Régionales : le double boycott des urnes

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L'abstention et l'abandon de la bataille par le PS dans certaines régions relèvent du boycott des urnes, qui témoigne de la profondeur de la crise démocratique de notre pays.Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne

Le premier tour d'élections régionales totalement nationalisées a livré son verdict politique : victoire sans débat du premier parti de France, le Front national, et double échec électoral, attendu du côté du PS et de ses alliés, beaucoup plus surprenant chez Les Républicains et leur attelage centriste UDI et MODEM.
Mais le principal événement est pourtant à chercher ailleurs, dans un double boycott des urnes : celui confirmé des citoyens et celui d'une démarche inédite d'abandon électoral par le PS. Un double boycott qui témoigne de la profondeur de la crise démocratique de notre pays.

Une désertion des urnes

D'un côté une moitié de France a confirmé comme élection après élection sa désertion des urnes. Si on ajoute à cette moitié les très nombreux français qui ne s'inscrivent plus, les exprimés blanc ou nuls que l'on ne comptabilise pas, voilà la véritable majorité silencieuse, malheureusement de plus en plus large, qui répète un non catégorique à l'offre politique proposée par les différents partis.

D'un autre côté, 2015 marque un palier historique pour le Front National qui progresse de plus de 18 points par rapport à 2010 et les dernières régionales et poursuit une montée en puissance à la fois en terme de suffrages et de géographie électorale : il est en tête dans 6 des 13 nouvelles « grandes Régions ». Dans 2 d'entre elles, il dépasse, seul, les 40% de suffrages exprimés. Le FN constitue une évidence électorale. Entité politique complexe tiraillée entre plusieurs sociologies géographiques et politiques mais entité autonome qui atteint seule le second tour de scrutins à deux tours face aux 2 unions des gauches et des droites. C'est aussi une force politique qui attend encore son grand soir. Il sera peut-être présidentiel ou législatif en 2017 ou 2022 mais certainement pas régional en 2015. Tout semble, en effet, indiquer que le FN aura le plus grand mal à transformer son large leadership de premier tour en victoire électorale dans une semaine. Deux lignes tactiques séparent les 2 « groupements politiques » qui subissent un échec de premier tour.

Une défaite à l'ampleur inattendue pour les Républicains

Les Républicains, marqués par une défaite à l'ampleur inattendue pour un parti d'opposition, ont très rapidement affirmé, par la voix de leur Président, Nicolas Sarkozy, une démarche claire qui refuse le retrait en cas de position de troisième qualifié au second tour et plus encore la fusion avec les listes socialistes si la liste d'union LR/UDI/MODEM était première ou deuxième. Difficulté : cette position n'est partagée par aucun de ses 2 alliés de premier tour. L'UDI et le MODEM, et leurs présidents respectifs, Jean Christophe Lagarde et François Bayrou, veulent un retrait quand la liste d'union arrive troisième.

Ils rejoignent, dans cette attitude de boycott électoral, leurs adversaires du premier tour, le PS, qui en situation d'échec politique cuisant, a d'autorité et verticalement depuis Paris, dans une ligne très « Valsienne », choisis pour ses candidats et ses alliés de se retirer dans les régions où le FN peut gagner.

Un hara kiri à l'efficacité politique certaine

Un hara kiri à l'efficacité politique certaine mais à la portée démocratique très risquée. S'il se drape de républicanisme anti-extrême et condamne les espoirs du FN, il propose une démarche inédite d'abandon de l'élection, d'abandon en rase campagne des millions d'électeurs qui se sont mobilisé et voté pour les listes finalement effacées, et surtout d'abandon des futures assemblées de nouveaux grands territoires régionaux et donc de leurs nouveaux espace de débat démocratique. Un nouvel épisode d'un triste feuilleton politique qui va encore renforcer la crise de notre démocratie dans un contexte de défiance déjà généralisée face aux partis politiques. Projets flous, vérités faibles, pas de lisibilité, perte de crédibilité, refus de légitimité, l'équation de la confiance citoyenne a volé en éclat depuis longtemps. « Le peuple a fait sécession » écrivait avec justesse Michel Maffessoli au printemps de 2010. Maintenant ce sont des forces politiques. Notre pays continue de crier son désespoir en silence. Jusqu'à quand ?

 Jean Christophe Gallien
Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne
CEO de ZENON7 Public Affairs et Président de j c g a
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 09/12/2015 à 11:27 :
Je pense que l'explication à la désertion des urnes d'une part et à la montée du FN d'autre part est sommes toutes assez simple. Alors que le peuple Français à voté contre l'Europe de la finance et de la bureaucratie, elle nous a été imposée tout de même. En dehors du FN, tous les grands partis prônent encore plus d'Europe alors que son dysfonctionnement est patent dans de nombreux domaines dont celui de la sécurité, ou de la fiscalité.
Pour tout un tas de raisons lié à son ADN, je ne peux pas voter FN, homme de gauche pour la première fois je n'ai donc pas voté au 1er tour et n'irai pas au 2sd. Je revoterai quand un parti remettra à l'ordre du jour les référendums et bien sûr en respectera les conclusions. Pour ceux qui n'ont pas de problème vis à vis du vote FN, ce dernier s'impose évidement en particulier pour les jeunes qui n'ont pas forcement conscience de leur apparenté historique.
a écrit le 08/12/2015 à 16:51 :
Cette primaire met en exergue trois points qui deviennent hélas récurrents, au fil des élections: La montée inexorable du FN, la déliquescence des partis traditionnels et la montée de l'abstentionnisme. Tout ceci rentre en corrélation et c'est la démocratie qui en pâtit au final. Faute d'avoir su répondre aux attentes des électeurs, et à défaut d'avoir apporté des solutions acceptables pour les uns et les autres, notamment en matière de chômage, les gouvernements successifs ont entretenu la rancoeur , l'exaspération qui a fait le lit du FN . Ils ne peuvent pas dire que cette tendance les surprend car ce serait rajouter de la mauvaise foi à leur inaptitude à influer sur le cours des choses. on serait même tenté de rajouter que les promesses, irréalistes souvent, tenues lors de ces campagnes, montraient combien les représentants politiques avaient peu de considération pour ces électeurs qui prenaient la peine de les écouter.
a écrit le 07/12/2015 à 15:52 :
Les Français boycotte les urnes pour une bonne raison ils ne croient plus au politique tous menteurs juste bon pour garder leur privilège Maintenant quand j'entend CAMBADÉLIS et les ténors du PS VOTER POUR le parti LR JE trouve cela inadmissible croyez vous qu'un socialiste pure et dure va voter pour la droite moi je dis NON l’Électeur DISPOSE DE SON CHOIX
Réponse de le 09/12/2015 à 21:28 :
le comportement d'un " repris de justice " prête naturellement à suspicion .
a écrit le 07/12/2015 à 15:18 :
Boycott c'est un peu trop fort ! Gardons la tête froide, il s'agit de refuser toute collusion avec cette force politique.
a écrit le 07/12/2015 à 12:30 :
Se pose quand même de manière récurrente le pourcentage final de chaque "élu" ou représentant de parti. Faire 30% de environ 46% de bulletins exprimés (50% - 4% de blancs/nuls) est quand même peu représentatif. Il conviendrait qu'enfin nos gouvernants admettent qu'une élection avec moins de 50% de bulletins exprimés doit être invalidée car ne reflétant en rien l'avis général de la population. Après, rendre le vote obligatoire, ou obliger les partis à respecter au moins 60% de leur programme, ou rendre totalement efficace le non cumul de mandat et/ou la limite à 2 mandats successifs... je n'ai pas d'avis tranché mais mériterait enfin un vrai débat (avec référendum?).
Réponse de le 07/12/2015 à 13:02 :
@vitevu, comme dit plus bas, je crois comme vous que la dimension de légitimité par rapport à la proportion des inscrits est en effet une question qu'il faut en effet poser sans tabou aucun. Reste que notre système autorise au moins les expressions libres et les sanctions aussi. Il faut sans cesse le protéger. Et c'est là que le boycott des urnes est inadmissible car létal pour la démocratie. Mais vous apportez de vraies questions !
a écrit le 07/12/2015 à 12:21 :
Pourquoi un raz-le-bol. Un cas concret, mon fils après 2 années de prépa
s'est inscrit à une école d'ingé agréé par l'Etat à Cergy, il a du payer
600,00 euros/mois ,plus, le logement 400,00 euros, ceci sans bourse
alors que je n'ai qu'un salaire, seul un billet d'avion aller simple lui a
été remboursé, il a abandonné car je ne pouvais pas tenir ainsi sur
trois ans sans m'endetter. J'ai 60 ans, je travaille et je n'en peu plus
pourtant il me faut aller jusqu'à 62, j'ai eu 3 enfants dont 1 décédé qui ne
compte pas(car il n'avait pas 12 ans avant de DCD) aussi Merci Mr
Sarko et Hollande ! Jamais plus je ne ferai confiance dans la politique !!!!!!!
a écrit le 07/12/2015 à 12:07 :
Constat effectivement inquiétant que cette désertion des urnes. Il semble aujourd'hui plus facile de retweeter un "Je suis Charlie" que de se déplacer à son bureau de vote pour assumer son devoir de citoyen.
Crise démocratique sans doute, mais aussi fuites individuels des responsabilités qui laissent un boulevard au vote des constestataires qui, eux, se déplacent s'expriment à travers leur bulletin de vote.
A force de mettre tous les politiques dans le même panier, à force de se désengager de ses propres responsabilités dans la vie politique de notre pays, le pays risque de se réveiller un lendemain d'élections avec une sacrée gueule de bois, à court ou moyen terme...
Réponse de le 07/12/2015 à 12:29 :
La gueule de bois vaut mieux que la guerre civile !
a écrit le 07/12/2015 à 12:05 :
Les français ont été spoliés deux fois de leur vote en 2005 alors qu'ils ont voté à 55% non à l'Europe et les députés qui sont censés les représenter ont voté à 90% pour le Traité européen. en 2012 L'électorat de gauche a voté pour FH sur la promesse d'une inflexion à gauche et une partie de l'électorat de droite a laissé faire par rejet de NS résultat une politique de droite au minimum comparable à ce qu'aurai fait NS . résultat une bonne partie du corps électoral est dégoûté d'où un comportement erratique! La vraie coupure de notre société n'est plus droite/gauche mais pro ou anti Europe de Bruxelles et malheureusement de nombreux citoyens ne peuvent exprimer ce choix sauf à voter pour les partis extrêmes. en 2005 Fabius avait bien senti le malaise d'une partie de l'électorat de gauche mais il a vite retourné sa veste!
Les français veulent par leur vote décider de leur avenir or maintenant avec les textes européens ils constatent qu'en fait ils ne peuvent plus rien décider devant s'incliner devant la toute puissance libérale de la libre concurrence et de la libre circulation des capitaux
a écrit le 07/12/2015 à 12:05 :
J'ai 60 ans avec un salaire, mon fils était à Paris après 2 annèes de prépa,
il a choisit de devenir ingénieur, il n'a pas pu continuer, l'école à Paris lui a demandé
au 1er et 2nd année 600,00 Euros par mois(école agrée par l'Etat) il a dû payer
un logement de 400,00 euros par mois et plus grand chose pour se nourrir, il n'a pas eu
de bourse, ni d'aide sauf pour son billet( remboursé aller simple ! )Alors,je
voudrais comprendre ! Je dois travailler jusqu'à 62 ans, je paye 890,00 euros
de taxe d'habitation, loyer avec contribution solidarité 700,00 euros et le
reste, voilà Il est dégoûté que je lui revienne si cher. Merci SARKO et HOLLANDE !
Réponse de le 07/12/2015 à 12:34 :
@MamieBlue, vous décrivez une situation du réel qui se multiplie depuis de longues années. Elle ne se trouve pas répondue, elle est souvent niée, effacée à la fois par les acteurs politiques et les observateurs ou intermédiaires médiatiques. Ce décalage entre réel vécu et réel décrit est létal.
a écrit le 07/12/2015 à 12:01 :
J'ai 60 ans avec un salaire, mon fils était à Paris après 2 annèes de prépa,
il a choisit de devenir ingénieur, il n'a pas pu continuer, l'école lui a demandé
en 1er et 2nd année 600,00 Euros par mois(école agrée par l'Etat) il a dû payer
un logement de 400,00 euros par mois et plus grand chose pour se nourrir, il n'a pas eu
de bourse, ni d'aide sauf pour son billet remboursé aller simple ! Alors,je
voudrais comprendre ! Je dois travailler jusqu'à 62 ans, je paye 890,00 euros
de taxe d'habitation, loyer avec contribution solidarité 700,00 euros et le
reste, voilà Il est dégoûté que je lui revienne si cher. Merci SARKO et Hollande.
a écrit le 07/12/2015 à 11:27 :
Entre celles et ceux qui n'ont plus confiance dans les politiques et ne se déplacent même pas, celles et ceux qui votent blancs ou nuls voire une liste fantaisiste style FLUO
il manque un mouvement "fugitif" avec un seul et unique programme refondre la constitution sur un point central le cumul des mandats. Pourquoi "fugitif" c'est qu'avec ce programme d'une ligne, une fois les nouveaux textes établis comme il se doit par des juristes constitutionnels et votés, il serait provoquée de nouvelle élection.
Nous n'aurions pas pu voir ainsi une Le Pen être élue à l'assemblée Européenne et se présenter aux régionales par exemple. Chaque parti à ses cumulards et il faut que cela cesse pour une démocratie vivifiée
Réponse de le 07/12/2015 à 12:39 :
@Quick, le cumul dans le temps et simultané du nombre de mandat est l'un des maux en effet. Il s'agit d'aérer la représentation politique et de favoriser son renouvellement. Mais le cumul n'est pas simplement politique. La France porte trop de cumuls corporatistes : médias, administrateurs de sociétés du CAC, sport ... c'est une spécificité française très au delà de l'espace politique.
a écrit le 07/12/2015 à 11:25 :
A ce stade, il n'y a effectivement pas de solution magique, et à tout prendre, je crois préférer la logique des urnes, et donc laisser le FN prendre quelques régions. On ne peut pas tirer un trait sur 30% des votants (ceux du FN), ni saborder les 20% du PS.. Nous allons vers un déni de démocratie, et la lutte contre les extrêmes ne saurait constituer, seule, une politique acceptable pour les français. Le FN saura, et c'est bien le problème, conduire les politiques régionales peut-être aussi bien que les autres donneurs de leçons, car leurs idées n'empêchent nullement la saine gestion des transports et des hôpitaux.. le grand rendez-vous sera la Présidentielle: il reste peu de temps pour être intelligent pour les partis modérés.
Réponse de le 07/12/2015 à 12:41 :
@BH, je ne peux que vous suivre : l'abandon de l'élection, des électeurs, de l'espace du débat démocratique est une terre brûlée sans perspective de retour !
a écrit le 07/12/2015 à 11:09 :
les partis traditionnels en ont rajouté une couche hier soir........de quoi faire virer abstentionniste, vote blanc ou FN, le reste de ceux qui avaient voté ps ou lr au premier tour

