Ne pas opposer les énergies bas carbone, nucléaire et renouvelables entre elles

OPINION. Devenue la martingale du gouvernement, associée à chaque réforme, la transition énergétique donne le nouveau tempo politique. Pourtant, elle ne se fera que si le mix énergétique est capable d'évoluer, en associant une part toujours plus importante de ces énergies en substitution aux énergies fossiles. Par Bruno Alomar, économiste, ancien membre du cabinet du commissaire européen à l’énergie (*).

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(Crédits : Anatoliy_gleb - Fotolia.com)

L'actualité énergétique envoie-t-elle des signaux contradictoires, au moment où la décarbonisation est devenue une priorité ? Le 28 mai, l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) a indiqué que, pour la première fois, les entreprises et les ménages américains ont consommé davantage d'énergies renouvelables que de charbon en 2019. Le 30 mai était mise en service, près de Dortmund, en Allemagne, la centrale à charbon Datteln 4, d'une capacité de 1.100 mégawatts. Cette mise en service a suscité des protestations, alors que le pays s'est engagé en décembre 2019 à diminuer de 55% les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030, et à mettre hors service ses 84 centrales thermiques à horizon 2038. L'on pourrait également évoquer les hésitations qui se sont faites jour au niveau de l'exécutif français en 2019 en matière de développement de l'éolien terrestre, finalement remisées au travers du décret d'application de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) publié le 23 avril.

Derrière ces apparentes contradictions se trouve une réalité : il n'y a pas de martingale dans le domaine énergétique, si l'on entend par là une source d'énergie unique qui permettrait à elle seule de répondre à la multiplicité des enjeux (économiques, sociaux, environnementaux). Remarquons d'ailleurs que les énergéticiens l'ont compris. En France, pas une semaine sans que Total ne dévoile un nouveau projet visant à accroitre son exposition aux autres sources d'énergie que le pétrole (éolien, solaire, gaz etc.). De même, si l'exploitation de 58 réacteurs nucléaires fait d'EDF l'un des premiers énergéticiens au monde, il n'est pas inutile de rappeler qu'il s'agit également des principaux exploitants d'énergies renouvelables en Europe.

Qu'il soit donc permis de ne pas opposer les énergies bas carbone, nucléaire et renouvelables, entre elles. La transition énergétique ne se fera que si le mix énergétique est capable d'évoluer, en associant une part toujours plus importante de ces énergies en substitution aux énergies fossiles - charbon, pétrole et dans une moindre mesure méthane naturel.  En fait d'opposition, il y a lieu de souligner quelques éléments forts de complémentarité entre elles. Car si on veut remporter la lutte contre le changement climatique sans sacrifier la croissance économique, la priorité est de pousser ces énergies décarbonées vers le transport, le bâtiment et l'industrie.

Complémentarité technique, d'abord, au titre de l'intermittence. L'efficacité énergétique, la con-sommation responsable n'y changeront rien : les énergies renouvelables, tributaires du vent, du soleil, ne peuvent pas à elles seules satisfaire les besoins énergétiques. Bien sûr, le stockage progresse. Mais, à court terme, hormis les barrages hydrauliques, dont la France est fortement pourvue, la production d'énergie renouvelable doit être complétée, autant qu'il est nécessaire, par une énergie pilotable et décarbonée telle que l'énergie d'origine nucléaire. A plus long terme, les batteries pourront prendre une part croissante pour stocker l'électricité quelques heures mais pas sur six mois, de l'été à l'hiver. L'hydrogène progresse aussi, qui permettra de stocker l'électricité, mais sa production par électrolyse à partir d'électricité renouvelable reste onéreuse, et il n'est pas raisonnable de prétendre miser notre sécurité énergétique dessus.

Complémentarité en termes d'aménagement du territoire et d'emploi, ensuite, dont l'on redécouvre avec la crise économique qu'ils sont aussi des enjeux forts des choix énergétiques. C'est le cas pour les énergies renouvelables. Que l'on songe ainsi aux petits écosystèmes montagneux qui s'organisent autour des barrages hydrauliques. Que l'on songe également au développement de l'éolien terrestre qui n'a de sens que pour autant qu'il prend place dans les territoires en accord avec l'ensemble des parties prenantes. C'est également le cas des plus grosses unités de production, comme les centrales nucléaires, autour desquelles s'organisent les territoires. Qu'il s'agisse de préservation de la biodiversité, d'impact sur les paysages ou de production de déchets, radioactifs ou non, aucune énergie n'est sans impact environnemental. Pourtant, en y portant soin, les projets peuvent être soutenus par une majorité de riverains sinon la totalité.

