Loi de santé, tiers payant : les occasions manquées

 |   |  596  mots
François Haab
François Haab (Crédits : DR)
La loi santé s'est focalisée notamment sur le tiers payant, sur des mesures qui compromettent la médecine libérale. Les vraies réformes sont ailleurs. Par François Haab, professeur de médecine, conseiller de Paris UDI-MoDem, Responsable des questions de santé au MoDem.

Le projet de loi de santé récemment adopté en deuxième lecture à l'Assemblée nationale, dans des circonstances particulières, constitue une nouvelle occasion manquée de se poser les vraies questions et d'apporter des solutions à une régulation efficace des dépenses de santé en France.

Le débat qui a entouré ce projet de loi s'est cristallisé sur la notion de tiers payant. Cette modification administrative, qui avait été d'ailleurs annoncée par le candidat François Hollande, pour qui les médecins ont voté en majorité lors des dernières élections, si l'on en croit les enquêtes d'opinion, est un coup d'épée dans l'eau.

Pas d'amélioration des soins

 En effet, à part alourdir de manière considérable, -insupportable diront certains-, la charge administrative du médecin, cela n'améliorera ou ne fluidifiera en rien l'accès aux soins.

 Ainsi, notre système d'assurance maladie a déjà mis en place les outils permettant aux plus démunis d'avoir une dispense d'avance de frais lors de toute consultation médicale : dispositif CMU récemment élargi, CMU-C, ou encore ACS. Cela est juste et nécessaire. En revanche la demande récurrente de nos patients est que le temps de la consultation, souvent considéré comme trop bref, soit un temps « médical » exclusif et non dévoré par des considérations purement technocratiques voire bureautiques : vérification de l'ouverture des droits, vérification du contrat de mutuelle et du niveau de garanties,...

Où est le choc de simplification administrative?

Le choc de simplification administrative a décidément évité le champ de l'exercice médical. Alors même que tout est fait, d'ailleurs de manière assez consensuelle et trans-partisane, pour faciliter l'exercice médical libéral dans les grandes villes, et singulièrement à Paris, voilà une mesure qui risque de dissuader plus d'un jeune diplômé avant de visser sa plaque.

Que l'on se s'y trompe pas, nos concitoyens sont très attachés, et ils ont raison, à leur liberté de choix du médecin, à la possibilité de pouvoir consulter dans le respect du parcours de soins le médecin libéral qu'ils ont choisi ou d'avoir recours au service public de santé.

La pérennité de la médecine libérale en jeu

Lorsque les Français se rendront compte, peut-être trop tard, que les mesures adoptées vont compromettre gravement la pérennité de la médecine libérale, alors le réveil sera brutal. Les français sont un peuple de liberté, liberté de choix notamment pour les actes essentiels de la vie dont la santé est un élément majeur. Rappelons-nous 1983 et la défense de l'enseignement privé sous contrat. Le combat qui s'ouvre est du même ordre, de la même ampleur pour la médecine libérale conventionnée.

Bien sûr il ne s'agit pas de plaider pour l'immobilisme. Notre système de soins doit être modernisé, régulé, contrôlé même. Les médecins y sont prêts. Mais ceci ne peut se faire qu'avec un dialogue approfondi associant les professionnels de santé, les associations de patients et les organismes financeurs. Des sources réelles d'économies existent qui permettront de financer les progrès scientifiques de demain et de continuer à garantir l'accès aux soins pour tous.

Ceci passe par une véritable refondation de notre pacte social sanitaire.

C'est tout l'enjeu des débats politiques qui nous attendent dans les prochains mois.

___

Professeur François HAAB
Conseiller de Paris UDI-MoDem
Responsable des questions de santé au MoDem

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/12/2015 à 14:46 :
Ce qui est à revoir, ce n'est pas le tiers payant, mais plutôt l'institutionnalisation des mutuelles dans le paysage avec un financement qui n'est plus solidaire. Quant au sigle "CMU" il est à revoir car s'il est limité aux pauvres il ne s'agit pas d'une couverture universelle. Ce qu'il faut faire est donc très différent : d'abord il faut cesser de lier directement l'assurance-maladie et le prélèvement proportionnel qui la finance. Il doit y avoir d'une part une allocation universelle de santé financée intégralemment par la CSG permettant à qui le souhaite d'être couvert à un tarif fournissant une vraie CMU (universelle cette fois-ci) pour environ 250 euros par mois et par personne. Seule la couverture est obligatoire, chacun peut choisir de se payer avec cette allocation une mutuelle ou une assurance au lieu et place de la CPAM. Seule la CPAM ferait l'objet du tiers payant et ainsi il n'y aurait aucun problème d'administration pour les médecins (il n'appartient pas à l'état d'organiser le tiers payant pour le compte des mutuelles). De plus avec ce système, les employeurs ne seraient plus tracassés par ce problème qui ne les concerne pas.
a écrit le 22/12/2015 à 13:39 :
La médecine libérale n'est déjà pas vraiment libérale. C'est en grande partie la sécurité sociale qui la finance et si ce n'était pas le cas, les gens iraient beaucoup moins voir le médecin...
Réponse de le 09/09/2016 à 23:07 :
Et comment croyez-vous que les médecins vivent das les pays sans sécu ? Dans ces pays, ce sont les malades qui sont malheureux, pas les médecins...
a écrit le 22/12/2015 à 11:01 :
a 2016 les malades atteints d'un cancer, pourront-ils être soigné? C'est une question qui est posée par une association , Aux pouvoirs publics, Ainsi que à l'industrie de santé, soi-disant que les prix des médicaments, vont exploser, pour les malades atteints d'un cancer , mais aussi pour d'autres maladies , qui va pouvoir se faire soigner , si les médicaments deviennent un luxe , bien sûr il y aura les riches, qui pourront se faire soigner la classe ouvrière, ainsi que les retraités Avec des petites retraites, ne pourront plus se faire soigner, c'est ça la politique de la gauche, et de la droite, mais aussi de l'industrie de la santé, réveillez-vous citoyens, votre santé est menacée,
a écrit le 22/12/2015 à 10:49 :
Bonjour,
L'article est intéressant, néanmoins de mon point de vue le véritable sujet n'est ni le maintien de la médecine libérale qui bien entendu perdurera, ni les aménagements possibles pour les médecin mais plutôt les moyens d'améliorer la santé de nos concitoyens en les poussant à se soigner dans une période qui voit s'éroder sérieusement leurs revenus ce qui les poussent à reporter leurs soins et parfois à en mourir prématurément.
Oui les médecins doivent continuer à vivre bien (car avec une moyenne de 5000€ de revenu en France ce sont tout de même des professions qui vivent bien), mais il est aussi normal de moraliser (oui j'ose le mot) la profession en rappelant que l’essentiel n'est pas l’argent gagné par le médecin mais l'assistance apporté au patient (cf serment d’Hippocrate) et en cela l'état et la collectivité locale au travers de la sécurité sociale ont fait un choix qui est humain, viable et profondément égalitaire ce qui est devenu de plus en plus rare dans notre nation.
L'égalité face à la santé sera assuré via cette loi et c'est le principal. Ensuite les micro ajustements pour réduire les délais de remboursements auront lieu c'est certain en dernier lieu la suppression du cash au sein de la profession éliminera deux phénomènes à savoir la fraude (car cela existe les médecins sont aussi des êtres humains qui sont parfois tentés) mais également les braquages d'officine médicales qui existent et dont on parle peu.
Bref en dehors de l'administratif qui peut-être un peu pénible (et encore de nombreux médecins ont signifiés qu'il y avait pas mal d’exagération de la part de certains médecin partisans) et qui va être dans les 24 mois automatisé via un système informatique, et bien entendu les délais de paiements à automatiser, il n'y a pas de réel grief contre cette loi qui est profondément juste. Et au lieu de s'en prendre à une loi déjà votée dont le décret d'application est en cours de validation, il vaux mieux travailler avec le gouvernement pour l'améliorer.
Réponse de le 09/09/2016 à 23:15 :
Vous ne comprenez pas. 1° Le tiers payant asservira les médecins aux financeurs et ce sera à votre détriment, car les financeurs n'ont pas de code de déontologie. 2° La réforme actuelle vise à brader notre système social et égalitaire au privé, qui en fera un système inégalitaire. Vous tenez vraiment à une médecine à l'américaine ? (où les médecins gagnent bien mieux leur vie d'ailleurs...) 3° Les médecins français gagnent beaucoup moins bien leur vie que la moyenne des médecins européens, surtout en considérant l'équivalent salaire horaire. (Les médecins grecs, pas fous, n'émigrent pas chez nous : pourquoi croyez-vous que seuls viennent ici des médecins roumains ou africains ? et encore... il y en a qui repartent !!) 4° Quel rapport entre la suppression du cash et celle de la fraude ? De toutes façons le fisc se base sur vos remboursements, donc, à moins que vous n'acceptiez de ne pas être remboursé, je ne vois pas bien comment nous ferions du "black" ! Quant aux cambrioleurs, rassurez-vous : ils en auront (ils en ont déjà) après nos ordinateurs et nos téléphones.. (sans parler des ordonnances)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :