Quand les fintech font réagir le FMI et que la BCE s'inquiète des cryptomonnaies

OPINION. L'univers récent des fintech résume parfaitement la notion de destruction créatrice chère à Joseph Schumpeter. Par Benjamin Blondeau, directeur de la stratégie de Skaleet.

4 mn

(Crédits : Reuters)

Dans un récent article de blog sur le site du Fonds monétaire international (FMI), Antonio Garcia Pascual, chef adjoint de la division analyse des marchés mondiaux, et Fabio M. Natalucci , directeur adjoint du département des marchés monétaires et de capitaux, s'inquiètent du défi posé par l'émergence de nombreuses fintech aux régulateurs nationaux et régionaux.

« Dans le secteur bancaire, les fintech bouleversent les services financiers de base et poussent les banques à innover pour ne pas se laisser distancer, soulignent les deux auteurs.  Pour les consommateurs, elles ouvrent la possibilité d'un accès plus large à de meilleurs services...Alors que la plupart des fintech ont encore une taille réduite, elles peuvent se développer très rapidement avec des clients et dans des segments qui présentent davantage de risques que ceux des prêteurs traditionnels ».

Risques systémiques?

Cette croissance parfois ultra-rapide, conjuguée à l'importance accrue que prennent les services financiers fournis par les fintech, présenterait des risques systémiques. L'innovation financière transférerait le risque à de nouveaux acteurs et pourrait en générer d'autres, peut-être mal compris sinon mal appréhendés.

Qu'en est-il ? À la lumière des travaux de l'économiste Joseph Schumpeter (1883-1950), force est de constater que l'univers récent des fintech résume parfaitement sa notion de destruction créatrice. Notons qu'il a envisagé cinq types d'innovations, dont:

(1) la fabrication de biens nouveaux ;

(2) les nouvelles méthodes de production ;

(3) l'ouverture de nouveaux débouchés ;

(4) l'utilisation de nouvelles matières premières et (5) une nouvelle organisation du travail.

Sur la notion de matières premières et de leurs utilisations, précisons que la monnaie et le crédit peuvent être considérés comme les deux matières premières des services financiers, les cryptomonnaies représentant l'une des innovations du secteur.

Plus agiles, plus rapides que les acteurs traditionnels, les néobanques, financées par les Venture Capitalist, sont tentées de prendre plus de risque notamment dans la distribution du crédit. Cela a été remarqué aux États-Unis dans le domaine des crédits hypothécaires. Par réaction, sinon induction, les acteurs traditionnels sont forcés de suivre pour essayer de conserver leurs parts de marché... au détriment de leur rentabilité.

Au cours des prochaines années, la tâche des régulateurs sera d'adapter leur surveillance à ces nouveaux acteurs pour garantir une gestion des risques en lien avec leurs activités et leur croissance rapide. Dans le même temps, ils devront surveiller « la santé des établissements moins avancés sur le plan technologique, dans la mesure où leur modèle économique actuel risque d'être moins pérenne à long terme ».

Finance décentralisée

Quant aux différents cryptoactifs, ils sont à la base de la finance décentralisée, également appelée DeFi. Capable d'assurer des services financiers plus novateurs, inclusifs et transparents grâce à son efficience et son accessibilité accrues, elle « suppose également un accroissement de l'endettement, et est particulièrement vulnérable aux risques de marché et de liquidité et aux cyber risques, remarquent les deux auteurs du FMI. Les cyberattaques, qui peuvent être graves pour les banques traditionnelles, sont souvent meurtrières pour ces plateformes, car elles dérobent les actifs financiers et ébranlent la confiance des usagers ».

Précisons que les plateformes de finance décentralisée ne disposent pas de garantie des dépôts. Les annonces de cyberattaques contre les prestataires de ces services sont souvent suivies par des retraits massifs des clients.

Sur ce point, Antonio Garcia Pascual et Fabio M. Natalucci rejoignent les conclusions de Fabio Panetta, membre du comité exécutif de la BCE. Dans un discours prononcé à la Columbia University, il a comparé l'état actuel des cryptomonnaies au Far West américain de la seconde moitié du 19e siècle. À l'époque, des « néobanques » pouvaient battre monnaie et ne se privaient pas de le faire, imprimant leurs propres billets de banque, « garantis par des actifs douteux, sans avoir l'intention de les honorer, souligne Fabio Panetta. Nombre d'entre elles ont fait défaut, sapant ainsi la confiance du public dans les banques ».

Fabio Panetta recommande des efforts coordonnés au niveau mondial pour faire entrer les cryptoactifs dans le champ de la réglementation, en veillant à ce qu'ils soient soumis à des normes conformes à celles appliquées au système financier. D'où des arbitrages complexes, entre des objectifs de promotion de l'innovation, de préservation de la stabilité financière et de protection des consommateurs.  « Les banques centrales doivent s'engager encore davantage dans l'innovation numérique en modernisant les infrastructures financières de gros, en exploitant des systèmes de paiement de détail rapides et en se préparant à l'émission de monnaies numériques de banque centrale », note Fabio Panetta.

Un gros travail de modernisation des infrastructures financière est en vue.

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