Le Luxembourg, pôle d'excellence et champion de la croissance

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La philarmonie à Luxembourg
La philarmonie à Luxembourg (Crédits : DR)
Le Luxembourg est loin d'être seulement une zone de transit de capitaux. Par Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for Finance

 Jeudi 9 décembre 2015, Michel Santi, a publié dans La Tribune une violente chronique à charge contre le Luxembourg. Il y explique notamment que ce pays n'est qu'une « zone de transit pour des capitaux en quête de fraude, ou au minimum d'honorabilité fiscale » et « caracole toujours en tête des nations jouissant encore du secret bancaire ». Il affirme aussi que ce pays ne possède « nulle main d'œuvre qualifiée ou matière grise exceptionnelle » et, du fait du rôle joué par sa place financière, figure « bon dernier du classement parmi les pays développés en termes de croissance et de confort matériel qu'il génère en faveur de ses résidents. ».

 L'examen des faits et chiffres

Or la réalité est exactement contraire aux affirmations contenues dans cette chronique. Pas un seul des arguments qui s'y trouvent développés ne résiste à l'examen des faits et des chiffres ! Le Luxembourg est aujourd'hui l'une des principales places financières européennes et un pôle d'excellence dans la banque, la gestion de fortune, l'industrie des fonds d'investissement et l'assurance. Et il construit son avenir dans les services financiers digitalisés en attirant nombre de start-up de la Fintech, motivées autant par le marché financier et la qualité de la main d'œuvre, que par l'infrastructure de soutien à l'innovation qu'elles trouvent au Grand-Duché.

La spécialisation sur l'international est le fil reliant toutes les activités de la place luxembourgeoise, laquelle tire sa force de la grande technicité des 44 000 professionnels de la finance et de l'assurance travaillant sur son territoire.

Contrairement à des pays plus grands, focalisés principalement sur leur marché domestique, le Luxembourg a, dès les années 80, saisi l'opportunité qu'offrait la première directive OPCVM pour créer un marché qui n'existait pas auparavant : le marché pan-européen de fonds de placement.

 Gestion de l'épargne et financement des entreprises

A partir de cette première réussite, le Luxembourg a peu à peu développée ses expertises dans de nombreux autres domaines liés à la gestion de l'épargne ou au financement des entreprises. C'est ainsi, par exemple, qu'il est devenu le principal hub en Europe continentale pour les banques chinoises et s'est hissé au rang de premier centre en Europe pour la mise en place de fonds d'investissement libellée en Renminbi ou la cotation d'obligations libellées en monnaie chinoise. Cette expertise est appréciée dans toute l'Europe, au point que la première entreprise française à émettre en yuans a choisi la Bourse de Luxembourg pour coter son obligation et ainsi avoir accès à des investisseurs internationaux.

Ni le secret bancaire, ni un quelconque avantage fiscal n'ont joué un rôle dans le développement de telles activités. Et en ce qui concerne les organismes de placement collectif, il faut signaler que le Luxembourg leur applique une taxe d'abonnement n'existant sur aucune place concurrente en Europe.

 Vers plus de transparence fiscale

Non seulement le Luxembourg ne s'accroche pas au secret bancaire sous sa forme fiscale, mais il a pris la décision d'y renoncer il y a plusieurs années déjà. Depuis 2009, avec l'adoption de l'échange d'information sur demande, le Luxembourg accompagne le mouvement international vers plus de transparence fiscale. En novembre 2014, le Parlement luxembourgeois a posé le dernier acte dans l'abandon du secret fiscal. Depuis le 1er janvier 2015, le Luxembourg pratique l'échange automatique d'informations avec les autres pays de l'Union européenne. Le Luxembourg est d'ailleurs parmi les pays pionniers qui appliqueront le standard mondial unique de l'OCDE (« Common Reporting Standard ») pour un échange automatique d'informations fiscales entre pays.

 Pour un système fiscal international plus juste

Le Grand-Duché se situe ainsi au même niveau que ses partenaires européens et la plupart des pays industrialisés.La place financière doit son succès à d'autres facteurs, et notamment à la diversité et à l'excellence de son industrie financière.

Au-delà du secret bancaire, le pays s'est engagé dans une profonde dynamique de réformes et, en tant que Président en exercice du Conseil de l'Union Européenne, il joue un rôle décisif dans l'effort collectif des Etats-Membres pour un système fiscal international plus juste.

Lors d'une récente table ronde, le Commissaire Européen Pierre Moscovici a souligné « les progrès accomplis depuis deux ans par le Luxembourg » ainsi que « son soutien sans faille au projet BEPS », bouclé en octobre 2015 et destiné à empêcher les multinationales d'échapper à l'impôt.

