L'équilibre commercial ou l'euro : il va bien falloir choisir

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui: l'équilibre commercial ou l'euro, il va bien falloir choisir.

Les données de base du problème sont assez simples : la France a sérieux un problème avec son commerce extérieur. Depuis 12 ans maintenant le solde est constamment dans le rouge et les rares épisodes d'amélioration, comme entre 2011 et 2015, sont juste liés à la chute des cours du pétrole. Cela n'aurait rien de grave si les revenus tirés des activités extraterritoriales et rapatriés en France par nos entreprises, principalement nos multinationales, étaient suffisants pour l'éponger.

Mais ce n'est pas le cas, la balance des transactions courante est en déficit permanent depuis 11 ans et la tendance prise ces derniers mois n'est pas là pour rassurer. Cela n'aurait rien de grave, non plus, si l'Allemagne recyclait une partie de ses excédents d'épargne en France soit sous forme d'investissements directs, soit sous forme d'achats d'obligations de l'Etat Français mais ce n'est pas le cas ou de façon trop marginale, comme l'a montrée Olivier Passet, directeur des synthèses à Xerfi dans sa vidéo intitulée : les excédents massifs allemands profitent très peu à l'Europe.

Il faut s'attaquer au cœur du problème...

Il faut soit comprimer les importations ce qui ne peut s'obtenir qu'au prix d'un resserrement de la demande intérieure, notamment de la consommation des ménages, ou doper les exportations, ce qui compte tenu du niveau de gamme du made in France revient à compresser les coûts.

En d'autres termes, il faudrait suivre le chemin espagnol de la déflation salariale qui a en outre le grand avantage d'étouffer la consommation des ménages, donc de réduire les imports. CQFD. Le problème, c'est que l'Espagne occupe déjà le terrain des productions à bas coûts dans la zone euro et qu'il faudrait aller encore plus loin : c'est la course au moins disant social et dans cette course l'Espagne part avec une sacrée avance comme le montre les les écarts de coûts horaires dans l'industrie manufacturière qui sont de 39%. Mais même avec l'Italie, la France part avec un sérieux handicap.

Le problème, aussi, c'est que le prix à payer c'est d'accepter de se cantonner dans le rôle de sous-traitant low cost. Le problème c'est, et ce n'est pas rien, de saborder son modèle social et de contraindre une partie de la population à aller voir ailleurs faute d'emplois et de perspectives : si la population baisse en Espagne, ce n'est pas un problème de déficit du solde naturel, mais bien parce que les jeunes diplômés ont été contraints à l'exode.

Comment faire pour relancer les exportations sans trop de casse sociale ?

Monter en gamme, oui, c'est un vieux serpent de mer mais c'est trop tard, l'Allemagne qui a pris un avantage déterminant un avantage cumulatif. L'excédent courant allemand n'est pas que financier. C'est aussi une arme redoutable pour consolider l'avantage réel déjà constitué. L'économie allemande est constituée d'un noyau dur industriel, plus rentable que le nôtre et qui se renforce par effet d'agglomération et par une plus forte capacité à autofinancer l'investissement. Qui surexploite le levier de rentabilité grâce à la sous-traitance à l'est.

Les portes se referment les unes après les autres et certains de préconiser une dépréciation de l'euro pour se donner une bouffée d'oxygène. Après, tous les économistes du FMI ont réalisé une étude sur une cinquantaine de pays et montrent qu'en moyenne pour une dépréciation du taux de change de 10% on obtient un gain de 1,5% du PIB. L'internationalisation des chaines de valeurs a certes un effet modérateur sur ses gains mais cela reste bénéfique. Le problème, c'est que le cœur de notre déficit n'est pas vis-à-vis de des pays hors zone euro mais avec les pays de la zone euro et cela depuis plus de 15 ans.

C'est là qu'est le dilemme, il faut avoir le culot de le dire

C'est le rapport entre les monnaies au sein de la zone euro qu'il faudrait revoir pour tenir compte des différences entre les gains de productivité et les taux d'inflation entre chaque pays membres. Et cela exige une chose : que l'on mette fin à l'euro pour que notre pays retrouve la compétitivité qu'il a perdu depuis son entrée dans l'euro, en réalité depuis le début des années 90 et la politique du franc fort.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 05/12/2016 à 10:04 :
Vous conseillez de casser le traité de maastricht et je suis entièrement d'accord avec vous mais il faut également casser le traité de lisbonne.

