Les banquiers doivent changer leur culture

C'est à un vrai changement des mentalités que les banquiers doivent s'atteler, pour regagner la confiance du public. Par Jean-Claude Trichet, président du Groupe des Trente, ex-président de la Banque centrale européenne et gouverneur de la Banque de France.
Jean-Claude Trichet, président du Groupe des Trente, ex-président de la Banque centrale européenne et gouverneur de la Banque de France.
Jean-Claude Trichet, président du Groupe des Trente, ex-président de la Banque centrale européenne et gouverneur de la Banque de France. (Crédits : Reuters)

Les banques et l'activité bancaire reposent sur la confiance. Mais s'il faut des années pour parvenir à une relation de confiance, celle-ci peut disparaître de manière abrupte si une banque fait preuve d'un manque d'éthique, de respect des valeurs,  si tout simplement elle se comporte mal.

Un catalogue d'échecs

Les évènements à l'origine de la crise financière mondiale de 2008, ainsi que les scandales qui sont apparus au grand jour dans son sillage - des manipulations du LIBOR (taux interbancaire offert à Londres) à la violation des règles internationales  et au blanchiment d' argent - constituent un catalogue d'échecs de la culture régnant dans certaines des institutions financières mondiales. Il est vrai que depuis la crise des mesures d'envergure ont été prises pour renforcer le système financier. Mais subsiste une grande faiblesse : dit brutalement, il s'agit de la culture de prise de risque qui prévaut encore dans certains secteurs des banques internationales et au sein du système financier lui-même.

Des changements promis, non suivis d'effet

 Trop souvent, les promesses des dirigeants des banques de changer leur "culture d'entreprise" et de veiller à la bonne conduite de leurs employés n'ont pas été suivies d'une mise en œuvre rigoureuse. Dans trop de cas, les banques ne respectent pas pleinement  leur obligation d'être au service de la communauté et de l'intérêt général.

Il est vrai que le secteur bancaire paye le prix fort pour ses erreurs, avec des amendes, des poursuites judiciaires et un renforcement de la régulation qui leur ont coûté à ce jour au total quelques 300 milliards de dollars. Mais le contribuable qui n'y est pour rien a dû lui aussi en supporter le coût, à la fois direct et indirect. Bien qu'une poignée de "traders voyous" (auquel on  peut ajouter depuis peu un manipulateur du LIBOR) ait fini en prison, ce serait faire preuve de trop d'optimisme que de croire que la punition est suffisante pour transformer la culture bancaire.

Regagner  la confiance de l'opinion publique

Pour que les banques et les autres institutions financières puissent remplir leur rôle crucial de soutien à la croissance et à l'emploi, elles doivent absolument agir pour regagner pleinement  la confiance de l'opinion publique. Mais comment ?

Renforcer encore la régulation n'est peut-être pas le meilleur moyen : l'accumulation des réglementations et des normes n'est pas la mieux adaptée pour définir la "bonne culture" d'entreprise et éliminer la "mauvaise culture ". Mais la pression en faveur d'un renforcement de la régulation va croître si les banques ne montrent pas qu'elles s'attaquent efficacement au défi du changement culturel. Malheureusement, nombre d'entre elles n'ont fait que quelques pas guère convaincants dans cette direction.

Changer le cœur des opérations

Il ne suffit donc pas de mieux veiller au respect de la réglementation. Dans un nouveau rapport, le Groupe des Trente estime que les banques doivent faire beaucoup plus. Un véritable changement doit affecter le cœur de leurs opérations au quotidien. Elles doivent modifier leur procédure de compensation qui récompense les prises de risque excessives, protéger les lanceurs d'alerte, recruter et former leur personnel de manière à ce qu'il applique en permanence une éthique d'intégrité , et veiller à ce que leur conseil d'administration joue un rôle plus actif dans la supervision. Je pense que si les conseils d'administration avaient été conscients des comportements inadmissibles observés dans certaines institutions-  des ventes abusives à la fixation anormale des prix- ils auraient agi pour y mettre fin.