je crois que la vraie surprise sera au deuxième tour..... dans le Nord et en Paca, ou le FN va passer haut la main.......il va peut être monter a 45%

dramatique echec de nos soit disant élites politiques et économiques....
Réponse de le 07/12/2015 à 12:45 :
@curieux37, c'est en effet une folie démocratique d'abandonner les urnes ! Le Boycott ne mènera à rien même s'il fait battre cette fois les membres de la famille Le Pen.
a écrit le 07/12/2015 à 10:59 :
Ce triste feuilleton démontre que ces partis "s'écraseraient" facilement, en abandonnant leurs électeurs et en retournant leurs vestes, face aux injonctions Bruxelloises!
Réponse de le 07/12/2015 à 12:56 :
@Bref, je suis choqué comme vous par ce Boycott inadmissible et insensé mais je ne crois pas que Bruxelles soit le responsable ni le danger immédiat.
a écrit le 07/12/2015 à 10:31 :
Parfaitement exact ; cet état sinistré du pays s'affiche crûment, que l'on savait bien : depuis longtemps déjà la démocratie française est une dispute entre deux maffias de coquins qui règnent avec 25% des électeurs qu'ils se disputent. Jusqu'où ? tant cela dure. A quel prix encore, avec toujours plus de déliquescence des valeurs et repaires antérieurs ? Jusqu'où ?
Réponse de le 07/12/2015 à 12:48 :
@yokikon, je crois que la dimension de légitimité par rapport à la proportion des inscrits est en effet une question qu'il faut poser sans tabou. Reste que notre système autorise au moins les expressions libres et les sanctions aussi. Il faut sans cesse le protéger. Et donc ne pas le boycotter !

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