Bref notre UE ne repose que sur les intérêts des actionnaires milliardaires et ça ne fonctionne pas, ça ne peut pas fonctionner de mépriser 700 millions de citoyens.
a écrit le 03/12/2016 à 9:16 :
La monnaie est au service de l'économie qui est au service de l'homme et non le contraire!
Ce n'est pas la quantité de monnaie qui compte mais sa vitesse de circulation!
a écrit le 03/12/2016 à 8:43 :
Comme on dit à Lyon, "ce n'est pas d'y dire, mais d'y faire". Il faut harmoniser les régimes fiscaux en France et en Allemagne si on veut conserver l'Europe.
a écrit le 02/12/2016 à 19:10 :
Tout à fait d'accord, une autre solution est de contraindre l'Allemagne à rééquilibrer notre balance commerciale dans les 2 ans sous peine de sortir de l'Euro. Car c'est à l'Allemagne qui profite de l'Euro pas nous. En sortant de l'Euro la France fera disparaitre l'Euro à court terme avec comme conséquence une envolée du nouveau mark, de quoi largement pénaliser les exportations allemandes . Donc aux allemands d'acheter français et de limiter leurs exportations dans certains domaines comme on le faisait avant, quand chaque pays avait ses spécialités complémentaires. L'Allemagne étouffe notre économie et nous impose ses choix, il faut que cela cesse, qu'un candidat soit capable de le dire.
a écrit le 02/12/2016 à 19:10 :
La France n'a pas d'autre choix que de produire de la qualité et de l'exporter, Peugeot made in France l'a bien compris, la production de produits bio "France qualité" peut être une chance aussi pour le pays et sa réputation de fabrication de produits de qualités !
Réponse de le 03/12/2016 à 10:56 :
C'est trop tard. il aurait fallu le faire dans les années 80 et 90 avant la politique du franc fort et l'introduction de l'Euro.

Le retard par rapport à l'Allemagne demande du temps pour être comblé. Ce que nous n'avons plus.
Réponse de le 04/12/2016 à 16:07 :
@trublion : vous avez un drôle de point de vue !!! Retard, par rapport à l'Allemagne ??? là où nous vivons, nous privilégions plutôt les produits français... Précisément pour leur qualité !!! Et mes cousins allemands font pareil , et leur course à Strasbourg !!! Sans compter nos amis belges... Agro-alimentaire, luxe, textile de haute qualité, et même automobiles, moins keke et plus fiables !!! vous volez souvent Francais, vous roulez souvent Francais, vous vous habillez Francais ( du moins si vous êtes un peu "up"), vous mangez Francais, ... Et vous êtes en retard sur l'Allemagne ??? Quelle bouffonnerie, vous lisez trop les journaux... francais !!!
a écrit le 02/12/2016 à 17:29 :
L'Euro est donc une chimère où le serpent se mord la queue. Il fallait être fou pour croire que les latins deviendraient germains et vice versa par le seul truchment de cette monnaie. En attendant, ce sont les latins les dindons de la farce comme exposée ici.
Je ne comprends toujours pas qu'on ne mette pas fin à cette sinistre expérience et qu'on solde le passé.
La dévaluation concomittante à la reprise du franc permettra de générer de l'inflation, qui euthanasiera les rentiers en papier monnaie. Elle montrera qu'on
Enfin, il faudra lever le dernier obstacle à savoir le monopole du financement de l'Etat par les banques privées et redonner sa place au Trésor. (remettre le flingue sur la tempe des banquiers)
Bon, on va bien galérer pendant 5 ans et notre niveau de vie va fortement diminuer mais comme on vit au dessus de nos moyens, il fallait bien que ça arrive un jour !
Adieu BMW, Audi, Iphone, voyage low cost (...), bienvenue dans la vraie vie
a écrit le 02/12/2016 à 17:09 :
si l'euro est mis au rancard la course aux dévaluations compétitives fera fureur et c'est le retour à la case départ . Si en plus Trump fait du protectionnisme le commerce mondial va décroître et le chômage repartir à la hausse . La spirale infernale conduira alors avec une probabilité élevée à des grands désordres sociaux voire à un conflit majeur ...
Réponse de le 03/12/2016 à 10:50 :
La dévaluation compétitive fait beaucoup moins mal que la déflation salariale.

Par ailleurs il y a un moyen de frapper les pays qui jouent à ce jeu : bloquer les importations de leurs produits.

En fait il faudrait que le FMI joue le rôle de gardien de l'équilibre de la balance des transactions courantes.

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