Faut-il vraiment baisser le SMIC ?

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, faut-il vraiment baisser le SMIC ?

Sur la question du SMIC et du coût du travail des peu qualifiés, et des peu diplômés, Sylvain Catherine, Augustin Landier et David Thesmar viennent de livrer une étude bien plus iconoclaste qu'il n'y paraît.

Publiée par l'institut Montaigne, sous le titre « Marché du travail, la grande fracture »,  elle livre des éléments empiriques très éclairants, croisant la problématique de l'emploi et celle de l'évolution de l'offre productive. Elle rompt de la sorte avec les études micro, exclusivement centrées sur le marché du travail pour expliquer le chômage.

Les principaux messages à retenir

  • 1/ La France doit composer avec un stock de peu diplômés supérieurs à la moyenne des pays développés, même si ce n'est plus vrai pour les cohortes les plus jeunes.
  • 2/ L'économie française s'inscrit dans le même mouvement de polarisation post-industrielle que celui que l'on observe aux États-Unis. Avec une automatisation à marche forcée des tâches répétitives qui entraine un affaissement des métiers que l'on peut coder, et qui sont de la sorte facilement remplaçables par des automates. 
    Cette automatisation fragilise notamment les emplois de qualification intermédiaire. Elle induit un basculement de l'emploi vers les métiers non répétitifs : les services à la personne en bas de la distribution et les métiers créatifs ou managériaux à l'autre bout du spectre.
    Cette évolution de la structure de la demande tend naturellement à creuser les inégalités de salaire.
  • 3/ La hausse du SMIC compensée par la baisse des charges patronale a neutralisé le creusement spontané des inégalités en France.
  • 4/ Mais cette évolution est aujourd'hui problématique, parce qu'elle détonne avec les choix de ses concurrents. Elle instaure une barrière à l'entrée des moins qualifiés dont atteste notre déficit d'emploi dans certains secteurs, notamment ceux du commerce ou de l'hôtellerie restauration. Il y aurait donc un vrai problème de surévaluation du coût du travail au niveau des moins qualifiés.
    Pour les auteurs, il existe cependant une marge de baisse des charges suffisante au niveau des plus basses qualifications pour atténuer le problème et le régler autrement que par une baisse du SMIC.

Baisse des charges : des effets sur les hautes qualifications

Mais ce qui détonne par rapport aux expertises habituelles qui aboutissent à ce type de conclusion, notamment celles de Cahuc, carcillo ou Zylberberg, c'est que contrairement à ces derniers, la politique de baisse de charge aurait eu des effets collatéraux sur les plus hautes qualifications. La baisse des charges en bas de l'échelle des salaires, a induit une forte taxation indirecte des salariés à haut potentiel, tassant la croissance des salaires nets au risque de réduire l'attractivité du territoire et la  capacité des entreprises à attirer les talents.

Bref, le problème de sous-emploi en France ne se réduit pas seulement à la problématique du SMIC. Et la forte progressivité de nos charges sociales n'est pas l'alpha et l'oméga à tous nos problèmes. C'est un message que nous cherchons à faire passer depuis longtemps à Xerfi.

La modération du SMIC, je ne dis pas la baisse, nous paraît dès lors une réponse plus adéquate qu'une diminution supplémentaire des charges au niveau du SMIC.

Sans exagérer les effets du smic élevé français

Trois raisons à cela :

  • 1/ Le gap entre le stock de salariés peu diplômés et le stock d'emplois de faible qualification s'est considérablement réduit depuis 20 ans. Le haut niveau du SMIC n'a donc plus le même caractère pénalisant qu'il y a 20 ans.
  • 2/ Notre fameux déficit d'emplois dans la restauration ou l'hôtellerie, n'a pas l'ampleur que l'on dit. L'écart est principalement le fait d'un moindre développement du cumul emploi étude chez les étudiants, et n'a pas grand-chose à voir avec le SMIC.
  • 3/ Enfin, il ne suffit pas de constater que le chômage se cristallise autour du SMIC pour en inférer, que le SMIC est seul responsable du problème. En témoigne, la distribution du chômage aux Etats-Unis en fonction des qualifications et du salaire. Le profil est le même qu'en France, et que je sache, le salaire minimum américain n'est pas suspecté d'en être la cause principale.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 25/03/2015 à 8:04 :
La consommation de quoi?-de tous les produits, c'est la TVA sociale; des outillages (faire payer les machines), c'est mauvais pour l'investissement; l'énergie qui remplace le travail; c'est la bonne solution qu'on refuse de prendre en compte.
a écrit le 25/03/2015 à 7:50 :
Pour réduire les charge affectées aux salaires pour les entreprises, il faut taxer la consommation et non la production; mais la consommation de quoi?
a écrit le 25/03/2015 à 7:46 :
Le seul fait de poser la question est une insulte et d'un mépris absolu à l'égard des salariés les plus mal payés en général ! cette"réflexion" est glaçante et montre à quel point l'économie est totalement déconnectée de l'humain, absolument pas à son service; le facteur "salarié" est une variable d'ajustement,la plus ennuyeuse qui soit ! épouventable....!
Réponse de le 27/03/2015 à 20:48 :
C'est clair, ceux qui sont payé au SMIC se demande a juste titre pourquoi ils se lèvent le matin pour aller travailler. Leur travail fait parti des plus pénible. Et si ils ne bossaient pas les aides leurs rapporteraient autant voir plus. Avec toutes les taxes, les aides qu'ils perdent, en restant chez soit rapport plus. Alors baisser le SMIC??? Ils veulent surement supprimer le reste des travailleurs.
a écrit le 25/03/2015 à 5:31 :
"Passer la T.V.A de 20 à 27% : gain 70 milliards d'Euros affectés à la suppression intégrale des Cotisations et Contributions de Sécurité Sociale des salariés. Enfin les produits Importés contribueront au modèle Social Français"
Savez-vous combien représente les cotisations sociales en France ?
600 Milliards soit 30% du PIB qui passent directement des poches des salariés et des entreprises vers ceux qui en ont besoin.
Augmenter la TVA c'est faire reposer sur le seul consommateur les frais de santé, ls frais de transports alors que ceux-ci par exemple servent surtout pour les employés pour aller à leur travail.
Supprimons donc toutes les cotisations et faisons payer aux entreprises le transport de leurs salariés, etc....
Je pense qu'elles déchanteront...
a écrit le 24/03/2015 à 22:37 :
Le smic, c'est l'esclavagisme moderne. Actionnaires, banques, gouvernements ...
"Tiens, je te donne un peu d'argent pour ne pas mourir et continuer à bosser, et continuer à me faire gagner du pognon ...".

Au fait, y' a 200 ans, y'a eu une révolution, et des têtes sont tombées tranchées ...
Comprenne qui doit .. ou qui peut ...
a écrit le 24/03/2015 à 20:58 :
En fait il faut raisonner en revenu disponible : que reste-t-il à la personne après paiement des cotisations et des impôts (CSG et IRPP) ? En déportant la retraite par répartition vers la TVA, en supprimant l'assurance chômage par la mise en place d'un droit au travail opposable (emplois d'avenir du secteur non marchand activés par le budget de l'Unedic dont le financement serait lui même déporté vers l'IS) et enfin en ne conservant qu'une grande CSG pour tous les gains supérieurs au SMIC, on peut baisser très significativement le coût du SMIC (en gros de 1500 euros à 1000 euros pour 35h) sans baisser les revenus des personnes touchant un faible salaire. Effectivement le problème est que le prix de marché du travail faiblement qualifié chute (mais aussi celui de bon nombre d'emplois de qualification plus élevée dans le tertiaire) du fait des télécoms, de l'informatique de plus en plus intelligente, et de la robotique (la main d'œuvre n'est plus vraiment nécessaire). Il faut donc pratiquement subventionner l'activité...mais il faut la maintenir de gré ou de force, artificiellement ou non sinon on aura une société complétement destructurée : vivre exclusivement de transferts redéployés de la rente capitalistique serait le triste sort réservé à une majorité de la population...une faible minorité d'ingénieurs surbookés et hyperqualifiés continueraient seuls de "gagner leur vie" en payant beaucoup d'impôts...
Réponse de le 25/03/2015 à 7:56 :
Le niveau des salaires est déterminé par le capital humain de chaque individu. Ce principe est faussé par la notion de salaire minimum. Il faut l'accepter ou le remplacer par une allocation universelle.
a écrit le 24/03/2015 à 20:13 :
Pourquoi pas si on créer un salaire maximum à cinq fois le SMIC primes comprises...
a écrit le 24/03/2015 à 19:43 :
en france y a deux pbs: le coin fiscal et social, et la remuneration des gens sans qualif et deconnectes du marche du travail ( on peut avoir des gens ' sans papier' mais ' avec des mains en or' )
mais ca ca fait pas partie des reformes, c'est plus facile de trasnformer les postiers en taxis, et reformer les taxis en notaires, vu que c'est les memes qualifications...
a écrit le 24/03/2015 à 19:29 :
Passer la T.V.A de 20 à 27% : gain 70 milliards d'Euros affectés à la suppression intégrale des Cotisations et Contributions de Sécurité Sociale des salariés. Enfin les produits Importés contribueront au modèle Social Français.
a écrit le 24/03/2015 à 16:47 :
La baisse du SMIC est équivalente a un partage du travail, chose que l'on reproche au 35h!
a écrit le 24/03/2015 à 16:21 :
Le choix est difficile, il est plus facile de décider une augmentation du smig, surtout si cela est décidé par ceux qui ne le paye pas que de le diminuer. C'est vrai que la hausse du smig à fait des ravages, certain secteur en ont été victime comme le textile ou il n'y a plus d'industriels et de confectionneurs, ont a dit à ces salariés vous n'avez qu'à construire des avions, en fait ils sont restés au chômage. Ont à le choix entre payer des gens à travailler ou bien les payer au chômage.
a écrit le 24/03/2015 à 16:00 :
Comme beaucoup de réformes à entreprendre, celle de la modularité du SMIC sans réforme du marché du travail dans le sens de plus de flexibilité sera un échec. Tout comme la réforme des retraites, de la formation professionnelle et des dépenses de santé, elle dépend des partenaires sociaux qui tiennent sous la terreur les gouvernements successifs au point que même les rapports parlementaires sont interdits de publication (Rapport Perruchot). Nous pouvons changer les choses, il suffit de le vouloir. A cette condition, la France peut retrouver rapidement le chemin de la croissance et du plein emploi, et finalement sa vraie place dans l'Union Européenne. Appel aux hommes et femmes politiques de bonne volonté prêts à se libérer des contraintes d'appareil et à constituer un gouvernement d'union nationale.
a écrit le 24/03/2015 à 15:23 :
J'espère que vous allez nous montrer l'exemple en travaillant pour
cette somme pendant les 20 prochaines années chiche ?
a écrit le 24/03/2015 à 15:19 :
Ce que l'on reproche au 35h c'est à dire le partage du travail, on veut le promouvoir avec la baisse du SMIC!
a écrit le 24/03/2015 à 15:04 :
Bonjour,
La baisse du SMIC est un faux débat, nous sommes tout simplement dans la digne lignée de ce qu'avait prédit Keynes à savoir la disparition du travail par l'automatisation et l'informatisation.C'est normalement à ce stade que l’État providence prend toute son ampleur. Cette phase nécessite donc que l'état providence investisse massivement dans la formation et la réorientation des étudiants et chômeurs vers des métiers non automatisable. Ce qui n'est pas fait aujourd'hui par le pole emploi et par les régions. Personne ne s’occupe de ce sujet. A la place on met en place un arsenal répressif pour masquer la réalité et économiser de l'argent qui est pourtant due au chômeurs car rappelons le l'assurance chômage est une cotisation et pour y avoir droit il faut avoir cotisé. Il ne s'agit ni plus ni moins que de salaire différé. Pou revenir au SMIC l'économie française est sclérosée par un phénomène mondiale qu'a très bien décrit Schumpeter à savoir que la concentration de capital mènerait à la fin du capitalisme dynamique. Hors on le voit il n'y a plus de grands procès antitrust, la finance régit tout et les liquidités se concentrent auprès de très grosse firmes qui investissent peu et vivent de leur rente mais en profite pour automatiser les jobs à faible valeur ajoutée. Du coup le problème du SMIC est à la marge et d'ailleurs le SMIC ne constitue pas une fin en soi pour les salaries car disons le tout net qui peut vivre avec le SMIC aujourd'hui en France ? On parle plutôt de survie faute de mieux qui n'arrivera jamais car l’État est aux abonnés absents et se borne à suivre bêtement les directives de Bruxelles et du FMI. L'intelligence économique et la prospective ont disparu de notre pays.Trop d'impôts sur la classe moyenne, pas assez sur les riches, trop de niches fiscales sur les grande entreprises et trop de pression sur les TPE, des banques qui ne jouent plus le jeu de l'économie et ne pense qu'à leur compte de résultats et leur actionnaires, un investissement que l'on va même chercher dans des dictatures ... . Il serait grand temps que nous ayons de nouveau un leader charismatique, intelligent, sachant et courageux pour redresser cette situation de laisser aller généralisé et de privilèges pour une castes poltico-financière.
a écrit le 24/03/2015 à 14:49 :
Oui ,il faut un smic négociable et ajustable avec l'employeur .. car il est plus honorable de bosser ...à par exemple 7,50 euros de l'heure...plutôt que de quémander des aides....!
Réponse de le 24/03/2015 à 15:45 :
Travaillez vous honorablement à 7,5 € de l'heure ?
Plus sérieusement dans les négociations entre les travailleurs et les patrons, c'est d'un rapport de force dont il s'agit. Si le chômage est élevé, le rapport de force est mécaniquement en faveur du patronat. C'est ce qui fait que le marché du travail n'est pas un marché comme un autre. On savait déjà ça au XIXème siècle.
Un article du Point pourtant peu suspect de gauchisme point les effets du chômage sur la santé des chômeurs. Croyez vous que cela veut dire que les chômeurs se complaisent dans cettte situation ?
http://www.lepoint.fr/emploi/le-chomage-tue-14-000-francais-par-an-04-02-2015-1902276_30.php
Réponse de le 24/03/2015 à 17:47 :
Travailler à 1 euro de l'heure est également une bonne chose parce qu'employé (au rabais c'est un détail) et non "assisté" comme disent certains. Ça remonte le moral de gagner son revenu (maigre) à la sueur de son front sans compter ses efforts.
Il y a longtemps, j'avais vu un reportage ancien, où, en Russie ou pays voisin, une usine de bocaux employais des gens à fondre du verre, en faire des bocaux, d'autres les cassaient à la sortie pour rapporter le verre à l'entrée. Ils avaient un travail (inutile) mais n'étaient pas assistés.
Réponse de le 24/03/2015 à 19:59 :
Et à ce prix de l'heure, il va falloir cumuler plusieurs jour pour en ramener un peu à la maison. Avec le prix des carburants et de la nourriture...

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