L'Union européenne sans le Royaume-Uni, ça change quoi ?

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(Crédits : © Paul Hackett / Reuters)
Avant même le Brexit, le poids de l'Union européenne dans l'économie mondiale était en baisse. Qu'en sera-t-il après la sortie du Royaume Uni? « A l’occasion des Entretiens Enseignants-Entreprises, organisés par l’Institut de l’entreprise les 25 et 26 août à l’École polytechnique, Pierre Verluise* décrypte ce que serait l’Union Européenne sans le Royaume-Uni

Quel pourrait être l'impact du processus de déconstruction européenne engagé au Royaume-Uni par le référendum du 23 juin 2016 en faveur de la sortie de l'Union européenne ? Certes, l'article 50 du traité de Lisbonne permettant d'engager les négociations de retrait n'a pas encore été activé. Le « Brexit » pourrait ne devenir effectif qu'en 2019-2020. Pour autant, il est possible d'envisager sous divers angles une Union européenne sans le Royaume-Uni.

Pour commencer, le territoire de l'UE serait réduit, passant de 4,5 à 4,2 millions de kilomètres carrés. Certes, la perte semble réduite, mais il s'agit d'un territoire développé, équipé d'infrastructures modernes, connecté au système-Monde. Son niveau de vie est supérieur à la moyenne de l'UE. Reste à savoir ce que deviendrait l'Ecosse

 Population en baisse

La sortie du Royaume-Uni se solderait également par une diminution de sa population. Celle-ci passerait de 510 millions d'habitants à environ 443 millions, soit d'environ 7% de la population mondiale à environ 6%. Autrement dit, l'UE sans le Royaume-Uni serait moins peuplée que l'UE à 25 au 1er mai 2004 (450 millions d'habitants). Probablement avec un excédent accru des décès sur les naissances et un taux d'accroissement migratoire amoindri, l'UE s'engagerait encore davantage dans l'hiver démographique. En 2050, l'UE dans sa configuration présente mais sans le Royaume-Uni pèserait moins de 5% de la population mondiale. Cette dynamique démographique marquée par le vieillissement et le dépeuplement ne saurait rester sans effets sur la population active et la charge des inactifs, sans parler de l'innovation et la compétitivité.

 Un poids de l'UE déjà orienté à la baisse

Rappelons qu'avant même le référendum en faveur du Brexit, le poids économique relatif de l'Union européenne était déjà orienté à la baisse. En 1980, les pays de l'espace UE-28 représentaient 31,2% de la production mondiale en parité de pouvoir d'achat (PPA), pour n'en peser que 18,3% en 2014. [1] Il s'agit d'un des effets de l'émergence de nouvelles puissances économiques, à commencer par la Chine.

Le Royaume-Uni est un acteur économique majeur de l'UE, bien qu'il ne fasse pas partie de sa zone euro et échange avec l'UE moins que la moyenne des pays membres de l'UE, ce qu'on oublie généralement de pointer. Le Royaume-Uni représente 14% du PIB de l'UE. Après la sortie du Royaume-Uni de l'UE, le PIB de l'UE sans le Royaume-Uni serait de 86% de son niveau antérieur. La richesse par habitant de l'UE sans le Royaume-Uni serait de 2% inférieure par rapport à la configuration à 28.

Au vu des prévisions pour 2016, l'UE-28 représenterait à cette date 17,6% du PIB mondial en PPA. A cette même date, l'UE sans le Royaume-Uni ne représenterait plus que 15,2% du PIB mondial en PPA.

Autrement dit, le « Brexit » viendrait accentuer la réduction du poids relatif de l'UE dans le monde, aussi bien sous l'angle démographique qu'économique. Les mêmes tendances se constatent sur l'angle stratégique. Il serait donc plus temps de se donner les moyens de penser une géopolitique de l'Union européenne.

*Pierre Verluise, Directeur du Diploweb.com, co-auteur avec Gérard-François Dumont de « Géopolitique de l'Europe. De l'Atlantique à l'Oural », PUF, 2016 ; et Cyril Verluise (HEC), assistant de recherche au Collège de France.

[1] Cf. P. Verluise, Vers un déclin du poids et de l'influence de l'Union européenne dans le monde. Paris, La Documentation française, Questions internationales, n°71, mars-avril 2015, pp. 84-91.

