Professionnels du droit, innovons !

 |   |  699  mots
(Crédits : DR)
Intelligence artificielle, justice prédictive, legaltech, ubérisation des métiers du droit... Faut-il voir dans les transformations récentes du marché du droit « La fin des avocats », pour reprendre le titre provocateur du prospectiviste et avocat anglais Richard Susskind ? Par Sophie Clanchet, Présidente du réseau Eurojuris France*

Dans son ouvrage, paru en 2009, le conseiller du Ministère de la justice britannique pointait déjà les trois grands bouleversements que connait aujourd'hui le marché du droit : la contraction du marché, la dérèglementation et les nouvelles technologies qui modifient le rapport à la justice. Des mutations qui signeraient la fin du métier d'avocat tel qu'on le connaissait jusqu'ici...

Mais si notre système juridique et judiciaire est réellement en voie d'extinction, c'est à nous, professionnels du droit de le réinventer ! À Paris comme en Province, petits et gros !

Au sein du réseau EUROJURIS, nous réfléchissons à ces questions depuis 30 ans, en cherchant à moderniser le droit dans ses pratiques pour mieux répondre aux attentes des justiciables. Une de nos premières préoccupations est d'améliorer l'accès au droit : 80 % des PME n'ont pas un recours à un avocat alors même qu'elles font face à de nombreux risques juridiques. Pour répondre à ces besoins, des solutions sont créées par des startups de la legaltech : génération rapide et à moindre coût de documents juridiques, règlement de litiges commerciaux dématérialisé, et même, dans un autre registre, simplification des procédures de divorce...

Les startups répondent à une demande non satisfaite

Faut-il voir dans la création de ces startups une concurrence déloyale aux cabinets d'avocats ? Souvent créées par des Confrères, elles répondent en fait à une demande jusque-là non satisfaite par l'offre de droit. Elles sont d'ailleurs parfois encouragées par les Institutions Européennes et la Chancellerie car elles démocratisent l'accès au droit et posent les pierres d'une nouvelle justice. Avocats, notaires, huissiers, doivent être moteurs dans ce mouvement. C'est en ayant cette ambition en tête que notre Réseau se positionne comme précurseur et agit pour innover. Eurojuris a ainsi déjà noué plusieurs partenariats avec deux startups de la legaltech française, Legalstart.fr et eJust.

Pour autant, le droit et la justice exigent une éthique particulière qui permettent de préserver l'intérêt du justiciable et plus généralement l'Etat de Droit. Les professionnels du droit en sont les garants. Le 20 janvier, à l'occasion de notre congrès, Eurojuris réunira à Versailles professionnels du droit, startups, cabinets d'avocats, notaires, experts comptables et huissiers pour signer ensemble la « charte éthique pour un marché du droit en ligne et ses acteurs ». Établir des règles pour donner à tous les usagers du droit des garanties de compétences, de confidentialité et de responsabilités tout en stimulant l'innovation dans un cadre harmonieux et respectueux de toutes les parties prenantes, voilà notre objectif ! Les startups de la legaltech ont tout à gagner à ce que les professionnels du droit, avec leurs expertises et leurs connaissances fines du marché, testent leurs solutions : c'est ce qu'Eurojuris propose désormais avec la création d'un LAB inédit. Son objectif : co-construire avec les startups des solutions efficaces et pertinentes pour toutes les structures de conseil, et, surtout pour les justiciables.

Redéfinir nos métiers

Les mutations sociétales, économiques et technologiques nous demandent aujourd'hui de redéfinir nos métiers, et l'organisation de notre écosystème juridique. Avec des solutions telles que l'intelligence artificielle, le big data, ou encore la justice prédictive, de nouveaux métiers hybrides vont apparaitre, entre le data analyst et l'avocat, entre l'ingénieur, le chef de projet et le juriste, ou encore l'arbitre en ligne. Il nous semble indispensable de développer cette interprofessionnalité dès aujourd'hui : la réflexion entre représentants d'une même profession ne suffira pour faire face aux défis de demain.

L'heure est donc à l'innovation collective : grands et petits cabinets d'avocats, notaires, huissiers, experts comptables, fournisseurs de prestations juridiques, startups, pouvoirs publics, clients... Pour imaginer le droit de demain, et réinventer notre profession, il est temps de dépasser les différends et les corporatismes. Avec notre expertise et notre connaissance des clients et des marchés, nous sommes en première ligne pour inventer les modèles qui fonctionneront demain : professionnels du droit, innovons !

*Sophie Clanchet, Présidente du réseau Eurojuris France, rassemblant plus de 1 000 professionnels du droit en France.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/01/2017 à 15:11 :
Quand on voit que la rédaction des statuts juridiques d'une SASU est facturée 1500 €, acte relativement basique légalement, on comprend qu'il vaut mieux essayer de se passer d'un avocat !
Les "legaltech" ont de beaux jours devant elles dans la démocratisation de l’assistance juridique "simple" jugée trop chère par les consommateurs.
a écrit le 13/01/2017 à 13:13 :
Tribune particulièrement théorique.

Contrairement à ce que vous pouvez penser, le défi des avocats aujourd'hui serait de se libérer de leur dépendance oligarchique pour défendre réellement tous les citoyens de la même façon, voilà qui permettrait de nous faire aimer les avocats plus que les machines, en attendant cette petite révolution, il vaudra toujours mieux se fier à un ordinateur.

Tous les avocats de France devraient citer les scandales judiciaires que sont le procès LAGARDE et le procès WILDENSTEIN, afin de défendre leurs clients, surtout les plus pauvres, mais ceux-ci étant étroitement liés avec l'oligarchie ne le feront pas.

Dommage c'est une profession qui devrait donc bel et bien mourir et autant c'est injuste pour nombre de salariés autant dans ce cas on a de fortes chances d' y gagner.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :