Gilets Jaunes : le bouleversement que va provoquer le « Monde qui vient »

Par Olivier Velin  |   |  707  mots
(Crédits : Jean-Paul Pelissier)
OPINION. Un an après le début de la crise des Gilets Jaunes, apparaît toujours la nécessité d'inventer un nouveau contrat social. Celui-ci ne se fera qu'avec une nouvelle gouvernance des Etats et des unions. Par Olivier Velin, expert en stratégie de gestion des situations de crises et en continuité d'activité.

Le mouvement des « Gilets Jaunes » est un premier niveau de remise en cause de la gouvernance politique d'une nation européenne. A l'échelon de la planète, d'autres nations sont aussi touchées, démocratiques ou totalitaires.

Ces soulèvements spontanés témoignent d'un éveil des populations qui n'acceptent plus le statut de dominées qui leur est imposé. Les organisations gouvernementales fondées sur des structures hiérarchiques pyramidales, plus hautes représentantes de la subdivision du monde en une mosaïque de nations, montrent ainsi leurs limites et seront bientôt complètement dépassées.

Le temps du monde fini[2] est bel et bien implanté. Il est virtualisé, mondialisé et se décline en intrication complexe des réseaux, expansion des plateformes d'achats et ventes en ligne, effacement des frontières au profit de zones d'activités économiques transversales, extension de la mobilité des travailleurs, multiplication des échanges internationaux culturels et universitaires. La finance est également impactée avec les montées en puissance des monnaies privées et les plateformes de financement peer-to-peer.

Un monde mieux informé

La notion de pays, en termes géographique, politique, administratif, économique ou social, n'est plus représentative d'un monde qui, à l'échelon de la planète, s'organise autour de méga-structures. En effet, le monde de l'information transcende les territorialités sur lesquelles sont fondées les notions de pays, de nations et les législations qui les régissent. L'information circule dans un univers en trois dimensions, via des réseaux filaires (au sol), hertziens (dans l'air) et spatiaux (via les satellites).

Apatrides, clouds et réseaux complexifient l'identification des propriétaires, dépositaires, gestionnaires et utilisateurs de l'information. Comment garantir intégrité, exhaustivité, disponibilité et confidentialité d'une information qui transite sur des réseaux d'architectures, organisations et niveaux de sécurité hétérogènes ?

Décider, à l'échelon d'un pays, de stopper l'accès à l'information est une illusion.

Cette matière première est aujourd'hui le plus important fluide énergétique du monde connecté. Grâce à elle, les populations, via les réseaux sociaux et les possibilités d'échanges d'informations de tous types (e-mails, téléphones, visioconférences, télévision, etc.), se sentent « citoyennes du monde » et, comme telles, se savent concernées par ce qui survient de l'autre côté du globe.

De façon lucide ou instinctive, ces populations semblent percevoir que les modes de gouvernance en vigueur ne sont plus en mesure de faire taire leurs inquiétudes sur le « monde qui vient »[1].

Redéfinir le pouvoir régalien

Conscientes d'être directement concernées, elles ont décidé de manière spontanée de s'impliquer dans ce grand bouleversement du monde auquel elles veulent participer, réclamant notamment plus d'égalité, plus de partage, plus de justice. In fine, le mouvement des « Gilets jaunes » est une fissure qui annonce le séisme qui ébranlera la société jusque dans ses fondations.

Le mode de gouvernance du XXIe siècle va devoir tracer sa voie entre transhumanisme[3] et post- humanisme[4].

Le bouleversement induit par les technologies, déjà perçu par les « citoyens du monde », va à brève échéance contraindre les pouvoirs politiques à accepter la redéfinition de la puissance régalienne, à voir s'étioler la notion de souveraineté nationale, à devoir bâtir et mettre en oeuvre un nouveau contrat social[5] ouvrant la porte à une participation plus active des citoyens aux décisions qui vont les impacter.

Comme toute période de grand changement, ce sera une période d'instabilité mais une période intéressante à vivre. L'avenir de notre monde se conjugue au présent.

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[1] Christophe Victor : Le monde qui vient, Plon, 2019

[2] Paul Valéry : « Le temps du monde fini commence » - Regards sur le monde actuel, 1931

[3] Dans notre propos, le transhumanisme présente les sciences et techniques comme un moyen d'améliorer les capacités physiques, psychologiques et intellectuelles humaines, dans l'optique d'engager une évolution de l'humanité.

[4] Dans notre propos, le posthumanisme se positionne sur l'intégration de la technologie à l'être humain, notamment dans l'optique d'une intelligence artificielle intégrée à l'humain et pour créer clones, robots, nanorobots, cyborgs, etc.

[5] Jean-Jacques Rousseau : Du contrat social ou Principes du droit politique, 1762