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Commentaires
a écrit le 31/08/2016 à 17:10 :
Cet analyse et la plupart des commentaires sentent le vieux crouton en mettant en avant statistiques et normalisation des états sans jamais tenir compte du côté humain du traitement. Écrire que les grecs sont des fainéants alors que l'on sait que l'origine réelle de leurs problèmes est la non-imposition du principal détenteur foncier : l'église et que les riches armateurs sont délocalisés ou exempts d'impôts. Que la France socialiste a fait fuir les riches , potentiels investisseurs, et matraqué les classes moyennes et patrons de PME créateurs de richesse et d'emploi, etc. ! Le but final me semble être une société de type 1984 d'Orwell qui est bien un but extrêmement valorisant pour les habitants de cette Europe autodestructrice. Le reste est bavardage !
a écrit le 27/08/2016 à 11:12 :
Article intéressant mais sans perspectives. Je m'explique. Le départ du Royaume Uni va susciter un vaste programme de changements pour réorienter l'U.E. En fait le départ du Royaume Uni est un peu un électrochoc pour l'Union Européenne qui ne pouvait continuer à avancer comme elle le faisait. Ceci est salutaire et la prise de conscience de certains politiques au parlement européen est encourageante. Le journaliste n'a pas pris en compte ces réformes à venir et le formidable élan qui va se former après le départ du Royaume Uni.
a écrit le 26/08/2016 à 8:38 :
Je précise ma pensée. Dans le domaine social, il faut financer les retraites par une taxe sur l'énergie. Dans le domaine fiscal, il faut répartir les charges sociales sur la production et sur la consommation.
a écrit le 26/08/2016 à 8:24 :
Il semblerait que P. Verluise oublie de faire référence au role de l'énergie dans le développement de l'économie. Comme dirait Brillat Savarin, c'est comme une femme à qui il manque un œil.
a écrit le 26/08/2016 à 7:53 :
L'appartenance à l'union européenne nécessite une harmonisation dans le domaine social et dans le domaine fiscal. Si la France ne fait pas rapidement cette harmonisation, elle devra quitter l'union européenne. Cette harmonisation devra tenir compte des différences de la démographie de chaque pays.
a écrit le 25/08/2016 à 12:04 :
Certes, mais le Royaume-Uni sans l'UE, c'est un pays qui s'isole et qui devra se plier au contraintes européennes pour exister dans cet espace. Puisque le "Brexit" semble si intéressant pour les Anglais, qu'ils sortent vite.
Réponse de le 25/08/2016 à 16:34 :
@valbel89: le Royaume-Uni est la 5e économie mondiale et bénéficie de réseaux économiques et politiques développés (notamment son commonwealth et les US). Ils ont bien entendu besoin de se réorganiser en fonction de la nouvelle donne...raison pour laquelle madame May demande un peu de temps. Toutefois, je m'inquiéterais beaucoup plus pour les autres, car l'assistance permanente aux canards boiteux ne peut que se traduire par une descente aux enfers si elle se poursuit. Je pense toutefois que des pays comme les Pays-Bas sont en veille avant de faire comme les Britanniques. 2017 va être une année intéressante dans tous les cas :-)
Réponse de le 27/08/2016 à 8:22 :
Réponse à Patrickb. Votre analyse est proche de la réalité. Je me réfère à la note n°6 du CAE; l'analyse du graphique de la page 11 montre bien le cas particulier de la GB; il est nécessaire de prévoir une harmonisation des politiques sociale et fiscale des pays européens pour tenir compte de la comparaison entre cout du travail et prix de l'énergie..
a écrit le 25/08/2016 à 11:36 :
Je suis abasourdi de lire de telles inepties, dans la mesure où le RU fait toujours partie de l'UE. Le référendum n'a pas donné encore lieu à la notification de sortie de la part de Mme May, qui semble vouloir prendre son temps... indéfiniment. Bref, parler de changements après le Brexit est juste totalement ridicule.
a écrit le 25/08/2016 à 10:28 :
Certes...mais quel intérêt de juste avoir un membre pour faire du chiffre? A nous européens de faire l Union qu'il nous faut sans les rois des exemptions que furent les britanniques. Si l eu échoue à proposer un saut qualitatif vers le fédéralisme alors les anglais auront eu raison
Réponse de le 25/08/2016 à 12:36 :
@européen: sauf que si on ne recentre pas l'UE, c'est fichu. Ce n'est pas avec des pays qui viennent pomper nos ressources qu'il sera possible de s'en sortir. Il va falloir 1) opter pour une immigration choisie (gens apportant une plus-value au pays) et donc la fin de Schengen et 2) cesser d'alimenter les fainéants corrompus jusqu'à la moelle (Grèce notamment) :-)
a écrit le 25/08/2016 à 10:08 :
Cela fait , que tout le monde a envie de quitter l'Union Européenne et envie les Anglais .
a écrit le 25/08/2016 à 9:54 :
Cela nous confirme qu'il n'est pas bon de rester dans cette UE de Bruxelles!
Réponse de le 25/08/2016 à 11:50 :
Et vous proposez quoi? Une sortie de l'EU que la France et l'Allemagne ont mis sur les rails voilà plus de 60 ans? Si l'EU en est là, c'est la faute de de nos dirigeants. Jamais l'EU n'aura autant stagné que sous les présidences de Sarkozy, Chirac et Hollande. soit presque 20 ans. La France n'a pas de plan pour l'EU, ni Merkel d'ailleurs. Ce dont nous avons besoin c'est de mettre du politique dans l'EU avec un vrai projet pour nos états. Le deal pourrait être celui là:
soit on va vers un fédéralisme européen en mutualisant nos forces et nos institutions avec la création d'un sénat des états et un président représentant cette Union, soit on arrêt tout comme viennent de le faire les anglais, on réintroduit frontières, barrières entre nos états et monnaies nationales. Avec les déficits et absence de croissance que la France connait à cause de ses choix économiques, pour sûr que notre nouvelle monnaie perdrait de sa valeur avant même sa création. Foutaises! Je veux que l'EU, au moins la zone euro se prenne en mains, et que dès 2017, avec Juppé ou quel qu'il soit, un vrai deal soit proposé aux autres 26 états membres. On pourrait commencer par mettre les états hors schengen ( Irlande?) devant ses obligations, et dire deux ou trois vérités aux Danois et Suédois.....quant aux Européens de l'Est, il faudra se donner les moyens et du temps pour les intégrer vraiment. Revenir en arrière comme vient de le faire la GB n'est ni une option, ni une volonté des citoyens et cela même si nous montrons notre colère. cette colère devant la crise économique que nous avons nous même entretenue est légitime mais la BCE peut difficilement faire plus...avec des taux négatifs...ce sont les états, qui doivent influer du sang neuf et donner un avenir. Quand Merkel et Hollande seront partis en 2017, une nouvelle période va s'ouvrir et ceux qui ne veulent pas de cette EU, peuvent alors la quitter....mais ni la France, ni l'Allemagne songent à se tirer une balle dans les deux jambes.

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