Le « juste soin », pilier d'un nouveau cadre de pensée et d'action pour les acteurs de la santé  !

OPINION. C'est un paradoxe et pas des moindres, mis en lumière par les revendications des professionnels, les discours politiques tenus durant la campagne présidentielle, et l'attention des médias : fermeture de lits, fermetures des urgences, postes vacants de médecins et de soignants : tout le débat se concentre sur l'hôpital, comme un retour à contre-temps à « l'hospitalo-centrisme » que l'on croyait disparu depuis des années. Par Christelle Garier-Reboul, Présidente de B. Braun en France.
(Crédits : DR)

Du fait de son histoire, notre système de santé, de son organisation et de son financement, a été bâti autour de l'hôpital et se concentre sur le soin aux personnes malades. En dépit de ses vertus, ce système, lui-même malade depuis longtemps, est aujourd'hui inadapté aux défis du temps et peu préparé pour l'avenir.

D'un côté, les besoins de santé évoluent et l'ensemble des acteurs de la santé s'accorde à dire que l'enjeu est au moins autant le soin prodigué en tant qu'acte curatif, que la gestion préventive de la santé, qui prend une place croissante comme réponse à nos enjeux sanitaires, comme en témoigne le nouvel intitulé du ministère de la Santé et de la Prévention. Dans le même temps, les pratiques et les technologies médicales, ainsi que le développement du numérique ouvrent les champs des possibles, notamment l'accélération de la prise en charge ambulatoire pour répondre à la recherche d'efficience des établissements et de la pertinence des soins des patients.

Or cette pertinence des soins, qui doit s'ériger en priorité des futures politiques de santé publique, n'est aujourd'hui ni une réalité, ni une priorité. Pilier du plan « Ma Santé 2022 », cet axe de travail a été perdu pendant la crise sanitaire alors même que 20 à 30% des actes réalisés n'auraient pas, d'un point de vue médical, une grande pertinence.

Si l'on met en regard le fait que les décideurs publics ont construit depuis 20 ans une stratégie de régulation des prix par le volume, à la fois pour les offreurs de soins (hôpitaux et cliniques via la T2A) et pour leurs fournisseurs - industrie du médicament et dispositif médical le constat est imparable : il faut changer !

Aujourd'hui, le système n'est vertueux ni pour l'hôpital, qui est incité à « capter » les patients et à optimiser la cotation T2A, son mode majeur de rémunération, ni pour le médecin de ville, la rémunération à l'acte demeurant majoritaire. Un système qui finalement met en concurrence les acteurs plutôt qu'il ne les incite à collaborer.

Pourtant, ce système obsolète doit être réinventé en plaçant au cœur des enjeux économiques, sanitaires et du financement le critère du « juste soin ». D'un point de vue médical, c'est celui qui est accepté et utile pour le patient. D'un point de vue économique, c'est celui qui engage de manière raisonnée les comptes publics et les complémentaires santé sans alourdir le reste à charge des patients. D'un point de vue éthique et professionnel, c'est celui qui rémunère de manière juste les professionnels et les industriels sans qui la prise en charge de qualité serait impossible.

Pour répondre au développement de ce « juste soin », et rompre avec la logique de pré carré qui prévaut jusqu'à aujourd'hui et nuit à l'efficience de notre système, nous appelons de nos vœux à la création d'une communauté d'intérêts en santé. Cette communauté est rendue possible du fait des aspirations nouvelles des professionnels et des solutions technologiques, notamment numériques qui donnent à voir de nouvelles pratiques collaboratives. Néanmoins, soyons clairs : on ne peut pas coopérer si le développement d'activité de l'un se fait au détriment des autres acteurs.

Nous sommes convaincus que travailler à l'amélioration de la pertinence des soins, c'est dégager une marge de manœuvre supplémentaire pour financer un système de santé plus juste, qui redonne du sens au travail de chacun. Travailler à l'amélioration de la pertinence des soins, c'est aussi proposer une démarche où le patient est forcément gagnant, en matière d'accès aux soins et en qualité de prise en charge. Enfin, il est aussi question de mettre en place une démarche dans laquelle les produits de santé sont rémunérés à leur juste prix, en intégrant la valeur de leur apport, qu'il soit technologique, médical, socio-économique ou environnemental.

Face à une crise sans précédent du secteur de la santé et au moment où s'installe la nouvelle Assemblée nationale et où le Gouvernement s'apprête à lancer une grande concertation en santé, nous formulons le vœu que soit enfin questionnées la pérennité et la performance du financement actuel du soin et de la santé. Collectivement, nous pouvons agir en faveur d'un système vertueux qui place le « juste soin » au cœur des décisions et des investissements.

C'est tout le système de financement de la santé qu'il faut réformer.

Les industriels que nous sommes sont prêts à ces bouleversements. Nous avons d'ailleurs commencé à nous transformer pour mieux répondre à ce nouveau cadre de pensée et d'action. Encore faut-il que les décideurs publics s'en saisissent.

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Commentaires 2
à écrit le 20/09/2022 à 11:49
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Bah ils se rendent compte que la délocalisation c'était naze, ils se rendent compte qu'il faut plafonner les prix, allez savoir peut-être qu'ils vont finir par se rendre compte qu'il faut bien s'occuper des gens à un moment ? Ou alors on nous exécute...

à écrit le 20/09/2022 à 9:20
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Quand on pense à la gabegie dépensière qu'il y a eu pendant deux ans sous le prétexte fallacieux du covid-19, c'était vraiment du grand n'importe quoi

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