Grèce : il y a urgence

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Aider la Grèce, alors que les Grecs vident leurs comptes en banque: un vrai défi imposé à la zone euro et à ses institutions. Le gouvernement Tsipras ne semble pas être capable de redonner confiance à ses électeurs pour stopper l'hémorragie du système bancaire grec et rassurer ainsi les créanciers européens. Par Stéphanie Villers, chef économiste, Humanis

Depuis la crise de 2010, la Grèce fait face à la panique bancaire. Les épargnants tentent de récupérer leurs avoirs pour les placer dans des zones considérées plus sûres, comme la Grande-Bretagne, la Suisse ou l'Allemagne par exemple. Ainsi, près de 72 milliards d'euros se seraient envolés des comptes des banques grecques en deux ans et le mouvement s'est poursuivi sans discontinuer jusqu'à aujourd'hui. L'élection du parti de gauche radicale Syriza n'a pas arrêté l'hémorragie. Avant les élections du 22 janvier dernier, les retraits nets en décembre avaient atteint 3 milliards d'euros. Le mois suivant, ce sont 11 milliards d'euros de retraits qui ont été enregistrés, puis 9 milliards supplémentaires en février.

Le durcissement de la BCE

A cette asphyxie des banques grecques, est venue s'ajouter le durcissement de la BCE, qui a limité ses facilités de refinancement pour compenser le besoin de liquidités des banques locales. L'institut francfortois réclame que le gouvernement grec respecte ses engagements vis-à-vis de ses créanciers avant d'accorder de nouveau son soutien au financement des institutions financières.
C'est ainsi, que le gouvernement d'Alexis Tsipras demande aux hommes politiques et à l'ensemble de la population de rapatrier leur argent en Grèce. Si la défiance des Grecs envers leurs institutions perdure, comment la confiance des créanciers vis-à-vis de la Grèce peut-elle être engagée ? On sait que les réformes imposées par les créanciers internationaux ont permis de limiter la fraude fiscale. Mais, les efforts ont été portés quasi exclusivement sur les salariés du privé. Près de 6000 entreprises en Grèce échappent encore à l'impôt et les professions libérales, les artisans, les commerçants continuent de profiter de l'inefficacité du système. Au total, la fraude fiscale coûterait entre 40 et 45 milliards d'euros par an.


L'iniquité de la pression fiscale

Par ailleurs, l'essentiel de l'effort fiscal jusqu'à présent a été porté par les petits revenus. Ainsi, selon une fondation allemande, « 50% des Grecs les moins riches ont vu leur pression fiscale bondir de 337% alors que l'autre moitié a vu la sienne progresser de 9% ». Par ailleurs, les gouvernements précédents qui ont voulu en premier lieu défendre les fonctionnaires, ont fait peser massivement la pression fiscale sur le secteur privé.
Cette distorsion a amené la victoire du parti Syriza en janvier. Alors que ni les socialistes du Pasok ni les conservateurs de Nouvelle Démocratie avaient obtenu des résultats tangibles sur le problème structurel de la fraude fiscale, le nouveau gouvernement s'engage à moderniser son administration afin d'améliorer la collecte de l'impôt, de lutter contre la corruption et le clientélisme.

Pour autant, les relations avec les représentants grecs et les créanciers européens ont dès les premières rencontres tournées au vinaigre. L'Europe se dit prête à verser une enveloppe de sept milliards d'euros si la Grèce est capable de fournir une liste crédible des réformes à mettre en place. Pour l'instant, le flou règne. Rien qu'au niveau de la situation financière du pays, l'incertitude demeure. Pourtant, l'urgence s'impose puisque le premier ministre grec a prévenu que son pays serait à court de liquidités dès le mois prochain. A cette annonce, ce sont plus de 300 millions d'euros qui ont été retirés des banques grecques par leurs clients en une seule journée. Les mesures qui visent une meilleure répartition de la pression fiscale entre les riches et les plus modestes tardent. Et avec elle la confiance dans le système bancaire et l'ensemble des institutions du pays.