La plus forte proportion de personnes hautement qualifiées

Pour ce qui est de la qualité de la main d'œuvre luxembourgeoise, non seulement il est faux de dire que le Luxembourg ne comporte « nulle main d'œuvre qualifiée ou matière grise exceptionnelle », mais toutes les études internationales démontrent au contraire qu'il est un champion dans ce domaine ! Sur 124 pays analysés dans l'Etude Human Capital du Forum économique mondial, le Luxembourg est celui qui comporte la plus forte proportion de personnes hautement qualifiés, avec 59,6% du total de l'emploi national. Le Grand-Duché se classe d'ailleurs troisième au monde pour sa capacité de développer, attirer et réussir à retenir les talents dont ont besoin les entreprises selon l'enquête IMD World Talent de 2015. Conséquence logique, le Luxembourg se distingue par le haut niveau de productivité de sa main d'œuvre, le premier en Union européenne.

 L'un des meilleurs élèves européens

Enfin, au Grand Duché les résidents parlent en moyenne 3,6 langues. 84% de la population maîtrise au moins 2 langues (contre 19% en France) et 61% au moins 3 langues au-delà de leur langue maternelle. C'est naturellement un atout considérable à l'heure du développement des échanges intra-européens et de la mondialisation.

En matière de croissance et d'emploi, non seulement le Luxembourg n'est pas à la traîne, mais il est, une fois encore, l'un des meilleurs élèves européens.

 4,1% de croissance en 2014

Entre 1961 et 2011, sa croissance moyenne annuelle a été de 3.8% par an. Ce taux est supérieur à celui de l'Union Européenne à 15, où il n'atteint que 2.7% sur cette période. De 1985 à 2007, la croissance luxembourgeoise s'élève à 5.3% par an, soit plus du double de celle de l'Union Européenne à 15 (2.3%). Pendant les années de crise financière (2008-2011), le PIB du Grand Duché est certes en récession de 0,1% par an, mais ce chiffre reste meilleur que la moyenne de l'Union Européenne (-0,2%). Et surtout, en 2014, le Luxembourg s'est hissé à un taux de croissance de 4,1%.

Les performances du pays en matière d'emploi sont à la hauteur de sa croissance économique élevée. Entre 1985 et 2007, l'emploi dans le Grand Duché a progressé de 3.3%, contre seulement 1.2% dans l'Union Européenne à 15. Et pendant la dernière crise financière (2008-2011), l'augmentation annuelle moyenne de l'emploi a encore atteint 2.7% alors que l'Europe dans son ensemble enregistrait une baisse (-0.3%).

 Un risque de pauvreté inférieur à la moyenne

En octobre 2015, le taux de chômage au Luxembourg s'élève à 6,8%, bien en-dessous de la moyenne dans l'Union Européenne (9.3%). Enfin, les personnes en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale représentent 19% de la population, taux qui se situe parmi les plus bas d'Europe (moyenne européenne : 24,4%).

Sa performance économique constitue une autre de ses forces dans la mesure où il s'agit de l'un des neuf pays au monde et l'un des deux seuls en zone euro à bénéficier d'une notation AAA par les principales agences de crédit, le Luxembourg est un modèle de stabilité politique, sociale, économique et fiscal. A 23,2% par rapport au PIB, la dette publique luxembourgeoise représente à peu près la moitié de la dette publique suisse et une fraction de la moyenne européenne. C'est cette stabilité qui attire également de nombreux acteurs financiers.

 Un véritable moteur économique régional

 Non seulement l'économie luxembourgeoise crée de la richesse et de l'emploi pour les résidents luxembourgeois, mais le Grand-Duché est un véritable moteur économique régional. Près de 20% de sa population active sont des frontaliers français. C'est précisément l'essor économique du Luxembourg qui leur a permis de trouver un emploi. Souvent dans un domaine autre que la finance, car le Luxembourg a une industrie très riche et diversifiée, que ce soit dans la logistique, les équipementiers automobiles, l'industrie des TIC, pour ne citer que ceux là.

Non seulement le Luxembourg n'est pas une simple « zone de transit de la finance », mais il est un État doté d'une économie remarquablement performante et complète. Sans jeter aux orties sa tradition industrielle séculaire, il a su tirer parti de sa position au cœur de plusieurs grandes régions économiques Européennes et à la lisière des cultures germaniques et latines, pour devenir un pôle d'excellence dans les hautes technologies et la finance. Loin d'être un handicap, sa petite taille lui permet d'être à l'écoute des mutations du monde moderne et de se réformer rapidement lorsque c'est nécessaire, tout en préservant des valeurs humanistes héritées de la grande époque des cités marchandes. Le Luxembourg est un concentré d'Europe, avec un passé très riche et un avenir qu'il bâtit en harmonie avec ses partenaires des pays voisins. Et c'est un pays accueillant : il mérite qu'on le visite, plutôt que de parler de lui sans le connaître !

 Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for Finance

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