Complémentarité politique au niveau européen. L'action européenne dans le domaine énergétique ne peut faire comme si les mix énergétiques, résultat de décisions au long court, n'étaient pas une donnée puissante, qu'il faut savoir faire évoluer dans le temps long de l'énergie. A cet égard on ne peut faire comme si un pays comme la Pologne n'avait pas encore une part du char-bon importante dans son mix, quoiqu'en forte réduction. Le cas de la France est aussi particulier, où le développement des énergies renouvelables vient progressivement tempérer la place prépondérante du nucléaire dans la production électrique. La réalité est que l'Union européenne (UE) ne progressera pas si elle n'est pas capable de pousser à un développement résolu des renouvelables, à un rythme compatible avec la capacité d'absorption des sociétés et des économies.

Complémentarité, enfin, entre deux modèles d'électricité décarbonée. Les énergies décarbonées couvrent en effet tout le spectre, depuis une production très centralisée (grands barrages hydroélectriques, champs d'éoliennes maritimes), jusqu'à une production plus ou moins décentralisée (champs éoliens et solaires, toitures solaires). Sur ce dernier point, il est clair qu'une partie de la solution réside dans le rôle actif que joueront les consommateurs finaux (entreprises, citoyens) : la Commission européenne estime ainsi que d'ici 2050, près de la moitié des ménages de l'UE pourraient être impliqués dans la production d'énergie renouvelable, dont environ 37% pourraient résulter de l'association d'acteurs sur une base locale. Cette complémentarité n'est d'ailleurs pas seulement une condition de la résilience du système ; c'est aussi l'une des clefs de son acceptabilité.

C'est dire, en définitive, que face à la diversité des enjeux qu'elle recouvre, la question énergétique doit être abordée dans sa complexité. Tant au niveau national qu'au niveau européen, les politiques énergétiques doivent être capables de penser la complémentarité des différentes énergies, a fortiori si elles sont bas-carbone, plutôt que de prétendre trouver au travers d'une source d'énergie qui serait exagérément favorisée la solution à tous les problèmes.

Lire aussi : Maires, à vous d'accélérer la transition énergétique en passant au vert

5 mn

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Commentaires 20
à écrit le 17/07/2020 à 15:12
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@Polytech Sur le Thorium, je vois que vous n'avez pas eu l'occasion d'en parler avec Carlo Rubbia ! En ce qui concerne le désastre des éoliennes en Allemagne ( et si vous parlez Allemand ), vous pouvez consulter le numéro spécial du Spiegel Nr.19 d...

à écrit le 16/07/2020 à 23:33
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Le nucléaire - y compris la filière thorium qui ne résout pas l'ensemble des problèmes de la filière uranium dont elle dépend, nécessite la Gen 4 pour son autonomie et son coût dépasse l'actuelle filière uranium EPR qui s'avère pourtant déjà un fiasc...

à écrit le 16/07/2020 à 23:33
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Le nucléaire - y compris la filière thorium qui ne résout pas l'ensemble des problèmes de la filière uranium dont elle dépend, nécessite la Gen 4 pour son autonomie et son coût dépasse l'actuelle filière uranium EPR qui s'avère pourtant déjà un fiasc...

le 17/07/2020 à 11:08
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Vous méconnaissez la technologie Thorium car vous ne parlez que des problèmes de l'uranium. Par exemple, les déchets de longue durée sont de 300 ans. Cette technologie surgénere donc consommera les déchets dus à la technologie uranium... Dont le plu...

le 17/07/2020 à 11:14
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Le GIEC malheureusement pour vous intégre l'énergie nucléaire dans ses recommandations. Il n'est pas possible selon eux de s'en passer dans une logique 100% décarbonée. Je vous invite à relire les rapports.

