enchaînement dramatique qui pouvait s'ensuivre. C'est d'ailleurs en réponse à ce traumatisme qu'a été fondé le système commercial multilatéral actuel, dans lequel les pays échangent des engagements de limitation de leur protection commerciale. Qui plus est, dans le contexte actuel, les barrières douanières sont en moyenne plus élevées sur les produits consommés par les ménages les moins riches, comme l'habillement ou les produits alimentaires. Ce sont donc les plus défavorisés qui, les premiers, pâtiraient du protectionnisme, contrairement à l'idée que l'on peut en avoir.

Si le protectionnisme n'est pas la solution, que peut-on faire pour les perdants de la mondialisation ?

Tout d'abord, faciliter l'ajustement des travailleurs par un effort accru de formation, initiale et professionnelle, et favoriser leur mobilité. Ensuite, s'assurer que les politiques publiques jouent efficacement leur rôle d'assurance et de redistribution. Au-delà, se pose la question de savoir s'il faut aider davantage quelqu'un qui perdrait son emploi du fait de la concurrence internationale, plutôt que d'un changement technologique ou d'une mauvaise orientation stratégique de son entreprise, à supposer que l'on puisse faire la part des causes.

La réponse est loin d'être évidente, mais une différence doit être soulignée : la spécificité de la concurrence internationale est d'avoir le plus souvent un impact très concentré géographiquement. Si bien que celui qui a perdu son emploi risque aussi de voir la valeur de son logement baisser, voire peut-être l'emploi de son conjoint menacé. Et l'appauvrissement des collectivités locales qui s'ensuit peut à son tour être préjudiciable aux services qu'elles proposent. Toutes ces raisons plaident pour une action volontariste au niveau local pour compenser les coûts de la mondialisation. Enfin, il faut prendre acte de la forte demande de protection et de la défiance exprimée vis-à-vis de la mondialisation. Cela signifie que les échanges internationaux et leur cadre institutionnel doivent être plus clairement considérés et affichés non pas comme une fin en soi, mais comme des outils subordonnés à des objectifs plus larges comme l'emploi, l'environnement, le pouvoir d'achat ou l'innovation.

 Propos recueillis par Isabelle Bensidoun & Jézabel Couppey-Soubeyran

 < Pour aller plus loin

Emlinger C. et Fontagné L. [2013], « (Not) Made in France », La Lettre du CEPII, n° 333, juin.

Fouquin M., Hugot J., Jean S. [2016], « Une brève histoire des mondialisations commerciales », in CEPII, L'économie mondiale 2017, La Découverte, « Repères », Paris.

Jean S. [2015], « Le ralentissement du commerce mondial annonce un changement de tendance », La Lettre du CEPII, n° 356, septembre.

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Commentaires
a écrit le 25/01/2017 à 13:02 :
Incroyables de mauvaise foi les partisans de la mondialisation. Il est évident que le libre-échangisme mondial, par la concurrence étrangère et les délocalisations d'entreprises qu'il entraîne, détruit nos emplois et notre économie. Or, une économie forte est une économie diversifiée et pour cela, un pays doit défendre ses intérêts vitaux. Les nations les plus prospères et dont le taux de chômage est le plus bas, sont protectionnistes. N'en déplaise aux tenants de la pensée unique.
a écrit le 25/01/2017 à 8:37 :
Décidément ces économistes élevés au lait du libre échange et de la mondialisation restent indécrotables. A croire qu'ils aiment assister à la disparition de toutes les industries qui ne serait plus réservées qu'aux pays émergents à bas coût social et environnemental. Ils en oublient jusqu'aux factures de traitement social et humain des déserts désindustrialisés, comme si le commun des mortels n'avait plus aucun autre besoin pour vivre son quotidien que ces gadgets superflus de startups déjantées.
Ils ne méritent même plus que quelqu'un ler répondent.
a écrit le 25/01/2017 à 7:33 :
Comment peut on écrire encore des choses comme ça en 2017 ? Le malheureux Sébastien Jean qui a fait des études d'économie incomplète nous vend la sempiternelle recette : le protectionnisme c'est le mal et le libre-échange le bien. Ce garçon confond la cause avec l'effet. Le protectionnisme n'engendre pas la crise, il est la conséquence de la crise de la mondialisation. Les frontières se ferment parce que le libre échange tue les économies. Par exemple le protectionnisme de Trump s'appuie sur le déficit commercial chronique de l'Amérique qui en meurt à petit feu. Si cet universitaire avait consulté un peu les statistiques, il aurait vu que les périodes de forte croissance sont celles qui sont liées à des politique protectionniste. Et c'est normal, c'est parce que c'est seulement dans ce cadre que la demande peut s'exprimer et tirer l'économie. Que Sébastien Jean lise (je ne dis pas relise car il ne l'a jamais fait) Keynes et qu'il revienne nous voir ensuite. http://russeurope.hypotheses.org/5604
a écrit le 25/01/2017 à 0:28 :
Le protectionnsime ne fait peur qu'à ceux qui n'ont rien à offrir. Les États-Unis se feront un plaisir d'accueillir les autres :-)
a écrit le 24/01/2017 à 17:06 :
"faciliter l'ajustement des travailleurs par un effort accru de formation, initiale et professionnelle, et favoriser leur mobilité"

Bon sang mais c'est une "idée" qui a trente ans ! Par ailleurs il serait temps également de faire le ménage côté financement des formations parce qu'en théorie tout le monde peut tout faire alors que dans la pratique c'est plutôt un calvaire et on connait tous (ou pas) par ailleurs des exemples de détournements d'argent liés à la formation.

"Ensuite, s'assurer que les politiques publiques jouent efficacement leur rôle d'assurance et de redistribution."

Elles n'en ont pas l'intention, d'ailleurs ce sont comme le voit dans l'UE, souvent des hauts fonctionnaires même qui conseillent ceux qui veulent s'évader fiscalement, enfin les riches bien entendu.

"affichés non pas comme une fin en soi, mais comme des outils subordonnés à des objectifs plus larges comme l'emploi, l'environnement, le pouvoir d'achat ou l'innovation"

Le langage étant déjà largement massacré vous n'en tirerez rien de plus.

Ce que je retire de votre article c'est que vous aide formellement opposé au protectionnisme mais par contre vous ne voyiez pas de réponse au sein de notre système économique pour pallier à la précarité exponentielle ce qui convenez en est embêtant puisque principale raison pour les gens de s'opposer à tout ce qui vient d'ailleurs.

Et si, tout simplement, nous en étions au stade où seul un changement radical de société pourrait régler tout ces problèmes de plus en plus menaçants pour tout le monde ?

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