Le FMI veut liquider la Grèce comme on liquide une entreprise

 |   |  512  mots
(Crédits : DR)
Les révélations de Wikileaks montrent que le FMI, obsédé par un impossible équilibre budgétaire, voudrait liquider la Grèce comme on liquide une entreprise qu'on place en redressement judiciaire. Par Emmanuel Maurel, député européen, S&D

6 juin 2013. Le FMI publie un rapport choc qui établit le bilan du premier memorandum imposé à la Grèce en 2010, il parle "d'échecs notables" du programme, et du fonctionnement de la Troïka. Six mois plus tôt, son économiste en chef avait déjà admis que le FMI sous-estimait systématiquement la valeur du multiplicateur budgétaire, et donc l'importance de préserver des marges de manœuvre budgétaires.

Juillet 2015. Le FMI, avec les mêmes créanciers qu'auparavant, une Troïka désormais appelée pudiquement "institutions", réplique ses demandes selon les mêmes termes, comme une machine. Mais contrairement à l'intelligence artificielle, le FMI n'apprend pas de ses erreurs.

 L'obsession du solde budgétaire

Preuve en a été donnée par les révélations de Wikileaks ce week-end, qui démontrent que l'institution reste enfermée dans l'obsession du solde budgétaire et, surtout, qu'elle est prête à tout pour obtenir un tel solde, au mépris de toute réalité économique, sociale, politique et désormais sécuritaire - avec l'enjeu migratoire - du pays concerné. La discussion téléphonique entre les deux responsables du FMI démontre, s'il le fallait encore, le caractère sommaire des négociations qui ont cours dans le secret entre la Grèce et les créanciers.

 Le mirage d'un surplus des finances publiques

Alors même que le gouvernement d'Alexis Tsipras a endossé la mise en œuvre du programme en essayant d'en limiter les aspects les plus destructeurs pour l'emploi, les inégalités et l'exercice des droits fondamentaux des citoyens, le FMI demeure accroché au mirage d'un surplus budgétaire utopique, et il estime que seul un "événement de crédit", en langage commun une faillite de la Grèce, pourrait lui faire accepter les coupes restantes.

 Liquider la Grèce comme on liquide une entreprise

Autrement dit, le FMI souhaiterait liquider la Grèce comme une entreprise qu'on place en redressement judiciaire. C'est oublier que ce jeu-là implique 12 millions de citoyens dont près de 25% sont touchés par la pauvreté, un système politique qui ne survivrait pas à une telle déstabilisation et conduirait aux portes du pouvoir les néonazis d'Aube dorée déjà bien présents au Parlement Grec, et une situation sécuritaire représentant un enjeu vital pour l'Union européenne qui transforme progressivement la Grèce en un gigantesque camp de réfugiés tout en laissant ses membres fermer leurs frontières avec elle.

 En définitive, il est de plus en plus clair que la logique de compromis dans laquelle la Grèce s'est placée, déjà en porte-à-faux avec la souveraineté démocratique de ses citoyens, laisse encore trop de liberté au gouvernement pour les créanciers. Le FMI, en retardant les étapes de cet accord (la "revue des réformes" traîne toujours en longueur à cause de leurs exigences déraisonnables) et en envisageant d'acculer la Grèce au défaut de paiement, démontre qu'il propose moins un memorandum qu'un ultimatum.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/04/2016 à 9:32 :
Quand on fait confiance aux promesses en y jouant sa vie, rien de plus naturel pour les autres de vous manipuler!
a écrit le 04/04/2016 à 19:41 :
Qui paie ses dettes s'enrichit .Le FMI represente les contribuables qui le financent pas plus .La Grece doit 45 milliards d'€ à la France AUX CONTRIBUABLES FRANCAIS .Il y a des pauvres en France qui aimeraient bien profiter de cette somme et je suis sur que la trés grande majorité des français sont d'accord avec ça .Les grecs ont vécus au dessus de leur moyens sciemment ils doivent rembourser ce qu'ils doivent !Faut il rappeller qu'en France quand on fait un emprunt on signe un document sur lequel il est marqué'''Un emprunt vous oblige à le rembourser ,verifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager''' !Des milliers de français sont saisis tous les jours et on ne leur laisse qu'un lit une table et des chaises et il faudrait faire des fleurs aux grecs tricheurs !Regardez plutot la pauvreté en France avant de vous intéresser à celle des autres surtout quand ils ont trichés!Le vrais scandale des donneurs de leçons il est là ........
Réponse de le 04/04/2016 à 23:38 :
Franchement Monsieur arrêtez de casser du sucre sur le dos du peuple grec, savaient ils les magouilles de leurs politiques comme en France qui connaît les magouilles des nôtres ! Les grecs vivent à leur manière comme nous on vit avec la notre
Réponse de le 07/04/2016 à 17:01 :
"Les grecs ont vécus au dessus de leur moyens sciemment ils doivent rembourser ce qu'ils doivent !"
Et jusqu'où voulez-vous aller pour que le peuple grec paye ? Si vous considérez que le traitement fait à la Grèce ce sont des fleurs, renseignez-vous 2 minutes, lisez M. Godin sur ce même site. Renseignez-vous sur les origines de la crise grecque si bien entretenue.
Croyez-vous que la France a les "capacités de remboursement" pour ses propres emprunts ? Peut-on appliquer le document que vous citez à un Etat qui a en charge des millions de citoyens ?
Qui a triché ? Les Grecs ou les créanciers ? Qui pille la Grèce aujourd'hui ?
Combien de Grecs voulez-vous pousser à la rue, sans chaises ni lit ni table pour 45 milliards ? Combien y sont déjà ? Combien de suicides ?
Votre colère serait mieux dirigée contre les évadés fiscaux, cela fait bien plus de 45 milliards...Bien plus.
a écrit le 04/04/2016 à 19:30 :
On nous agite l'épouvantail des néonazis qui émergeraient, mais l'Europe qui se créée aujourd'hui est elle-même inspirée de la doctrine nazi : abolition des identités nationales et culturelles, des fondements de la famille, mode de pensée unique humaniste fallacieuse inspirée par des experts douteux, asservissement des peuples et élimination des "faibles" économiquement...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :