Parcours de soins digitalisé  : comment en faire une réalité, demain  ?

Par Joël Da Costa  |   |  713  mots
(Crédits : DR)
Notre système de santé se retrouve aujourd'hui confronté à de nombreux enjeux. Parmi eux, la question de son financement, mais aussi la difficulté croissante que rencontre une partie de la population à accéder aux soins. Pour réaliser des économies, mais également donner à tous les moyens de se soigner, le parcours de santé digitalisé apparaît comme une solution à privilégier. Avec la donnée pour moteur, des initiatives voient le jour dans ce sens, portées le plus souvent par des start-up. Reste que pour en faire une réalité, l'assurance maladie et les acteurs de l'innovation doivent avancer de concert et non plus en ordre dispersé. Par Joël Da Costa, Directeur Général de Connexin

Sortis des grands centres urbains, les professionnels de santé sont moins nombreux. Pour pallier ce problème, des solutions se mettent en place - télémédecine, cabinets autonomes, etc. - avec un succès mitigé. Et pour cause, puisque la population concernée par cette désertification médicale est généralement âgée, rencontrant de réelles difficultés avec l'outil informatique. D'autant plus que la digitalisation des professionnels de santé est encore elle-même très embryonnaire : l'ordinateur servant uniquement de classeur amélioré, destiné à stocker les dossiers des patients et pour les plus avancés d'agenda partagé permettant la prise de rendez-vous en ligne. Certes, on peut espérer une amélioration avec le renouvellement des générations de médecins, mais cela prendra encore plusieurs années. Ainsi, les services numériques proposés aujourd'hui par l'assurance maladie, tels que l'échange de données entre professionnels de santé, sont très peu utilisés.

À l'hôpital, si le constat est différent, le résultat est identique. La mise en place d'outils digitaux se révèle encore très compliquée. Dans cet environnement, les professionnels de santé, surchargés de travail, ont bien du mal à sortir de leur cadre habituel et à prendre le temps nécessaire pour se familiariser avec de nouveaux outils.

Une offre pléthorique, mais inadaptée à une pratique quotidienne

Pourtant, les offres ciblées en matière de santé numérique ne manquent pas. C'est même là une partie du problème. Inondés de propositions, les professionnels de santé ne savent pas lesquelles adopter. Ceux qui souhaitent profiter de ces innovations pour améliorer la prise en charge de leurs patients et obtenir un suivi plus fin, en temps réel et à distance, sont obligés d'opter pour plusieurs outils : une situation ingérable dans le cadre de leur pratique quotidienne. Ils sont donc très demandeurs d'une plate-forme unique ou d'une interopérabilité avec leurs logiciels de tous les jours. Un challenge difficile à relever pour les start-up à l'origine de ces innovations, car nécessitant de conclure des accords commerciaux avec de gros éditeurs.

Une exception, qui confirme la règle

Bien qu'imparfait, le dossier pharmaceutique (DP), qui permet de relier les officines entre elles et d'éviter notamment toutes interactions médicamenteuses dangereuses, a rapidement été adopté par une majorité de pharmaciens : un vrai succès. Aux antipodes, on trouve le DMP (Dossier Médical Partagé), véritable serpent de mer proposé par l'assurance maladie, et qui compte, 14 ans après son lancement, un petit million de dossiers créés. L'initiative était pourtant louable.

Quelles sont alors les raisons qui ont fait du premier un succès et de l'autre un échec ? La réponse est simple : le DP a été mis en place à l'initiative de l'ordre des pharmaciens, quand le DMP a été décidé unilatéralement par l'assurance maladie, sans concertation avec les professionnels de santé.

Engager tous les acteurs dans une concertation nationale

Ce double exemple illustre un paradoxe. En effet, dans le domaine de la santé, seules des solutions digitales déployées à grande échelle permettent de mettre en place un réel parcours de soins digitalisé. Or, paradoxalement, ce sont les initiatives individuelles qui sont à même de pouvoir réellement impulser cette innovation. Ces deux visions doivent donc coexister.

Pour cela, il faut qu'il y ait une véritable volonté de la part du système de soins d'identifier et d'écouter l'écosystème digital. Actuellement, l'assurance maladie procède à des appels d'offres, retient des idées, mais exclut ceux qui en sont à l'origine. Un modèle qu'il va être difficile de promouvoir auprès des start-up. En effet, comment peut-on imaginer phagocyter ainsi l'innovation ?

Résultat, 99 % des jeunes pousses dans la santé, qui initient des solutions pertinentes, se disent encore : « Innovons et nous verrons bien le moment venu comment commercialiser nos outils. » C'est une erreur. L'assurance maladie doit mettre en place des forums d'innovations et travailler main dans la main avec ces nouveaux acteurs, dans le cadre d'un deal gagnant/gagnant. C'est la pérennité de notre système de soins actuel, et donc le futur de notre prise en charge médicale, qui en dépendent.