Mobilité, numérique, évolution des modes de travail et nouveau lieux - l'œuf et la poule

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(Crédits : Reuters)
Peut-on travailler différemment parce que l’on est mobile ou peut-on être enfin mobile parce que l’on travaille différemment ? Ultra-mobilité, nouvelles façons de travailler : lequel influence l’autre ?

La mobilité et les nouvelles façons de travailler ont en commun le fait d'amplifier le dynamisme économique de l'entreprise et, au-delà, l'organisation de la ville en floutant notamment les frontières entre le bâtiment et les transports. La portabilité des outils de travail et la possibilité d'une connectivité sans limite géographique ont rendu poreux les usages des infrastructures immobilières classiques : bureaux / commerces / habitations. D'autre part, abandonnant les traditionnels mouvements pendulaires, les salariés ou indépendants contribuent à d'autres formes de transports ponctuels, en particulier en ville - vélos, trottinettes ou voitures en libre-service - complétant les offres plus traditionnelles de transports publics, eux-mêmes de plus en plus flexibles, ou privés.

On peut se demander s'il y a encore, en 2018, un rapport entre le travail et le lieu de travail. Puisque l'on peut tout faire depuis son téléphone, donc depuis son lit ou sa salle de bain, pourquoi se déplacer ? La technologie aurait pu justifier une forme de démobilité, ne nous rendant plus obligé de nous déplacer pour « aller travailler ». Pourtant l'hyper mobilité semble prendre le pas sur la démobilité. En effet, nous pouvons parcourir 1000 km en 1h30, disposer d'une voiture en 2 minutes grâce à une App, alors pourquoi ne pas travailler en voyageant ? En 30 ans, le digital et l'ultra-mobilité ont refaçonné les espaces de travail. Si la flexibilité des espaces de travail et la portabilité des outils permettent aux salariés et aux indépendants de travailler de n'importe où, tant mieux car selon l'enquête IPSOS Revolution at Work 2017, 52% des français souhaitent travailler plus souvent « ailleurs » que « sur leur lieu de travail ».

On comprendra : home office ou dans une multitude de tiers lieux ou encore cafés, restaurants, parcs, trains ou même voitures autonomes ? Chacun tend donc à choisir parmi l'offre, la meilleure solution, qui se situe finalement dans l'adaptabilité plus que dans l'accumulation ou la recherche absolue de vitesse. En effet malgré ces possibilités, on constate que le bureau reste quand même une demande réelle. Car plus on a la capacité de travailler « de n'importe où », plus on a besoin à un moment ou un autre de retrouver un cadre et ses collègues. Aujourd'hui l'innovation vient du côté des territoires. Alors qu'on pourrait imaginer que ce sujet soit préempté par les entreprises pour aider leurs collaborateurs, il se trouve que ce sont les collectivités locales qui sont force de proposition sur les solutions à apporter. Pour les territoires, les enjeux posés par ce quatuor de la flexibilité - mobilité ; modes de travail ; digitalisation et nouveaux lieux - sont palpables et il est crucial pour eux de les adresser pour rendre les espaces attractifs.

Pour accompagner ces tendances de fond, le ministère de la Cohésion des territoires a d'ailleurs lancé une mission chargée de formuler les propositions pour développer des espaces de travail adaptés aux besoins d'aujourd'hui, dans toutes les villes ainsi que les territoires ruraux. Avec 1800 tiers lieux répartis sur le territoire, la France est déjà l'un des pionniers et champions du sujet, en Europe et dans le monde. Désormais l'enjeu d'organisation entre mobilité et tiers-lieux est fondamental : quid des lieux adaptés aux nouvelles formes de travail mais sans accès efficaces, simples et rapides ? des systèmes de mobilité efficients mais pas de lieux adaptés aux nouvelles formes de travail ?

On voit à quel point les deux sujets sont liés pour la compétitivité des territoires et des villes. Les initiatives les plus intéressantes émanent souvent des villes et même de certains pays avec la multiplication de « bouquets de services de transports », via une application et une facture unique - comme celle de Mulhouse, qui rajoute le covoiturage à l'offre de transport public. D'autres vont plus loin, comme le gouvernement belge proposant un forfait mobilité avec paiement dans les tiers-lieux - et liant de fait le sujet de la mobilité, du travail, du digital et du lieu. Les gares, hubs essentiels des échanges entre régions, sont aujourd'hui le cœur du réacteur du sujet de la mobilité et de la ville de demain.

Alors puisque la technologie nous le permet, embrassons l'intermédiation, la salle de réunion et les espaces de travail virtuels, le remote-everything, etc. tout en réinventant la réunion, le rendez-vous et la rencontre. L'ultramobilité tout comme la démobilité promises par les nouvelles technologies sont une illusion. Le monde professionnel impose d'être mobile. Mais le luxe est de ne plus subir ses déplacements qui doivent être choisis à bon escient. La dématérialisation ne peut s'appliquer à tous les sujets : on aura toujours besoin de voir ses clients, ses partenaires, ses collègues, et le temps d'échanges autour de la machine à café ne pourra être remplacé par aucune app. Avoir le choix est fondamental. Choisir son moyen de transport, sa technologie, son bureau, en changer, être libre n'a jamais été autant possible. Profitons-en.

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