L'autre choc à venir pour le marché boursier

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(Crédits : DR)
OPINION. De nombreux investisseurs estiment que les dernières évolutions des marchés liées à l'épidémie de COVID-19 constituent un ralentissement temporaire dans  l'épisode haussier de long terme que nous connaissons depuis 10 ans, comme ce fut le cas en 2011 et 2016. Par Christopher Dembik, Responsable de la Recherche Macroéconomique chez Saxo Bank.

Selon eux, les politiques monétaires expansionnistes, qui se traduisent par des taux d'intérêt faibles et par des politiques monétaires accommodantes comme l'assouplissement quantitatif, continueront à soutenir les marchés.

L'économie mondiale est aujourd'hui confrontée
à un problème très sérieux : la stagflation.

À l'heure du coronavirus, l'état d'urgence et le double choc sur l'offre et la demande devraient peser fortement sur la croissance, ce qui devrait amplifier le risque de récession. Les gouvernements sont prêts à faire tout ce qu'il faut pour atténuer l'impact de la crise. Nous sommes passés d'une situation de « sauvetage des banques » en 2008, à une situation de « sauvetage des PME et de tous les autres acteurs » en 2020. Les énormes mesures de soutien à l'économie, que les gouvernements s'apprêtent à mettre en œuvre, ont une probabilité importante d'accentuer les pressions inflationnistes dans les prochains mois.

Contrairement à ce que l'on pense généralement, le choc boursier provoqué par le coronavirus ne sera pas temporaire. Le COVID-19, conjugué à un autre facteur sous-estimé qui est l'évolution démographique, pourrait précipiter la fin du marché haussier de long terme que nous avons connu au cours de la dernière décennie.

La démographie : indicateur clé pour anticiper
l'évolution du marché et de l'économie

En 2011, une étude publiée par la Réserve fédérale de San Francisco intitulée : « Boomer Retirement: Headwinds for U.S. equity" soulignait déjà le lien étroit entre les performances des marchés boursiers et la pyramide des âges de la population américaine. En s'appuyant sur les données disponibles de 1954 à 2009, les auteurs ont montré que l'explosion démographique explique environ 61 % de l'évolution des ratios cours/bénéfices sur la période étudiée.

Dans la période d'après-guerre, l'augmentation phénoménale de la population a engendré des niveaux de revenu record, une richesse considérable, une augmentation de la consommation et une forte croissance de l'activité économique. Parallèlement, des innovations de rupture ont permis d'augmenter la productivité et de créer de nouveaux pôles industriels. La combinaison de  l'explosion démographique et des innovations industrielles a été le facteur essentiel à l'origine du bull market.

Aujourd'hui, le vieillissement de la population pourrait être le facteur mettant un terme définitif au bull market né de la dernière crise. En effet, la génération des « baby-boomers », qui représente plus de 76 millions de personnes rien qu'aux États-Unis, quitte la population active et puise dans son épargne retraite. Ce faisant, elle pourrait faire baisser de manière structurelle la valeur des actions dans les prochaines années. En effet,  en face, il n'y a pas assez d'acheteurs pour compenser ce qu'ils vendront, car pour la première fois de l'histoire, les jeunes, dont la proportion diminue, sont moins optimistes que la génération qui les a précédés. Cela aura un impact direct sur leurs achats et leurs dépenses et ils préfèreront épargner plutôt qu'investir, et ce malgré les faibles taux de rémunération de l'épargne. Quand bien même ils souhaiteraient investir en bourse, les millennials ne peuvent pas le faire. Le consommateur moyen ne s'est jamais totalement relevé de la dernière récession et les inégalités augmentent, ce qui n'augure rien de bon sur le plan des dépenses futures.  La situation est exactement la même sur le marché américain de l'immobilier. Les « baby-boomers » se séparent de leurs grandes résidences à la campagne, mais les millennials n'ont pas les moyens de les acheter. L'évolution démographique va ébranler non seulement la bourse, mais également le secteur financier dans son ensemble.

Le départ à la retraite des « baby-boomers » intervient au pire moment pour les marchés financiers car d'autres facteurs structurels affectent également les perspectives macroéconomiques, à l'instar de la politique monétaire accommodante de la Fed. Cette situation a entrainé une augmentation spectaculaire des ratios dette/PIB, désormais insoutenables, et a détourné le capital des investissements productifs. Le niveau de dette dans le système, notamment dans le secteur privé, pèse sur l'économie et sur la productivité. Le système qui prévaut, qui repose sur la capacité des banques à injecter de la liquidité de manière inconditionnelle, est inefficace et n'a pas permis de favoriser l'émergence de réelles innovations de rupture contribuant à la formation de filières industrielles. Ce système a atteint ses limites.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2020 à 2:47 :
Bonjour à tous,

Je n’ai pas de commentaire à ajouter.
Je veux juste vous remercier tous pour la qualité de vos analyses.
C est vraiment très agréable de vous lire tous.
Merci de partager avec nous.

Cordialement
a écrit le 26/03/2020 à 2:46 :
Bonjour à tous,

Je n’ai pas de commentaire à ajouter.
Je veux juste vous remercier tous pour la qualité de vos analyses.
C est vraiment très agréable de vous lire tous.
Merci de partager avec nous.

Cordialement
a écrit le 24/03/2020 à 11:43 :
Le taux d'intérêt zéro permet de financer tous les projets de start-up, leurs investissements et leurs pertes des premiers exercices, tant que la marge brute apparaît positive et croissante sur le livre de caisse. Les baby boomers retraités ont les actifs à donner en garantie. Les millénials, autrement dit les quadra d'aujourd'hui, sont dans une situation très favorable pour le développement économique et la croissance. De plus ils ont bénéficié de la meilleure formation académique possible sauf peut-être dans un pays gauchiste-étatique comme la France pour des raisons pédagogistes. Notre administration rajeunie qui s'est emparé du pouvoir politique semble en faire la démonstration dans la gestion des crises à répétition d'un certain déclin.
Réponse de le 24/03/2020 à 23:27 :
@Boule: Je ne comprends rien à votre commentaire...

1/ Une écrasante majorité de start-up ne fait pas de CA mais se financent par des levées de fonds successives. Comment diable la marge brut peut-elle dans ces conditions apparaître positive et croissante ??

2/ Les millenials les plus vieux ont effectivement aujourd'hui à peine 40 ans... Et ils ne sont pas du tout dans une situation favorable pour la croissance économique: ils créent des entreprises mais celles-ci ont du mal à signer des contrats avec les grands groupes qui ne cherchent qu'à fagociter les brevets et les prospects...

3/ Lorsqu'ils sont salariés les millenials sont très mal payés par rapport à leurs ainés, à poste équivalent et avec une qualification plus élevée... Mais ils ont en plus la charge de l'immobilier à gérer avec une inflation des salaires quasi-nul et un marché immo qui fait 5 à 10% annuel dans les grandes villes...

Donc vraiment malgré tous mes efforts, je ne comprends rien à votre commentaire...
Réponse de le 24/03/2020 à 23:29 :
@Boule: Je ne comprends rien à votre commentaire...

1/ Une écrasante majorité de start-up ne fait pas de CA mais se financent par des levées de fonds successives. Comment diable la marge brut peut-elle dans ces conditions apparaître positive et croissante ??

2/ Les millenials les plus vieux ont effectivement aujourd'hui à peine 40 ans... Et ils ne sont pas du tout dans une situation favorable pour la croissance économique: ils créent des entreprises mais celles-ci ont du mal à signer des contrats avec les grands groupes qui ne cherchent qu'à fagociter les brevets et les prospects...

3/ Lorsqu'ils sont salariés les millenials sont très mal payés par rapport à leurs aînés, à poste équivalent et avec une qualification plus élevée... Mais ils ont en plus la charge de l'immobilier à gérer avec une inflation des salaires quasi-nul et un marché immo qui fait 5 à 10% annuel dans les grandes villes...

Donc vraiment malgré tous mes efforts, je ne comprends rien à votre commentaire...
a écrit le 23/03/2020 à 20:09 :
Vue la cata internationale, qu'attendent les bourses mondiales pour stopper les cotisations. Elles n'ont pas encore compris que d'ici qq semaines ce sera un krach sans précédent !!!
a écrit le 23/03/2020 à 19:36 :
Deux petites remarques.

