Retour sur la "liquidation judiciaire" de la Grèce

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, retour sur le cas grec.

Revenons sur le cas grec. A froid. Loin des passions de l'été. Nous avions critiqué alors l'accord entre la Grèce et ses créanciers, comme la plupart des économistes d'ailleurs. Pour une raison majeure : c'est que ce troisième plan ne comporte aucun dispositif permettant une véritable reconstruction de l'économie grecque. C'est au fond un plan de liquidation judicaire ordonné qui repose sur quatre piliers :

  • Une taxation lourde de la consommation, touchant toute la population alors que cette dernière est déjà très largement insolvable ;
  • un durcissement judicaire accélérant la saisie des biens, et notamment des résidences principales ;
  • une privatisation des biens publics ou des entreprises stratégiques comme collatéraux de la dette grecque ;
  • une déréglementation brutale du marché du travail, qui dans le contexte grec se soldera par toujours plus de déflation salariale.

Mais abandonnons un instant ce point de vue qui voudrait que servir l'intérêt à long terme de la Grèce soit la posture la plus conforme à l'intérêt général de l'Europe dans son ensemble.

Comment les égoïsmes nationaux jouent à fond la partie

D'abord les chinois qui ont saisi l'opportunité d'avoir un accès privilégié vers les l'Europe centrale et orientale. En étendant leur emprise sur le port du Pirée depuis 2008, ils s'offrent les moyens d'acheminer des containers en provenance d'Asie avec des délais réduits de 6 à 10 jours par rapport aux grands ports du Nord (Hambourg, Rotterdam ou Anvers).

Ils convoitent maintenant des bases logistiques. Ils s'activent avec la Serbie et la Hongrie, pour construire une ligne à grande vitesse dédiée au transport de marchandises, réduisant de 20 à 30 jours, le transport de marchandises vers l'Europe du Nord. Sans compter toutes les opportunités que va créer l'extension du canal de Suez, qui double ses capacités.

Les Allemands ensuite : Le pays est, on le sait, globalement déficitaire sur ses échanges de services avec le reste du monde. Du fait de sa balance touristique notamment. Comment rééquilibrer ce poste ? En prenant des intérêts sur les infrastructures touristiques à l'étranger. Et ce n'est pas un hasard si c'est une entreprise allemande la société Fraport, qui vient de prendre possession de 14 aéroports régionaux grecs, dont certains très touristiques comme Corfou, Rhodes Kos ou Thessalonique, pour 1,2 milliards d'euros. Une autre société allemande possède également 40% du capital de l'aéroport d'Athènes.

Et ce sont toujours les allemands qui avaient proposé en juin de localiser le fond de privatisation grec au Luxembourg, au sein de l'Institution pour la croissance, en lien avec la Banque européenne d'investissements et la Banque pour la reconstruction (KfW), une institution de droit allemand.

On pourrait évoquer également les projets russes de gazoduc transitant par la Grèce, et toutes les convoitises sur le sous-sol minier grec (les mines d'or notamment).

Ces exemples nous montrent deux choses

Un, que confronté à un enjeu financier majeur, la Grèce se voit dépossédée peu à peu des rentes qui auraient pu la mettre sur la voie d'un développement endogène.

Deux. Que la France, n'ayant pas choisi son camp, se retrouve perdante sur tous les tableaux. N'ayant pas su protéger les intérêts de long terme de la Grèce, elle sonne pour l'heure aux abonnés absents dans la dispute des atouts géostratégiques que recèle la Grèce.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 16/09/2015 à 14:40 :
Chercher du quid pro quo est une réaction ancienne et guère malsaine. Entendre des entrepreneurs grecs dire qu'ils préfèrent travailler avec la partie chinoise de Pirée parce que ça fonctionne montre qu'il y avait un certain besoin de l'investissement chinois pour le bien de la Grèce.
a écrit le 16/09/2015 à 14:04 :
Ou comment transformer les pays en usine a cash grâce a la virtualisation de l'économie financière! Le bon temps des colonies n'est plus, c'est l'enfer!

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