Vers un contrôle des changes

La tâche semble ardue pour le gouvernement. Les mesures d'austérité imposées par l'Eurogroupe ont été socialement trop coûteuses puisqu'elles se sont concentrées sur les plus modestes. Mais, la poursuite de la fuite des capitaux de la Grèce par les Grecs reste peu engageante pour l'extérieur et montre la défiance de la population locale vis-à-vis de ses institutions et surtout du gouvernement nouvellement élu. Si aucune mesure n'est prise, le risque d'une sortie de la Grèce de la zone euro pour des raisons techniques se précise. S'il n'y a plus d'euros en circulation, il faudra y introduire une autre monnaie ou réintroduire la drachme. L'urgence aujourd'hui est donc de renverser la tendance. Proposer un cadre engageant permettant aux Grecs de rapatrier leur argent dans les banques locales serait de toute évidence une première victoire pour la Grèce qui obtiendrait en conséquence plus volontiers le soutien de ses partenaires européens. Mais, les derniers évènements montrent un sentiment de confusion au plus haut niveau de l'État. La défiance se poursuit et la mise en place d'un contrôle des capitaux pour stopper l'hémorragie bancaire semble de plus en plus probable.

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Commentaires
a écrit le 05/05/2015 à 10:30 :
Voilà des informations très instructives, notamment que la fraude fiscale s'élèverait à 40-45 milliards par an ! Que faisaient les socialistes du PASOK pour y mettre fin ? Rien. Ensuite, la fuite des capitaux s'est envolée depuis Janvier. Qu'ont fait les gauchistes de Syriza pour rétablir la confiance ? Rien pendant 3 mois et maintenant qu'il n'y a plus un sou dans les caisses, ils s'affolent.
Bravo en tous cas pour cette analyse factuelle, claire et chiffrée.
a écrit le 04/05/2015 à 22:29 :
Extrait de l'article ci dessus: "On sait que les réformes imposées par les créanciers internationaux ont permis de limiter la fraude fiscale. Mais, les efforts ont été portés quasi exclusivement sur les salariés du privé. Près de 6000 entreprises en Grèce échappent encore à l'impôt et les professions libérales, les artisans, les commerçants continuent de profiter de l'inefficacité du système. Au total, la fraude fiscale coûterait entre 40 et 45 milliards d'euros par an."
Voilà une information intéressante, claire et chiffrée. Le problème, c'est que "les financiers internationaux" sont très mal vus par l'actuel gouvernement, qui leur a déclaré dès son arrivée qu'ils ne seraient pas remboursés, et que leurs interventions humiliantes devaient cesser. En tous cas, la tonalité de cet excellent article nous change des psychanalyses sur les "mouvements tactiques" de MM. Tsipras et Varoufakis ou sur le "match Grèce-Allemagne".
a écrit le 30/04/2015 à 21:14 :
Je réitère ici ma prévision de la mise en place d'un gouvernement autocratique de tendance conservatrice et libérale en Grèce avant cinq ans.

Une remarque : toutes les analyses sur la "pression fiscale" pesant sur telle ou telle partie de la population grecque font complètement l'impasse la partie souterraine de l'économie de ce pays, et qui concerne l'ensemble des couches de la société.

Laisser entendre que seuls les "pauvres" paient des impôts et que les riches n'en paient pas, c'est faire comme si les chiffres officiels avaient la moindre valeur dans ce pays.
Tous les grecs fraudent, y compris ceux qui "occupent" un emploi dans la fonction publique et qui exercent en fait une activité parallèle non déclarée.

La Grèce, c'est la fonction publique française avec le fisc italien.

La "percée" électorale de Syriza s'explique par la politique du Pasok qui avait mené des réformes dites "libérales" depuis quelques années.

Un peu comme si les trois quart de l'électorat socialiste français se reportait sur Mélenchon, pour cause de baisse des traitements de 10%,etc...
a écrit le 28/04/2015 à 12:10 :
A noter que l'article de Mr Godin sur ce meme thème, toujours sur le site de la Tribune, est bien plus explicite concernant les enjeux pour la BCE !
a écrit le 28/04/2015 à 12:01 :
"Le gouvernement Tsipras ne semble pas être capable de redonner confiance à ses électeurs pour stopper l'hémorragie du système bancaire grec"

Forcement, avec TOUS les journaux de TOUS les pays qui parlent de Grexit quasi quotidiennement, difficile de redonner confiance !
Réponse de le 02/05/2015 à 20:32 :
Fx : vous avez bien résumé la situation, les médias manipulent !
a écrit le 27/04/2015 à 17:52 :
Du moment que le gouvernement grec a exclut la sortie de la zone euro et qu'il n'a jamais voulu envisager ou préparer un plan en ce sens, la seule issue qui lui reste c'est de soumettre complètement (ou presque) et en urgence aux conditions de la troïka, en reniant ses promesses électorales. Ce qui devrait être le cas dans les jours ou les semaines qui viennent.
Réponse de le 28/04/2015 à 11:58 :
La suite des événements risque de vous donner a peu pres 100% tort !
Tsipras a toujours été un homme de parole, mais de toute façon si il reniait complètement son programme a l'heure actuelle, croyez moi il en resulterait ni plus ni moins qu'une révolution, dont émergeraient des forces qu'on croyait disparues depuis 1933...
Réponse de le 28/04/2015 à 11:59 :
Disparues depuis 1945 et pas 1933, bien sur ;)
a écrit le 27/04/2015 à 17:20 :
"Les épargnants...", c'est de la démagogie ! On ouvre pas un compte à l'étranger aussi facilement, surtout de nos jours avec les lois sur le blanchiment d'argent, et ceux qui ont transféré leurs fonds sont des très riches. Les sans dents peuvent retirer leurs pécadilles et les mettre sous leur matelas, cela ne va pas changer grand chose :-)
Réponse de le 28/04/2015 à 11:59 :
Oui de toute façon les pauvres n'auraient pas grand chose a transférer !
a écrit le 27/04/2015 à 16:33 :
Que la Grèce sortent de l'UE ...! au moins nous sauront en temps réel ,le coût de l'ardoise ...laissée par l'état providence ,du socialiste Papandréou.,..bon pour la France, nous savons que ca sera environ 42 milliards de pertes...Mais, vu que nous ne connaissons pas encore l'ardoise que va laisser F.Hollande ,ca risque d'être une broutille....!
a écrit le 27/04/2015 à 16:18 :
les grecs ne veulent pas s'aider, par contre ils veulent bien que les autres resolvent leurs pbs, alors qu'a titre personnels ils ne se sentent pas concernes...
votre titre dit tout !
Réponse de le 04/05/2015 à 21:05 :
Mais bien sûr....et la marmotte emballe le chocolat comme dirait la pub Milka ! Allez donc raconter cela aux petits pensionnés qui se sont suicidés parce qu'ils n'avaient plus assez de pension de retraite pour survivre, ou à tous mes amis qui triment pratiquement jour et nuit, avec un salaire de misère ou pas de salaire d'ailleurs et qui avec ce peu d'argent arrive encore à aider leurs enfants, grands diplômés mais sans emploi....et les grecs s'aident d'ailleurs si peu que je n'ai jamais vu une telle entraide et solidarité entre ceux qui n'ont presque rien mais parviennent encore à donner un peu à manger à la voisine dont les casseroles sont vides... Mais pourquoi est-ce que je me fatigue à essayer de rétablir une vérité que j'ai pu constater de mes propres yeux...on sait bien qu'un certain type de personnes ne changent jamais d'avis et qu'il faut leur répondre par le silence...donc je me tais !
a écrit le 27/04/2015 à 16:06 :
Tant que la Grèce utilisera l'euro, personne n'osera y investir!
a écrit le 27/04/2015 à 15:51 :
Ce qui est étrange, c'est l'incompréhension que montrent les (édiles) européens. L'U.E. a beaucoup plus à perdre que la Grèce de sa sortie (de l'Euro, et donc de l'U.E.). Elle n'aura AUCUNE difficulté à se faire "coloniser" par d'autres; qui seront bien moins regardants sur les conditions. L'économie grecque n'est pas un gros problème; sa position géostratégique, si.

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