à écrit le 16/07/2020 à 20:52
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Dans le nucléaire, il n'y a pas que la mauvaise filière Uranium/eau pressurisée... Vous avez surtout Thorium/sels fondus. Je vous engage a y regarder de près. En investissant 1 milliard par ans on aurait un prototype industriel en moins de 10 ans....

le 17/07/2020 à 0:02
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La filière thorium ne permet pas de se passer de U 235 ou de Pu (plutonium) pour amorcer le cycle et n’élimine donc pas complètement les actinides mineurs. Un cycle Th-Pu dans un réacteur à neutrons rapides (critique ou sous-critique) permet de conso...

à écrit le 16/07/2020 à 17:01
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Eh bien voila ! On comprend enfin l'énorme bètise de Mme. Merkel ( une de plus !) en arrètant le nucléaire en 2011. La relance du lignite en Allemagne, héritée du bon vieux temps de la RDA ( "Die DDR stinkt" disait-on à l'époque et on ne parlait pas ...

le 17/07/2020 à 0:08
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Pas si bête l'Allemagne mais sauf à mieux analyser le sujet vous le comprendrez dans plusieurs années. Déjà vous pouvez vérifier qu'ils exportent plus que nous dans les renouvelables et cleantech que nous le faisons dans le nucléaire. Le marché des r...

à écrit le 16/07/2020 à 15:46
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Après Tcherno et Fuku... il y en a encore qui n'ont pas compris. Le nucléaire est pire que tout le reste. C'est l'oeuvre "ultime" de l'homo scientus qui pensait pouvoir tout contrôler et n'a fait que tout casser. Il faut arrêter çà d'urgence. On est ...

le 16/07/2020 à 20:58
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C'est pas les scientifiques qui ont forcés l'uranium... Ce sont le militaire pour partager les frais de la bombe... Les scientifiques voulaient utiliser le Thorium. Relire votre histoire des années 50. Un démonstrateur a fonctionné 3 ans sans dis...

le 17/07/2020 à 0:16
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@ vVDB : Pas exact ce que vous affirmez. Dans les années 50 des combustibles ont été fabriqués et utilisés dans différents réacteurs, dont le REP expérimental américain de Shippingport (Pennsylvanie), le HTR de Fort St. Vrain (Colorado) et le THTR al...

à écrit le 16/07/2020 à 14:43
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Tout est mosaïque, y a rien de binaire même si chacun pense que son domaine est le meilleur et unique. L'intermittence des énergies n'est pas un problème insoluble, l'hydrogène permettra de stocker les excédents par hydrolyse (et évitera les prix de ...

le 16/07/2020 à 21:00
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L'EPR fera aussi bien que les autres centrales à eau pressurisée. Ce n'est qu'une évolution... Rien de bien différent.

à écrit le 16/07/2020 à 12:20
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Baratin que tout cela. On peut admettre que les territoires isolés (iles, haute montagne...) n'ont pas d'autre choix que le solaire ou un peu d'éolien pour disposer d'électricité, avec la nécessité d'y adjoindre des batteries ou d'accepter des group...

le 16/07/2020 à 18:48
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Je partage absolument vos vues. Et je rajoute néanmoins qu'en ce qui concerne l'éolien, si le terrestre est mort (taux de charge faibles, nuisance à la faune, destruction de nos paysages, etc..)même si la plupart de nos dirigeants n'en n'ont pas enco...

le 16/07/2020 à 21:06
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Avec les sommes engagées sur Flamanville nous aurions une présérie pour le Thorium. Faisons le grand carénage et basculons au Thorium. Elle peuvent être plus petite, et des contraintes mécaniques très inférieures, il n'y a pas de haute pression.

le 16/07/2020 à 21:07
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Avec les sommes engagées sur Flamanville nous aurions une présérie pour le Thorium. Faisons le grand carénage et basculons au Thorium. Elle peuvent être plus petite, et des contraintes mécaniques très inférieures, il n'y a pas de haute pression.

le 17/07/2020 à 8:10
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Analyse pertinente qui résume parfaitement les problématiques posées entre autres par les EnRi.

à écrit le 15/07/2020 à 9:33
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Oui mais c'est la technique du lobby, imposer une pensée binaire or vu que nous n'avons plus à faire qu'avec des lobbys et leurs soldats, à savoir que des gens qui ne savent pas s'exprimer correctement parce que là pour tromper d'abord et avant tout,...

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