Il faut soutenir le message constant de la Grèce à l'Europe

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La France doit soutenir la Grèce et son message. Elle doit appuyer la volonté de réforme de la machine européenne, d'instituer des règles pour mettre fin à celle du consensus, qui préside au fonctionnement de l'eurogroupe. Par Emmanuel Maurel, député (PS) européen

« Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là »... Semblable à cette voix des Châtiments de Victor Hugo, Alexis Tsipras résiste inlassablement à la volonté de ses créanciers de le voir débarqué le plus rapidement possible. Le message envoyé hier par les grecs qui se sont rendus voter est d'une frappante constance. Malgré le nouveau mémorandum, signé sous la contrainte, et malgré la division de Syriza, la Grèce répète qu'elle a tourné la page de l'ancien système politique : ni le Pasok ni Nouvelle Démocratie ne participeront à un gouvernement. Elle ne se reconnaît pas non plus dans le nouveau parti Unité populaire, issu de la scission de Syriza.

Les urnes manifestent donc à nouveau, en l'espace de quelques mois, l'ambition d'un scénario plus exigeant, plus responsable, et plus solidaire pour le fonctionnement de la zone euro. Ce scénario est exactement celui préconisé par Alexis Tsipras depuis les élections de janvier dernier qui l'ont porté au pouvoir. L'euro doit être un instrument de stabilité et de solidarité. S'il n'est qu'un instrument de dépendance et discipline, qu'avons-nous gagné ?

Les deux dimensions de la monnaie unique, économique et politique, sont à revoir.

Des politiques aveugles de consolidation budgétaire

La dimension économique, car il est temps que les États européens et la Commission fassent l'inventaire des résultats obtenus jusqu'à présent. Si l'on observe l'emploi, la consommation, l'investissement, le bilan est désastreux. Les politiques aveugles de « consolidation budgétaire », c'est-à-dire d'austérité, et la focalisation sur l'inflation basse, qui a conduit à la déflation toute une partie de l'Europe du sud, tout cela doit être revu de fond en comble. Il est temps de lancer le logiciel de la relance en Europe. Nous avons à notre disposition des moyens très concrets pour le faire : donner des ressources propres à la zone euro, harmoniser la fiscalité sur les multinationales et récupérer l'argent de l'optimisation fiscale agressive, créer des mécanismes européens d'assurance chômage, donner un objectif de niveau de chômage à la Banque centrale européenne...

Loi du consensus égale loi de la jungle

La dimension politique, sans conteste, parce que les citoyens ont été progressivement exclus de tous ces choix. Là encore, les manifestations du déclin démocratique sont très concrètes : en France, les deux dernières grandes lois du Gouvernement, la loi Macron et la loi Rebsamen, se bornent, pour l'essentiel, à traduire des recommandations que la Commission européenne adresse à la France depuis des années, sous la menace de procédures de surveillance et de sanctions... La loi du consensus dans les instances européennes est devenue la loi de la jungle : l'Eurogroupe en a donné une preuve éclatante pendant la crise grecque. Un espace sans fondement juridique et sans aucune règle est apte à prendre des décisions qui engagent l'avenir du continent. Là encore, les voies d'améliorations sont connues : introduire des règles de décision et de la transparence dans les instances européennes, solliciter le vote des parlements nationaux sur chaque décision importante...

La France doit assumer une responsabilité d'innovation en Europe

Voilà, en somme, l'ambition du vote grec. Or je crois profondément, en tant que député européen, que l'intérêt du Parlement européen, et en tant que socialiste français, que l'intérêt de la France, sont identiques. Or la France dispose du poids politique pour assumer cette responsabilité d'innovation en Europe. Elle n'a endossé ce rôle que trop discrètement jusqu'à présent. L'histoire nous rattrape et nous devrons bientôt y faire face : en Grèce avec le soutien renouvelé à Tsipras, en Espagne avec la puissante énergie de Podemos, en Angleterre avec la victoire de Jeremy Corbyn à la tête du Labour, une Europe de la relance et de la solidarité peut, et doit s'organiser. La France sera l'acteur pivot de cette Europe, et nous devons appuyer cette bascule.

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Commentaires
a écrit le 21/09/2015 à 15:58 :
Il faut arrêter avec les conneries. ça fait trente ans que les socialos nous baladent avec l'idée d'une autre europe alors que celle-ci a fait la preuve qu'elle ne fonctionnait pas, et que l'exemple grec montre que l'europe ne peut être réformée que dans le sens de toujours plus d'austérité pour les pauvres et toujours plus de profit pour les multinationales et les banques. Sortir de l'europe est la priorité des priorités
Réponse de le 21/09/2015 à 17:41 :
Affirmatif à 100%100.....
Réponse de le 21/09/2015 à 17:50 :
ne confondez pas une politique et une institution. que voulez vous par "sortir de l'europe".... Pour ce qui concernen l'austérité ça ne veut rien dire vous ne devez pas connaitre les institutions européennes. La politique budgétaire est de la compétence des états dans les traités ! la pression ne provient pas d'une europe fédérale qui imposerait ses choix budgétaires à la France ou l'italie mais elle est politique e économique (les marchés sont là et nous surveillent eux)/ Politiquement le pays le plus puissant car détenant les cordons de la bourse en Europe aujourd'hui c'est l'Allemagne. L'Allemagne s' impose car 1- on la laisse s'imposer car 2- sur les marchés ne jure que par elle et ne croit en la France que dans la mesure où cette dernière est soutenue par la première. Et ça nos 2 derniers présidents l'ont compris et ont donc tous les 2 lâcher devant les exigences de M. Schauble et Mme Merkel ces 5 dernières années.
le cas est différent pour les pays sous assistance (PT, IRL, Grèce) qui eux sont ipso facto sous mandat de la troika composée de la commission, la BCE ET LE FMI (ne l'oublions pas). ils ont donc perdu leur souveraineté budgétaire non pas au profit de l'Europe mais d'une autre "institution" bien peu démocratique et transparente qui est la Troika. C'est un choix que les gouvernements européens (c'est à dire nos nations d'europe via leur parlements, leurs gouvernements).
il y a 2 organes qu'on pourrait qualifier de "fédéral" en europe et dont on pourrait "sortir" : la BCE et le parlement. La BCE a un pouvoir économique via la politique monétaire, elle l'utilise et a fait chuter l'euro. Le parlement lui n'a pour ainsi dire aucun pouvoir en ce domaine

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