Moins de croissance, plus d'emplois, moins de chômage : l'explication

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(Crédits : Eric Gaillard)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui : moins de croissance, plus d'emplois, moins de chômage... l'explication

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Le remède aux déficiences du marché du travail a-t-il été trouvé ? La question se pose.

Germanisation du marché français

Avec plus d'un million d'emplois nets créés en 5 ans et un taux de chômage descendu à son plus bas niveau depuis 10 ans, les clignotants sont au vert. Ces chiffres globaux, on le sait, peuvent être des indicateurs fallacieux et masquer une réalité un peu moins rose. Mais là rien de tel : sur 10 emplois créés, plus de 9 le sont par le privé. Et il y a de moins en moins d'emplois aidés. Ce n'est donc pas du dopage public. Il est juste possible de déceler une certaine « germanisation » du marché du travail avec une montée des contrats en alternance et du nombre d'apprentis. Si leur contribution à l'amélioration générale est positive, ce n'est pas la plus déterminante compte tenu de leur poids.

Le bilan est plus mitigé sur la qualité des emplois. La part du temps partiel dans l'emploi est en net recul depuis 2014. Mais elle n'est pas encore revenue à son niveau d'avant-crise. Surtout, malgré la reprise des embauches en CDI, le taux de précarité mesuré comme étant la part des CDD et de l'intérim dans l'emploi total est à un sommet. La dérive semble toutefois enrayée depuis 2017.

Côté chômage, même en élargissant l'analyse à son halo, les chiffres sont bons : le nombre de demandeurs d'emplois des catégories A, B, C — qui regroupent les personnes à la recherche d'un emploi sans ou avec une activité réduite — diminue depuis plus d'un an.

Productivité et démographie : deux ruptures décisives

Pas de tour de passe-passe statistiques donc dans l'amélioration générale du marché du travail, mais deux ruptures.

La première, c'est la modification du lien croissance-emploi qui s'exprime à travers deux formules qui au fond disent la même chose : le ralentissement des gains de productivité du travail, ou, lorsque le ratio est inversé, la hausse du contenu en emploi de la croissance. Lorsque l'on mesure les gains de productivité tendanciels, sur 5 ans, c'est un fait, ces derniers se situent aujourd'hui nettement en dessous de 1% ce qui signifie que moins de 1% de croissance suffit à stabiliser l'emploi. Et c'est bien ce que l'on constate aujourd'hui, où la France continue à créer de l'emploi, alors même que la croissance navigue sur un rythme à peine supérieur à 1% depuis deux ans. Une tendance de fond qui s'explique par la montée en puissance des jobs morcelés de service à faible productivité, liés notamment aux services à la personne, à la logistique, au gardiennage et la facilitation de leur montée en puissance par l'assouplissement de la législation du travail.

Deuxième élément décisif, l'évolution démographique qui sous-tend celle de la population active. Or la population des 15-65 ans ou des 20-65 stagne voire recule depuis 2010 quand elle augmentait encore de 200 à 300.000 par an entre 2000 et 2008 et la tendance à la stagnation va s'inscrire dans la durée. Alors certes, le taux d'activité varie. L'offre de main-d'œuvre peut ainsi augmenter à population en âge de travailler constante, soit parce que la durée d'activité des seniors s'accroît, soit parce qu'il existe un effet de flexion des taux d'activité — c'est-à-dire le fait que les candidats à l'embauche augmentent lorsque le marché du travail retrouve un certain dynamisme. Néanmoins, en régime de croisière, il est clair que la hausse de la population active est bien moindre aujourd'hui qu'hier et cela pour longtemps compte tenu de l'arrière-plan démographique. En période de croissance, il faut aujourd'hui moins de 100.000 créations d'emplois pour diminuer le nombre de chômeurs quand il en fallait 200 à 300.000 dans les années 2000.

Alors bien entendu, les uns ou les autres vont mettre en avant soit le CICE, soit les reformes du marché du travail pour s'attribuer les mérites de la belle embellie de l'emploi. Or, cette tendance se constate partout en Europe, réformes ou pas. Épuisement des gains de productivité et démographie favorable sont en fait les deux éléments clés de l'amélioration du marché du travail.

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Commentaires
a écrit le 10/02/2020 à 22:59 :
Les chiffres du chômages sont en hausses il suffit d enlever les radiateurs les stages les maladies il y a 112 000 reprises dans les catégories a,b,c sachant qu il y a une destruction d emplois de 175.000 pas donné s dans l article.
Le dares l explique très bien
Le halo du chômage est énorme d ailleurs.
a écrit le 10/02/2020 à 20:51 :
Merci pour votre analyse ; ça confirme mes pressentiments, l’appauvrissement profond de l’Europe , de la France et sa compétitivité ( au niveau international), et un léger recul de la précarité à des offres d’emploi ( services et autre - interne )et une stabilisation régulée
des prises en charges de nos jeunes ( augmentation des apprentis et formation)
Voilà ce que j’en déduis.
a écrit le 10/02/2020 à 19:11 :
y a pas de croissance dans un pays neo ultrasocialiste qui a mis son industrie ( euh pardon ' son grand capital bourgeois', vu que l'industrie est intensive en capital) dehors, vu qu'il n'y a pas de gain de productivite dans le tertiaire, sauf ' a la marge'
ok reste la croissance de la population?
euh oui, financee par la dette publique je ne suis pas sure que ce soit vraiment de la croissance de parquer des gens dans des cites, gaves d'allocations pour qu'ils se tiennent tranquilles, et avec un bulletin de vote a gauche pour maintenir tout ca, et permettre ' le petit bizness reenchante hors de vue des policiers racistes'
quand l'addition va arriver, va y avoir une guerre que meme lenine n'avait pas prevu quand il preconisait ce que la france applique actuellement
on va rire, le venezuela et ses 2 euros par jour/capita, ca fera office de paradis
a écrit le 10/02/2020 à 17:24 :
En effet vu l'obscurantisme néolibéral ambiant le premier des réflexes est de désigner le truquage des statistiques or votre démonstration est brillante, on peut seulement déplorer que les gens soient en si mauvais état mental et physique alors que la conjoncture devrait les mener à l'euphorie.

Les serviteurs des riches ont donc stratégiquement bien joué, passer leurs pitoyables réformes à un moment de prospérité économique afin de nous faire croire que TINA fonctionnerait, par on ne sait quel miracle soit dit en passant puisque paupériser tout le monde pour en engraisser quelques uns ne générera jamais de prospérité.

Tout comme la Grèce purgée par le consortium européen financier qui arrivée à zéro en effet ne pouvait que monter, les néolibéraux là encore brandissant TINA comme héroïne qui aurait "relancé" le pays, sémantique aussi grotesque que cynique, mais bon comme le dit Audiard... . Quand allons nous enfin nous débarrasser des dirigeants croyants pour mettre en place des dirigeants penseurs ?

Le déclin c'est encore plus long vers lafin.

L'oligarchie n'est plus un régime adapté quand elle est dépassée par la classe productrice qui pourtant n'a pas fait beaucoup d'efforts pour cela, seulement à rester, obligée, d'évoluer dans le réel tandis que les mythomanes partaient vers d'autres cieux eux nous quittant définitivement et ça se sent.

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