Changer les mentalités

Soyons clair : modifier les valeurs et concevoir une nouvelle culture d'entreprise prend du temps et nécessite beaucoup de travail. Pour réussir, des réformes en ce sens supposent de changer les mentalités au sein de l' entreprise et d'habituer le personnel à l'autorégulation. Un code écrit constitue un élément indispensable pour préserver et renforcer cette culture, mais à lui tout seul il n'y suffit pas.

Le Groupe des Trente considère que des rappels constants et inlassablement répétés  sont indispensables. Le personnel doit intégrer par réflexe ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. Il doit être imprégné d' une culture qui valorise le strict respect d'une éthique exigeante.

Sanctionner les employés manquant d'éthique

A cette fin, les valeurs et la culture d'intégrité  d'une banque doivent avoir toute leur place dans ses décisions relatives au recrutement, à la promotion et au licenciement de son personnel. Le respect des  valeurs et de l'éthique par ceux de ses employés qui sont amenés à prendre des risques devrait compter pour 50% dans leur évaluation annuelle. Le non-respect de la culture éthique au sein d'une banque devrait avoir des répercussions sur la carrière de ses employés - et lorsque c'est nécessaire -y mettre fin.

Les régulateurs et les superviseurs du secteur bancaire ont aussi un rôle décisif à jouer. Ils doivent travailler avec les conseils d'administration et les dirigeants exécutifs pour veiller à ce que les principales réformes soient mises en œuvre et appliquées de manière cohérente. Il faut considérer les échanges fréquents et réguliers entre les responsables du contrôle et les banques comme un élément essentiel de ce processus.

Les banques centrales ont été consternées de voir que nombre de banques ne font guère de progrès sur la voie de la résolution des problèmes internes difficiles posés par leur conduite et leur culture. L'inquiétude à ce sujet atteint maintenant un point tel qu'il n'est plus possible d'attendre. Soit les banques se réforment d'elles-mêmes, soit les autorités publiques seront conduites à intervenir encore davantage.

Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz

Jean-Claude Trichet est président du Groupe des Trente. Il a été président de la Banque centrale européenne et gouverneur de la Banque de France. © Project Syndicate 1995-2015

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 7
à écrit le 09/09/2015 à 13:40
Signaler
Je ne comprends pas comment La Tribune donne la parole à un type aussi incompétent que Trichet. Il aurait dit être jugé pour ne pas avoir correctement contrôlé le CL lorsque il était directeur du trésor.Le gouvernement de l'époque l'a couvert, pour ...

à écrit le 09/09/2015 à 11:49
Signaler
Celui qui à Francfort anesthésiait les liquidités qu'il répandait joue au vieux sage , après avoir bien participé à la destruction de la confiance avec la finance de casino avant et après le krach de 2.007/2.008. Rien n'a changé, sinon le perfectionn...

à écrit le 09/09/2015 à 11:17
Signaler
Quelques extraits : " Le non-respect de la culture éthique au sein d'une banque devrait avoir des répercussions sur la carrière de ses employés" "... si les conseils d'administration avaient été conscients des comportements inadmissibles observés ...

à écrit le 09/09/2015 à 11:05
Signaler
Le business n'a rien avoir avec une quelconque "mentalité", éthique ou sens du bien communs. C'est la dérégulation qui est coupable, donc les hommes politiques. Les banques ne font qu'appliquer les lois inéquitables créées par les gouvernements. Les ...

à écrit le 09/09/2015 à 10:45
Signaler
" Soit les banques se réforment d'elles même, soit les autorités publiques seront conduites à intervenir encore davantage " ....! Vœu pieux : la moindre tentative de réforme sérieuse ces dernières années a été enterrée vite fait par l'UE. Moscovici ...

à écrit le 09/09/2015 à 10:24
Signaler
Pour 90% de la populations tout ceci est bien éloigné de ses préoccupations quotidiennes à savoir le financement de sa maison ou de sa voiture, d'un découvert ponctuel ou du placement de son épargne sur un PEL ou autre . Mais surtout le financement ...

à écrit le 09/09/2015 à 7:53
Signaler
Donc, si j'ai bien compris, Mr Trichet suggère que soit limitée strictement la pratique des bonus et autres primes car sinon les banques vont être nationalisées. Je suis entièrement d'accord.

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.