Les marchés financiers au secours du climat ?

Par François-Xavier Carayon  |   |  672  mots
(Crédits : DR)
L'information sur les risques que le changement climatique fait peser sur les entreprises peut orienter les investisseurs. Ce qui incite en retour les entreprises à changer leur business model, et à présenter un profil environnemental plus favorable. Par François-Xavier Carayon, consultant en stratégie

La COP21 a suscité de grands espoirs chez les nombreux observateurs soucieux de faire évoluer les mentalités et les législations en matière de changement climatique. Un an après, une pierre importante vient d'être posée afin d'associer marchés financiers et entreprises à cette révolution. Le Financial Stability Board (FSB), groupement international issu du G20, coordonnant les grandes autorités financières nationales et internationales, a lancé en décembre 2015 une task force (TCFD) pour travailler sur le reporting des entreprises en ce qui concerne les risques financiers liés au climat. Ce groupe de travail, présidé par l'ancien maire de New-York Michael Bloomberg, vient de rendre ses recommandations.

RSE: des données partielles

Le nombre de sociétés publiant déjà des informations relatives à la Responsabilité Sociale de l'Entreprise (RSE) a, certes, atteint des niveaux très élevés au cours des dernières années. Près de 75% des sociétés à travers le monde publieraient aujourd'hui des données RSE, avec des taux de publication relativement homogènes entre l'Amérique du Nord, l'Europe et la région Asie-Pacifique, selon KPMG. Mais les données publiées sont souvent très partielles et leurs modèles de reporting si peu uniformisés (notamment en matière environnementale) que leur lisibilité est faible.

La task force s'est donc efforcée de proposer une méthode standardisée et intelligible, permettant d'évaluer les risques financiers encourus par les entreprises du fait du changement climatique. Ce nouveau modèle tire parti des nombreuses initiatives passées dans le domaine (GRI, SASB...). L'objectif est pour les entreprises de pouvoir communiquer une information directement utilisable par les investisseurs, 'prêteurs' et assureurs. En ce sens, cette mission entend aider les marchés à prendre en compte les phénomènes de long terme de changement climatique souvent ignorés du fait de leur complexité. Ce modèle inclut notamment une analyse de l'impact potentiel sur les entreprises de différents scénarios climatiques, notamment celui d'un réchauffement climatique de 2°C d'ici 2100, et d'une transition vers une économie moins émettrice en carbone.

Des risques physiques, d'abord

 Les risques sur l'équilibre financier des entreprises, pris en compte dans cette mission, sont d'ordre physique d'abord. L'augmentation des inondations et autres catastrophes climatiques fait peser un risque de plus en plus grand sur les actifs des sociétés. Les entreprises courent aussi des risques en matière de responsabilité juridique et légale. Il s'agit notamment d'actions collectives en justice engagées par les victimes des catastrophes à l'encontre de ceux qui seraient tenus pour (co)responsables de ces évènements. Il y a enfin des risques dits de transition, qui concernent les sociétés qui devront ajuster, plus ou moins brutalement, leurs business models aux impératifs d'une économie durable et sobre en émissions de carbone.

En pouvant mieux identifier les entreprises qui seront les plus impactées financièrement par le réchauffement climatique, les investisseurs, 'prêteurs' et assureurs pourront déterminer leurs stratégies commerciales en connaissance de cause et limiter les prises de risque inconsidérées. Mais, ce faisant, ces outils devraient aussi inciter les entreprises à transformer leurs business models pour devenir plus résilients aux effets du changement climatique et ainsi présenter un profil environnemental plus favorable.

 Une démarche reposant seulement sur le volontariat

Seul bémol, mais de taille : ces pratiques de reporting relèvent pour l'heure d'une démarche volontaire des entreprises. L'assureur Swiss Re vient d'annoncer l'adoption de ces recommandations, mais le FSB n'a pas l'autorité pour imposer largement de telles pratiques. Une période de consultation de 60 jours s'ouvre désormais pour améliorer le modèle proposé. C'est sans doute au tour des politiques et des représentants de la société civile de se mobiliser autour de ce projet, sans quoi la mission ne restera qu'une synthèse supplémentaire quoiqu'audacieuse.

François-Xavier Carayon

Consultant en stratégie

Diplômé de l'Université d'Oxford