D'une part, les jeunes "milénials" vont peu à peu hériter, pourrons donc bénéficier d'une partie des moyens de leurs aïeux, et la recycler dans l'économie.

D'autre part, contrairement à ce qu'on nous répète régulièrement, l'innovation n'est pas financée actuellement. Je suis chercheur scientifique et je peux vous le dire : 90% des projets de recherche sont éliminés par des concours essentiellement administratifs. Les chercheurs se recyclent massivement dans l'industrie privée, où ils servent des intérêts ciblés d'entreprises établies. Par exemple, j'ai travaillé comme sous-traitant de sous-traitant de l'automobile au moment du dieselgate. Travail inutile. Mais tous mes projets de R&D sont systématiquement dysqualifiés. Les 90% de rejet administratifs signifient que la recherche n'est pas considérée comme une activité professionnelle actuellement. Une solution serait donc de créer cette profession, celle de chercheur scientifique. Celà suppose d'injecter de l'argent, non pas sur les marchés financiers ou immobiliers, mais dans les salaires des personnes pratiquant les métiers de la recherche.
Réponse de le 23/03/2020 à 20:10 :
non, le millenials ne vont pas heriter des boomers. un boomer est ne entre 1945 et 1960, donc a eut des enfants vers 1970. Les millenials sont ses petits enfants. Ils heriteront quand leurs parents decederont. c est pas pour rien que l age moyen d un heritier aujourd hui est superieur a 60 ans.
a écrit le 23/03/2020 à 17:13 :
l'autre victime, mais plus importante à mes yeux que les marchés financiers, c'est la transition énergético-économique, je ne voie vraiment pas comment l'on va trouver des fonds pour la financer alors que tout est mis en oeuvre pour sauver le système, d'autant qu'avant, la crise sanitaire et économique qui vient, il était déjà difficile de trouver des fonds et de s'accorder à qui ou à quoi les allouer
nous entrons dans des temps difficiles
Réponse de le 24/03/2020 à 12:37 :
Plutôt que de laisser la création monétaire ex-nihilo aux seules banques privées, ou de faire des QE qui résultent à flécher l'argent du QE vers les seuls marchés financiers (et immobiliers) et pas vers l'économie réelle, les banques centrales pourraient créer de la monnaie à investir dans la transition énergético-économique.
Les gouvernements pourraient obliger par la loi à diriger l'épargne vers cette transition.
Il existe tout un tas de "solutions techniques" envisageables et à mettre sur la table pour un débat public. (l'argent, spécialement aujourd'hui où il est à plus de 90% électronique, est une création artificielle humaine. Donc l'humain est capable d'en faire ce qu'il veut)
Mais tout cela nécessiterait pour commencer de dégager tous les décideurs politiques, qui sont bien trop incompétents, et ne défendent de toute façon pas ces intérêts-là.
a écrit le 23/03/2020 à 9:08 :
C'est peut-être la fin de la mondialisation. Le rapatriement de nos industries essentielles à notre pays me semble indispensable.
a écrit le 22/03/2020 à 17:38 :
" a atteint ses limites!"

OK, mais alors on fait quoi ?
a écrit le 22/03/2020 à 13:14 :
Faux !

La crise du Coronavirus, nouvelle version, affectera principalement le secteur aérien, celui du tourisme et certes pas mal de PME!

Les '' baby boomers'' qui ont, encore une fois, inauguré notre société d'abondance ( de masse ) autrement dit notre société de consommation seront remplacé par la classe moyenne chinoise: mais bien sûr, en Occident, l'épargne a certainement de beaux jours devant elle puisque les 'golden days' de Wall Street sont loin derrière et que plutôt que le costume 'jean & T shirt' à la James Dean ou bien le suit à la James Bond, tout le monde préfère la féerie vestimentaire permise par la folie de 'Halloween'!
a écrit le 20/03/2020 à 10:11 :
Argent public argent privé on voit bien que vous avez tout lié, on ne vous entend plus du tout les gars vous parlez de bien trop loin...
Réponse de le 23/03/2020 à 11:46 :
Argent public on prend. Argent privé on prend.
Réponse de le 23/03/2020 à 17:45 :
Argent sale aussi forcément.

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